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Willow. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Heroic Fantasy
Réalisation : Ron Howard
Avec : Val Kilmer, Warwick Davis, Joanne Whalley, Gavin O'Herlihy...




Suite au succès de sa Guerre des étoiles, George Lucas choisit d’abandonner la réalisation pour se consacrer presque exclusivement à la production. Il rencontre de francs succès lorsqu’il s’agit de donner suite aux aventures de Luke Skywalker ou lorsqu’il s’associe à un maître du divertissement (Steven Spielberg sur les deux premiers Indiana Jones). Par contre, il n’est pas à l’abri d’un échec, comme l’attestent des productions plus ouvertement enfantines comme Labyrinth ou Howard the duck, dont la qualité des effets spéciaux ne suffit pas à compenser l’indigence des scénarios et des personnages. Avec Willow, George Lucas tente de retrouver la formule qui lui a tant réussi avec Star wars, l’idéal mariage entre aventures, merveilleux et romance. Pour donner vie à son histoire, il fait appel à Ron Howard qui en l’espace de deux films (Splash, 1984 et Cocoon, 1985) a su conquérir le public familial tant convoité. Il apparaît donc comme le réalisateur providentiel, docile et à l’aise avec le fantastique et les effets spéciaux.

Dans le donjon du sombre château de Nockmaar, la reine Bavmorda enrage. Selon une prophétie, le bébé qui aura une marque sur le bras droit la chassera du pouvoir. Or ce bébé vient justement de naître et, au moment de son exécution, demeure introuvable. Une domestique a pris sur elle de l’enlever aux foudres de la reine et s’est enfui à travers champs. Mais les chiens de la mort envoyés à ses trousses ont tôt fait de la retrouver et de la dévorer. Heureusement, sentant sa fin arriver, elle a mis le couffin dans la rivière, le laissant dériver au gré du courant. Le bébé échoue non loin du village des Nelwyns où Willow Ufgood et sa famille le recueillent. Mais face au danger grandissant que représentent les troupes de la reine Bavmorda toujours à sa recherche, le conseil du village somme Willow de conduire l’enfant à la frontière du territoire des Nelwyns et de celui des Daikinis (les hommes pas les cocktails). Ce périple marque pour Willow le début d’une grande aventure.



