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Les Visiteurs. 1993.
Origine : France
Genre : Comédie
Réalisation : Jean-Marie Poiré
Avec : Jean Reno, Christian Clavier, Valérie Lemercier, Marie-Anne Chazel...


Les Visiteurs... L'un des plus gros succès français de l'histoire. Et pourtant, quelle honte... Rien que l'affiche n'est pas drôle : "Les Visiteurs... ils ne sont pas nés d'hier !". Même les moins scrupuleux éditeurs de VHS n'auraient osé pareille accroche pour un film à base de voyage temporel. L'histoire, tout le monde la connaît, mais une critique ne serait pas une critique si on ne rappelait pas le sujet du film : Godefroy de Papincourt, Comte de Montmirail (Jean Reno), assassine involontairement le père de sa promise, Frénégonde (Lemercier). Pour réparer sa bévue, il va voir un alchimiste capable de lui faire remonter le temps. Mais le vieux sorcier va se tromper dans la formule et va envoyer Godefroy et son écuyer Jacquouille la Fripouille (Christian Clavier) en 1993, où les deux abrutis médiévaux retrouveront leur descendance respective au milieu d'un monde qui n'est forcément plus le même !
Voilà. Ca c'est fait, passons à autre chose. Mais que dire des Visiteurs ? Le film n'est à vrai dire qu'un étalage de gags, et le scénario n'est là que pour amener les situations cocasses recherchées par l'histoire, et qui se résument en gros à l'application de la métaphore de "la poule qui a trouvé un couteau". Les visiteurs qui s'effrayent devant une voiture conduite par un noir (qu'ils assimilent à une chariotte diabolique conduite par un sarrazin), les mêmes qui restent perplexe devant l'utilisation des W.C., ou qui ne sont pas capables de manger autrement que par de grossière ripailles... Voilà l'essence du film. C'est maigre, très maigre et très convenu. Mais on aurait encore pu s'en sortir si le film n'avait pas été à ce point primesautier, avec autant d'insistance voire d'auto-satisfaction dans la personnalité de ces personnages. Guère surprenants, ils restent fidèlent à eux même pendant toute la durée du film : Clavier en fait des caisses dans le rôle du "sidekick" Jacquouille et irrite encore davantage qu'un roupillon dans des orties. Reno affiche une attitude chevaleresque imperturbable alors que son personnage est paumé dans ce nouveau monde. Lemercier / Béatrice (descendante de Godefroy) met l'accent sur la préciosité aristocratique de son personnage et n'en démord plus. Clavier / Jacquard (descendant de Jacquouille) est un bourgeois agressif égoïste et maniéré qui va perdre la tête au fur et à mesure que les deux visiteurs vont semer la panique... Tout ça est très répétitif : ça peut à la rigueur être drôle une fois (encore qu'il faille apprécier les pitreries outrancières, ce qui n'est pas mon cas), mais de la à supporter tout un film sur le même créneau, cela reste à voir. Les fameuses répliques aussitôt adoptées par le public, tels que le "Okay" et le "Dingue" de Jacquouille apparaissent comme tout à fait artificielles et calculées pour devenir cultes, tant elles sont assénées systématiquement avec la délicatesse d'un acteur qui n'a jamais peur d'en faire trop. C'est consternant (et malheureusement cela n'est pas sans avoir eu des conséquences sur les "comiques" français actuels). On n'échappera pas non plus aux gags incroyablement convenus et primaires du style "il pue des pieds", "il pue de la bouche" ou même au pet et au rot à table...
Et puis bien entendu, le film se révèle extrêmement franchouillard, puisqu'il oppose deux mondes antagonistes (les visiteurs viennent saccager les milieux aristocrates et bourgeois) mais tout de même français : les beaufs moyen-âgeux et les sophistiqués bourgeois du vingtième siècle, aux valeurs opposées, mais qui pourtant sont du même lignage. D'où l'attachement qu'éprouvera Béatrice envers Godefroy, qu'elle croit être son cousin Hubert, qu'elle pensait mort. La fin lui rendra la situation plus claire, et la séparation se voudra même un peu sentimentale. Il va sans dire qu'avec les bêtises qui ont précédé, c'est raté. Restera aussi à clôre les liens entre Jacquouille et Jacquard, qui tout deux symbolisent les différences de comportements à leur paroxysme et qui, puisqu'ils sont aussi tout deux des personnages secondaires (même si Clavier en fait des tonnes, cela ne suffit pas à rendre son personnage nécessaire au film), pourront voir leur destinée modifiée dans un gag final à tendance ironique, aussi peu subtil que le reste, d'ailleurs. Car qui se soucie de l'avenir des sidekicks (sans parler de celui des amis d'un sidekick, puisque c'est le rôle confié au personnage de Marie-Anne Chazel) ?
Ce film est décidemment une calamité. Même à un niveau technique, c'est nul, principalement le montage, parfois plus que hasardeux. Son succès est incompréhensible et témoigna de la forte implantation de l'humour facile et du cinéma populacier dans un pays qui connut pourtant des gens comme Michel Audiard, Pierre Desproges, ou, presque à la même époque que ces tristes Visiteurs, Les Nuls.

Loïc Blavier

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