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You can't take it with you. 1938.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : Frank Capra
Avec : James Stewart, Jean Arthur, Lionel Barrymore, Edward Arnold...


Les Kirby et les Sycamore sont deux familles différentes. Les premiers sont des bourgeois pur jus, attachés à une morale faite de superficialité, hypocrite et basée sur le profit, tandis que les seconds sont des gens excentriques, coupés des réalités matérialistes, et dont la vie repose sur l'amitié et la liberté personnelle. Lorsque Tony, le fils Kirby, et Alice, la fille Sycamore, projettent de se marier, les Kirby vont devoir rencontrer leur belle famille, ce à quoi ils ne sont pas préparés du fait de leur étroitesse d'esprit. D'autant plus que les Sycamore refusent de vendre leur maison au père Kirby, constituant le dernier obstacle à sa suprématie financière...



Comme à son habitude, Capra livre ici un film (adapté d'une pièce de théâtre, ce qui se ressent au niveau du rythme) mettant en valeur la non-conformité face à des principes sociaux de plus en plus basés sur la déshumanisation de l'Homme. La rencontre entre les deux mondes va bien sûr générer le rire, un rire tout sauf gratuit, amenant le spectateur à réfléchir sur les réalités sociales de son époque. Outre la féroce satire sur la famille bourgeoise type (tournée en ridicule lors de leur rencontre avec les Sycamore), la principale source de comédie est bel et bien le comportement en privé des Sycamore, avec leur galerie de personnages limite cartoonesques, avec entre autres un professeur de danse passioné, une écrivain raté, un confectionneur des feux d'artifices, mais également un spécialiste de masques de carnavals exclu de la propre société de Kirby... Tous ces gens, de par leur excentricité prêtent certes à rire, mais ne sont rien d'autres que des gens s'étant affranchis des contraintes sociales, laissant libre cours à leurs vraies envies et à leurs rêves -même si ceux-ci ne peuvent se réaliser au sein d'une société trop obtuse pour les comprendre-. C'est pour cela que leurs délires ne se déroulent que dans leur maison, en privé, et même parfois dans l'illégalité. Ils ne peuvent s'exprimer que dans leur monde isolé. De là à dire que la société et sa morale rigide les oppresse, il n'y a qu'un pas, qui sera vite franchi lorsque la police viendra mettre un terme aux activités pyrotechniques qui ont lieu dans la cave des Sycamore. Mais plus que pour une simple transgression de la loi, c'est à la demande de Kirby, qui souhaite les voir partir, que les Sycamore vont être arretés. Preuve que la société et sa force de frappe, la police, n'est plus régie par la loi (qui en elle-même défend les citoyens) mais bien par les intérêts des gros financiers, véritables dirigeants de l'Etat, qui n'est qu'un jouet entre leurs mains (preuve en est à travers le fonctionnaire du Trésor publique, menaçant de poursuivre les Sycamore pour impôts non réglés, tout en étant incapable d'expliquer efficacement la pertinances sociales des impôts au sein d'un Etat qui se sert de l'argent public à des fins plus guerrières qu'autre chose). Comme de coutume, Capra utilise le rire pour mettre en évidence des faits pourtant graves, puisqu'ils touchent à la société. Du reste, que le spectateur soit amené à rire des Sycamore prouve bien que le spectateur lui-même est devenu partie intégrante du système. Pourtant, Capra ne condamne pas. Tout spectateur éprouvant de la sympathie pour les Sycamore (c'est à dire tous les spectateurs) montrera qu'il possède toujours cette capacité d'anticonformisme qui fait qu'il n'est pas perdu définitivement. Capra (utopiquement selon moi, mais enfin) croit en la bonté et au bon sens de la race humaine, qui peut prendre fait et cause pour les marginaux quand ils sont opposés à un système sans âme. C'est d'ailleurs ce qui se passera au tribunal, où l'audience aidera les Sycamore à payer leur amende, tandis que les Kirby, amenés là par force de circonstances demeureront seuls, en proie à une presse qui risque de démolir leur réputation. Ce qui ne sera pas le cas, les Sycamore décidant de les aider. Ainsi, sans le moindre signe de gratitude, les Kirby reviendront au premier plan et leur chef sera même porté au sommet, ayant écrasé son rival direct via le rachat de la maison des Sycamore.



Au milieu de tout cela, les deux amants seront partagés : Alice Sycamore fuguera par dépit de voir sa famille traînée dans la boue, et Tony Kirby sera partagé entre l'amour et le soutien à sa propre famille. Ce sera lui la clef, celui qui en appelera au bon sens de son père, à sa générosité que l'on croyait effacé par sa carrière capitaliste. Enfin il sera aidé par le concurrent des Kirby, détruit jusqu'à en mourir, chose qui provoquera aussi la remise en question du père Kirby...
Le film, vu comme ça, pourrait paraître comme partisan socialiste. Ce n'est pas le cas. Certes, c'est la richesse qui corrompt l'humanité, mais pourtant les Sycamore ne sont pas les défenseurs d'une classe quelconque, mais bien d'un état d'esprit que l'on peut retrouver chez tout le monde. Bien sûr, les gens simples seront plus facilement capables de ne pas se fondre dans le système, mais tout espoir n'est pas perdu pour les autres. Les Sycamore eux-mêmes sont plutôt aisés, à vrai dire. Leur leader aurait même pu être un Kirby en puissance, dans sa jeunesse. Jusqu'à ce qu'il prenne conscience de la déchance humaine qu'il risquait de vivre. Donc Capra n'appelle certainement pas à la rebellion, mais à une prise de conscience. Il ne prône pas la destruction pure et simple de la bourgoisie dans d'atroces geôles siberiennes, mais bien à la modération des ambitions, qui ne doivent jamais prendre le dessus sur l'esprit d'entraide et sur la camaraderie. Profondément optimiste, Capra verse logiquement dans la comédie, et la fin de son film, émouvante, refletera son optimisme et sa croyance en l'Humain. Utopiste mais tellement beau...

Vous ne l'emporterez pas avec vous est sans conteste une des oeuvres-phares (sinon la meilleure) du cinéaste, qui y exprime avec vigueur tous ses thèmes de prédilection. Un chef d'oeuvre... Cela pourrait même redonner espoir au pessimiste le plus borné. De ce fait, le film est à inscrire dans l'époque trouble des années 30, et son but originel était sans aucun doute de raviver l'optimisme dans un monde qui sentait alors venir la guerre et ses atrocités.

Loïc Blavier

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