Découvrir Willow sur grand écran à l’âge de 8 ans fut pour moi un émerveillement de tous les instants. Magie noire contre magie blanche, preux chevalier, nains, elfes, trolls et j’en passe… C’est tout un univers de conte de fées qui prenait vie sous mes yeux, et ce pour mon plus grand plaisir. La majesté des décors (le château de Nockmaar, la forteresse de Tir Asleen, la forêt enchanteresse ou le campement sis sur les sommets enneigés) le disputait à l’excellence des effets spéciaux (effets de morphing, maquillages, monstres animés,…) pour des souvenirs impérissables. A ce titre, George Lucas avait réussi son pari puisque Willow a longtemps occupé mon imaginaire, sur un pied d’égalité avec les Star wars et les Indiana Jones, contribuant à faire du fantastique et de l’aventure mes genres favoris, ceux par lesquels j’ai appréhender le cinéma et commencé à l’aimer. Revoir aujourd’hui un film comme Willow revient en quelque sorte à se confronter à l’enfant que j’ai été, au risque d’éventer la magie ressentie alors. Mais après tout, c’est justement parce que j’éprouve toujours autant de plaisir en revoyant les Star wars et les deux premiers Indiana Jones que ces deux sagas comptent autant à mes yeux. Alors pourquoi n’en serait-il pas de même pour le film de Ron Howard, ce dernier m’ayant accompagné tout au long de mon adolescence sans que je ne trouve rien à redire ?
La magie réopère dès les premières notes de la musique de James Horner, un chœur de voix féminines aux sonorités féeriques. Puis s’ensuit la mise en place classique d’un récit introduit par un texte expliquant les enjeux à venir. Et déjà les premières références, qui pour la plupart me passaient jusqu’alors au-dessus de la tête, me sautent cette fois-ci littéralement aux yeux. Ainsi, l’enfant laissé au bon vouloir des flots renvoie à la figure biblique de Moïse, tandis que le gentil fermier voué à sauver le monde évoque le jeune Skywalker. Et que penser de Madmartigan, vaillant combattant à l’esprit revêche, qui finira par oublier sa petite personne en épousant la cause du Bien ? L’analogie avec l’inoubliable Han Solo est plus qu’une coïncidence. De son propre aveu, George Lucas a expliqué avoir injecté au scénario de Willow tous les éléments qu’il n’avait pas pu mettre dans celui de La Guerre des étoiles. Vieux de 10 ans, ce scénario serait donc né d’une frustration. Au regard du résultat, et avec le recul dû à mon "grand âge", force est de constater qu’il paraît bien difficile de déceler quelques nouveautés dans les aventures de Willow Ufgood. Véritable télescopage entre romans populaires (Le Seigneur des anneaux -Nelwyns, Hobbits même combat-, Peter Pan, Les Voyages de Gulliver), conte pour enfants (Blanche Neige) et dessins animés (Merlin l’enchanteur pour le combat des sorcières, mais aussi Taram et le chaudron magique pour Kael et son masque de mort), Willow trahit un manque flagrant d’imagination de la part d’un George Lucas désireux de jouer sur des valeurs sûres. Avec des éléments aussi familiers du merveilleux, George Lucas ne pouvait que contenter des enfants en terrain connu, ce qui n’a pas manqué d’arriver. Mais qu’en est-il de l’adulte pour qui les souvenirs ne suffisent plus à rendre le film inoubliable ?
Willow perd incontestablement de sa force évocatrice. Si George Lucas a su, malgré de similaires influences, donner une seconde jeunesse au space opera, il n’en va pas de même de l’heroic fantasy, genre dont il ne parvient pas à s’affranchir des codes. Tous les ingrédients sont là mais le tout manque de saveur. L’humour, qui provient essentiellement des facéties des Brownies (pas les gâteaux mais les minuscules êtres de la forêt), paraît lourdaud à l’image des tirades qu’un Madmartigan énamouré à cause d’une poudre magique adresse à Shorsha, la fille de la reine Bavmorda. Et puis il manque ce soupçon d’ambiguïté chez les personnages, que le seul revirement de Shorsha ne saurait compenser, d’autant que celui-ci est mû par le souci d’inclure une romance au milieu de toutes ces péripéties. Quant aux scènes d’action, si certaines s’avèrent toujours efficace (notamment la descente des monts enneigés sur un bouclier, bien que cette scène rappelle Tuer n’est pas jouer), la plupart des scènes de combat manquent de ce souffle épique qu’on est en droit d’attendre d’un film exposant des hommes en armures et armés de lourdes épées. La mise en scène de Ron Howard se montre statique et peine à retranscrire l’aspect rugueux de ces combats. A sa décharge, il faut avouer qu’il n’a pas la réputation d’être un réalisateur nerveux, et que ses précédents films se caractérisaient davantage par leur quiétude et leurs bons sentiments que par leur action mouvementée et leur rudesse. De ce point de vue là, sa volonté de ne pas édulcorer à outrance l’univers où se débattent les personnages constitue une bonne surprise. Des costumes aux décors, tout respire la crasse, le temps qui passe et l’enclave maléfique de la reine Bavmorda. De même, la scène où Madmartigan et toute l’armée de son ami Airk se transforment en porcs sous l’effet d’un sort jeté par la reine a tout du cauchemar éveillé, tranchant avec l’aspect gentillet de l’ensemble. Ça ajoute une petite touche de noirceur à un film qui, sinon, serait apparu un peu trop plat. Et puis dans le même temps, cela reste dans la logique d’un film qui se réclame des contes pour enfants, sans en oublier les à-côtés moins lumineux.



Alors non, Willow n’est pas aussi intemporel que les Star wars et les deux premiers Indiana Jones, sans doute à cause de son côté trop fabriqué. Il n’empêche qu’il vaut encore bien mieux que de nombreux autres blockbusters dont le cinéma hollywoodien nous abreuve en permanence. Peut-être que je ne peux m’empêcher de le voir encore avec mes yeux d’enfants, néanmoins, et si l’on excepte l’affrontement au sommet du donjon de Nockmaar un brin longuet, le film se suit agréablement. Cela reste un honnête divertissement, pas des plus originaux, mais suffisamment bien fait pour qu’on suive jusqu’au bout ce démarquage de David (Willow) contre Goliath (la reine Bavmorda).

Bénédict Arellano

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