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Venom. 1981.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Thriller
Réalisation : Piers Haggard
Avec : Klaus Kinski, Oliver Reed, Sarah Miles, Nicol Williamson...


Philip est un jeune garçon fasciné par les animaux sauvages. Sa passion est sans cesse nourrie par les récits de son grand-père, guide pour safari aujourd’hui à la retraite. Ses parents, aussi riches que permissifs le laissent transformer sa chambre en véritable ménagerie et le garçon ne se prive pas pour accumuler animaux et cages. Alors que sa mère part en voyage pour Rome, le jeune garçon s’enthousiasme de son prochain achat : un serpent domestique d’afrique. Mais pendant qu’il se rend à l’animalerie, le criminel Jacmel pénètre dans la maison avec la complicité des domestiques dans le but de kidnapper l’enfant et d’en soutirer une rançon. A son retour, Philip a non seulement la désagréable surprise d’être capturé par Jacmel, mais il constate aussi que la vendeuse a interverti son serpent avec un autre, un mamba noir, extrêmement dangereux et destiné à l’origine à un centre d’étude sur la toxicologie.
Le mamba s’échappe et mord la domestique. Et tandis que la police encercle la maison, otages et kidnappeurs se retrouvent coincés avec le serpent...



On l’aura compris à la lecture du pitch, Venin repose sur la double menace des kidnappeurs et du serpent. Un parti pris original et prometteur, inspiré du livre Des serpents sur vos têtes d’Alan Scholefield (publié en 1980 dans la collection « série noire »). Mais c’est également un sujet délicat pour le réalisateur qui s’en chargera. En effet il convient de ne pas tomber dans les excès et de bien gérer à la fois la présence des criminels et celle du serpent. L’entreprise s’avère d’autant plus difficile que Klaus Kinski et Oliver Reed sont prévus au casting. Le cinéphile n’ignore pas la réputation désastreuse, et loin d’être usurpée, qu’on les deux monstres sacrés : caractériels et fantasques, ils ne tarderont d’ailleurs pas à s’affronter et à entrer en concurrence durant le tournage du film.
Si les acteurs et le lieu de tournage sont européens, c’est bel et bien un producteur américain, Martin Bergman, qui est à l’origine du film. Ce dernier confie la casquette de réalisateur à Tobe Hooper, que les succès de Massacre à la tronçonneuse et du Crocodile de la mort désignent comme une valeur sûre du film de genre. Mais il quitte le tournage après quelques jours à peine (On l’a échappé belle !). Piers Haggard (responsable entre autres de La Nuit des maléfices et du quatrième volet des aventures de Quatermass pour la télévision britannique) le remplace en hâte. Le pauvre réalisateur anglais ne dispose que de quelques jours pour se préparer, en plus d’avoir à gérer les fréquentes querelles entre les deux acteurs principaux et les scènes utilisant un vrai mamba noir qui nécessitent une équipe spéciale.
Heureusement pour lui le budget du film est plus que conséquent et permet un confort certain. Signalons à ce titre que le film nécessita la reconstitution en studio d’une rue londonienne entière.
Ainsi donc malgré ces difficultés, Haggard se retrouve à la tête du film, et s’en tire ma foi plus qu’honorablement ! En effet le film s’avère très maîtrisé, et les choix concernant la mise en scène et le scénario tout à fait pertinents. Ainsi le spectateur a bel et bien droit au monument de suspense qu’augurait le synopsis !



Le film commence pourtant de manière plutôt calme, prenant le temps de nous présenter les personnages et les décors. Puis l’intrigue se met peu à peu en place et la tension ne tarde pas à monter rapidement. Haggard met astucieusement les différents éléments en place et installe une ambiance de plus en plus tendue. La multiplication des menaces pesant sur les héros peut sembler un procédé simpliste, mais il se révèle parfaitement efficace. Le personnage joué par Kinski s’impose rapidement comme le chef de la bande, au grand dam du domestique joué par Reed. Ce dernier est un alcoolique brutal aux réactions imprévisibles. Il s’oppose à un Kinski méthodique et glacial et l’affrontement des deux hommes fait tout le sel de l’intrigue. Les regards lourds qu’ils s’échangent pendant le film sont d’autant plus significatifs quand on connaît les circonstances de tournage et l’animosité réelle qui oppose les deux acteurs.
Et finalement c’est ce duo qui vole la vedette au serpent.
Ce dernier est quand même bel et bien présent, et la menace instable qu’il représente est habilement évoquée par le plan où on voit le serpent accéder aux conduits d’aérations : il peut ainsi surgir dans n’importe quelle pièce à n’importe quel moment sans qu’on ne s’y attende. Ses apparitions sont bien gérées, et sa dangerosité est montrée dès le début par l’attaque de la domestique, qui s’écroulera rapidement, les membres paralysés le visage convulsé et la bouche ensanglantée. L’effet est assez saisissant. Cependant on pourra quand même regretter que le serpent ne soit là que pour ajouter du suspense à un huis clos finalement assez classique. Venin est bien plus un thriller qu’un film « d’agression animale ». Sans doute les auteurs du film ont voulu conserver un cachet réaliste qu’ils risquaient de perdre (à l’instar du Crocodile de la mort de Tobe Hooper justement) en utilisant trop le serpent. Le film semble donc hésiter un instant entre les deux genres, afin de finalement se rabattre sur le thriller plus classique. Cela me semble toutefois le choix le plus juste, il vaut mieux que le serpent assure la touche d’originalité d’un bon thriller plutôt que de risquer de sombrer dans le ridicule et l’invraisemblance.



Il reste donc que les quelques apparitions du serpent sont très réussies et incroyablement tendues ! Ajouté à l’intrigue pleine de suspense, à l’excellent jeu des acteurs et à la musique de Michael Kamen, cela fait de Venin un excellent thriller qui ne mérite pas les maigres scores au box office qu’il à fait lors de sa sortie et qui gagne à être plus connu !

Arnaud Schilling

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