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Pink Floyd The Wall. 1982.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Drame musical
Réalisation : Alan Parker
Avec : Bob Geldof, Christine Hargreaves, James Laurenson, Eleanor David...


Si le cinéma s'est souvent plus confronté à l'adaptation de romans, de bandes dessinées ou même de pièces de théâtre, en revanche il est plutôt rare de voir des adaptations d'albums pop. Chose somme toute naturelle, si l'on y réfléchit bien: les albums narrant une histoire entière ne sont pas légions, et restent tout de même assez peu propices à une histoire d'une heure trente transposée à l'écran.
Alan Parker détourne ici ce problème en faisant de son film une oeuvre assez surréaliste, utilisant justement le coeur même du concept The Wall : la folie et l'introspection d'un personnage dans son propre esprit. A ce titre, le manque de lien entre chaque scène apparaît paradoxalement plutôt logique et permet à Parker de passer d'une scène à l'autre sans trop de dommages. Il faut dire que son scénariste n'est autre que Roger Waters, le Pink Floyd auteur quasi-intégral de l'album, qui envisagea un temps d'incarner le personnage principal, avant que la faiblesse de son jeu ne le fasse abandonner cette idée au profit de Bob Geldof, leader des Boomtown Rats et acteur très occasionnel, mais qui ici s'en sort vraiment très bien dans le rôle de Pink, un musicien qui s'isole derrière un mur mental (sa folie) pour se protéger des souvenirs douloureux de sa vie.
Le film se compose donc avant tout de ses souvenirs, largement inspirés de la vie de Roger Waters: la mort de son père pendant la guerre, l'infidélité de sa femme, la période difficile sur les bancs de l'école... Autant de scènes pour autant de chansons. Le film ne possède d'ailleurs aucun vrai dialogue et se déroule au rythme des chansons de Pink Floyd. La plupart issues de l'album The Wall (seules "The Show Must Go On" et "Hey You'" ne figurent pas dans le film), avec aussi une ou deux chansons en plus (composées spécialement pour le film, ou bien non utilisées dans l'album) et une paire chantée par Geldof lui-même. Les amateurs de l'album -un chef d'oeuvre, par ailleurs- y trouveront quoi qu'il arrive un minimum leur compte. Et puis le film a le grand mérite de rendre plus claire l'histoire contée par Waters. La mort du père, notamment, qui prendra tout son sens dans des images aussi diverses qu'éloquentes: les funérailles, le combat fatal, les diffusions télévisées de films de guerre qui, bien entendu, empêchent à ce souvenir de s'effacer. Même chose pour l'école, où, là, c'est davantage le côté kafkaien de l'institution qui est mis en valeur... Bref, tout ceci va consolider le mur. Après la construction de ce dernier, le film plonge définitivement dans l'abstrait. Les séquences animées, dûes au dessinateur politique et satirique Gerald Scarfe, déjà présentes avant, se feront plus développées, à l'image de cette démentielle scène de fin sur fond de la chanson "The Trial" (le procès). Les dérives du monde du rock seront également abordées, avec la drogue, la solitude dûe au manque de vie privée et, surtout, le plus intéressant, le statut social des stars du rock. Ce thème donnera lieu aux plus belles scènes du film: celles où Pink se voit non plus comme une rock star mais comme un leader néo-nazi encourageant la foule (son public) à clouer au mur les homosexuels et les juifs, ce que ledit public s'empressera de faire. Waters semblait ici déplorer l'influence énorme des idoles de la musique et des rassemblements inconsidérés de fans aveuglés par leur admiration...
Bien sûr, pour comprendre véritablement tout le sens d'un film comme celui-ci, très abstrait, il convient de maîtriser l'anglais (et l'accent cockney des Pink Floyd), sans quoi les images n'apparaissent que comme des illustrations qui relévent davantage du clip qu'autre chose. Mais même sans cela, rien que les images peuvent donner un semblant de sens à l'album The Wall, qui pouvait paraître assez obscur. Le film de Alan Parker, quoique désavoué par Roger Waters, est en tout cas un modèle de cinéma. Une oeuvre profonde et incroyablement mélancolique, soulignant bien toute la puissance des chansons du Pink Floyd pour The Wall. Profondément étrange, avec un propos cohérent tout en étant très graphique. Une oeuvre à part, vraiment à voir.

Loïc Blavier

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