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Vampire on Brooklyn. 1995.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique / Comédie
Réalisation : Wes Craven
Avec : Eddie Murphy, Angela Bassett, Allen Payne, Kadeem Hardison...


Quand une star sur le déclin et un maître de l'horreur dépassé se rencontrent, cela donne Un Vampire à Brooklyn, film qui pour Eddie Murphy présentait l'occasion de se frotter au cinéma horrifique et pour Wes Craven de commencer à s'évader du genre qui l'a emprisonné (comme il faisait si bien comprendre cette envie dans son film précédent, Freddy sort de la Nuit). Tel fut du moins ce que les deux hommes disaient au moment de la sortie du film. La contradiction est flagrante : si l'un veut faire de l'horreur pendant que l'autre cherche à faire de la comédie, ils sont tous les deux mal barrés. Le résultat est sans appel : Un Vampire à Brooklyn, quoi qu'il tente, est hors-sujet. Pourtant, le même mélange avait déjà produit de bons films, comme le Vampire... Vous avez dit vampire ?, de Tom Holland, qui dix ans plus tôt mélangeait habilement classicisme et humour dans un cadre bourgeois aussi saugrenu que peut l'être ici Brooklyn et sa zone new yorkaise. Mais le Dracula de Coppola est passé par là, et a marqué les esprits de son romantisme chichiteux sur lequel se reposent Craven et Murphy (ce dernier faisant également office de producteur).
Maximilian est le dernier vrai vampire au monde. Il cherche à rallier à lui Rita, une femme mi-humaine mi-vampire vivant à Brooklyn, qui n'a strictement aucune idée de sa vraie nature. La preuve : c'est une fliquette qui enquête innocement avec son collègue sur l'arrivée inopinée d'un navire fantôme en plein New York, en réalité le bâteau qui a amené Maximilian à Brooklyn (lequel, tout comme Dracula arrivant en Angleterre, s'est par ailleurs fait la malle en prenant l'apparence d'un loup).
Alors voilà, nous avons donc Eddie Murphy en vampire classieux, aristocrate romantique faisant une cour vieille école à sa promise sous le regard de chien battu du partenaire de celle-ci, un bon gars un peu timide et secrétement amoureux. Il est très difficile de prendre au sérieux cette amourette maniérée, tant par ailleurs Maximilian, quand il n'est pas dans les environs de Rita, se permet un peu n'importe quoi. Déjà, à peine arrivé, il s'offre les services d'un jeune zonard comique, qu'il transforme en ghoule. Le syndrôme du "sidekick comique" dans toute sa laideur, avec son humour incroyablement lourd : le ghoule rappeur perd petit à petit ses membres et passe son temps à faire le pitre voire à interférer dans les plans dragues de son maître. Mais ce ne serait encore pas grand chose si Maximilian ne se permettait lui-même de faire le con en se transformant (et Murphy incarne lui-même ces rôles) tantôt en pasteur pour prêcher l'immoralité ("le cul, c'est le bien !"), tantôt en petite frappe rasta au même style d'humour que le sidekick. Quand on rajoute à ça certaines bêtises du scénario (les loups qui hurlent à la pleine lune à Brooklyn, le collègue qui avoue sa flamme au milieu d'un interrogatoire), il ne reste déjà plus grand chose pour permettre à Murphy de marcher sur les pas de Gary Oldman. Pourtant, l'effort y est, et l'histoire de Dracula est à ce point suivie que Rita, tout comme Mina Harker, sera mordue et aura à lutter contre le procédé de vampirisation (avec l'aide de son fameux collègue amoureux et avec l'aide de son propre coeur qui lui dit de ne pas se laisser aller, et bla bla bla âme torturée et bla bla bla solitude du vampire et bla bla bla être mort est mieux qu'être non-mort, etc etc...).
Le cadre des bas-fonds de Brooklyn, pourtant dans le titre, passe à la trappe et ne sert finalement qu'à présenter une majorité d'acteurs noirs, dans une grossière tentative de rendre hommage à la blaxploitation et plus particulièrement à Blacula (1972, William Crain) auquel fait également songer l'aspect vampirique de Maximilian. On ne s'ennuie pas à Brooklyn, les gens y sont aussi rigolos que le sidekick, les bandits sont ridicules et les italiens y bouffent des pâtes. Tout est au mieux dans le meilleur des mondes, et du coup, la bluette à laquelle se livre Maximilian s'en voit d'autant moins crédible. La pauvre Angela Bassett, à force de rester sérieuse, en viendrait presque à passer pour une intruse. Craven, pendant ce temps, toujours dans sa période "introspection" (entre Freddy sort de la nuit et Scream) ramène ses potes : Joanna Cassidy d'Invitation pour l'Enfer, Nick Corri des Griffes de la Nuit, Wendy Robie du Sous-sol de la peur, Mitch Pileggi de Shocker, Zakes Mokae de L'Emprise des Ténèbres (qui joue encore un prêtre vaudou), et j'en oublie sûrement au passage. Il ne s'emmerde pas trop, laisse de bonne grâce Murphy et ses amis faire leurs pitreries et leurs galanteries, et il ajoute sa griffe en mettant en scènes de nouveaux cauchemars, que Rita utilisera pour peindre (comme Robert Englund dans Freddy sort de la Nuit) et qui se révèleront prémonitoires... Rien de bien neuf, donc, et surtout pas la BO, qui semble être composée pour une partie de morceaux non utilisés dans le précédent film de Craven, tant le style est très proche (le compositeur est d'ailleurs le même, et en règle générale le réalisateur est resté fidèle à l'équipe qui l'avait assisté sur le septième Freddy).

Pour être honnête, Un Vampire à Brooklyn n'est pas si nul que ça. Il a très peu de qualités et pléthore de défauts. Mais au moins tout le monde sur le plateau de tournage semble avoir été content, et c'est beau, des gens heureux.

Loïc Blavier

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