critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Wargames. 1983.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller informatique
Réalisation : John Badham
Avec : Matthew Broderick, Ally Sheedy, Dabney Coleman, John Wood...




David Lightman se passionne pour les ordinateurs. Il développe des dons de hacker forts utiles lorsque, comme lui, on doit modifier une mauvaise note en biologie dans les fichiers de l'école afin d'éviter les rattrapages. Mais ce qu'il préfère par dessus tout, ce sont les jeux vidéo. La firme Protovision en sort toute une nouvelle gamme que David aimerait bien pirater. Après bien des efforts, il parvient à un résultat qui lui semble probant. Il s'empresse de jouer à la guerre thermo-nucléaire, choisissant le camp russe. Il ne se doute alors pas qu'il joue avec un système informatique du département de la défense, et que ce qui se déroule sur son écran pourrait très vite déclencher la Troisième Guerre Mondiale.



Le petit monde de l'informatique évolue à une vitesse folle. Voir un film comme Wargames nous amène à nous replonger à ses balbutiements (ah ! les fameuses disquettes molles et ces jeux vidéos Pacman !). Si à l'époque, Wargames fascinait par son aspect technologique, aujourd'hui, ce même aspect lui confère un petit côté désuet, tout comme son climat politique. En 1983, le guerre froide est toujours à l'ordre du jour et la menace éventuelle de l'Union Soviétique, au cœur des préoccupations des principaux protagonistes du film. Néanmoins, Wargames ne s'apparente en rien à un film belliciste, bien au contraire. Il s'agit d'une parabole portant sur les dangers d'une guerre nucléaire, d'autant plus grands lorsque le facteur humain se retrouve quasiment exclu des prises de décision au profit de la technologie.
John Badham nous entraîne dans une course contre la montre à la suite de son héros, David Lightman, tout affolé d'être à l'origine d'un possible conflit nucléaire. Ce dernier pensait un temps être tiré d'affaire : une fois son ordinateur éteint, l'alerte nucléaire avait disparu. Sauf que "Joshua", le surnom donné à l'ordinateur du W.O.P.R., poursuit la partie, bien décidé à la mener à son terme. Et c'est là que les choses se gâtent. Le Norad, nom du centre de commande de la mise à feu des missiles, se retrouve alors en pleine ébullition. Pourtant peuplé d'hypothétiques "tronches", le Norad n'abrite aucune voix dissonante autre que celle de David. Même le Général Beringer, pourtant réfractaire au tout informatique, ne remet jamais en cause ce qui se déroule sous leurs yeux ébahis. La peur du communisme est si forte qu'elle les aveugle totalement, leur ôtant toute capacité de réflexion. Sans doute l'un des inévitables effets secondaires lorsqu'on guerroie confortablement assis dans un fauteuil. Déclencher l'apocalypse s'avère d'une simplicité enfantine et ses conséquences n'émeuvent guère les personnes détentrices de ce pouvoir destructeur puisque celles-ci se trouvent à l'abri des incontournables retombées. Quid de leurs familles respectives ? Elles paraissent ne peser que bien peu de poids face à la défense de l'honneur de la nation.
Le film porte bien son nom, la guerre nucléaire s'apparente à un jeu vidéo. Il suffit d'une pression sur un bouton et le score (le nombre des victimes) défile sur l'écran. Un jeu forcément passionnant puisque nombreux sont les gouvernements qui aimeraient entrer dans la partie. David aussi voulait y jouer. Seulement, pas en réseau, juste pour assouvir sa soif personnelle de nouveauté. Sa mésaventure lui aura servi de leçon. Maintenant, il sait que le devenir de l'humanité ne repose sur pas grand chose et qu'un Américain moyen et propre sur lui peut très vite être considéré comme un espion à la solde des Soviétiques.



John Badham réalise un film alerte dont les invraisemblances, en apparence, cachent peut-être de tristes vérités. Le créateur de "Joshua", en apprenant le drame à venir, fait preuve d'un glaçant fatalisme. Passionné par les dinosaures, il voit dans le conflit nucléaire le moyen pour la nature de repartir de zéro, comme elle l'a fait après l'extinction des grosses bêbêtes. La vision du jeune couple formé par David et Jennifer, symbole de la nouvelle génération, achève de l'émouvoir et le convainc de sortir de sa retraite. Si tout se termine bien dans le film grâce aux morpions, nous sommes en droit de nous demander pourquoi, sous couvert d'améliorer nos conditions de vie, nous ne faisons rien d'autre que tout détruire autour de nous. L'homme est un être égoïste et un peu bête qui pense avant tout à son bien être immédiat, sans se soucier des effets néfastes à plus ou moins long terme de ses avancées technologiques. Nous autres, êtres humains, ne sommes pas dignes de confiance, et de savoir qu'une poignée d'entre nous possède le pouvoir de nous détruire ne s'avère pas très rassurant.

Bénédict Arellano

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.