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Uncle Sam. 1997.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : William Lustig
Avec : David Fralick, Christopher Ogden, Isaac Hayes, Leslie Neale...


A la veille de la fête nationale du 4 juillet, Louise Harper apprend le décès de son mari Sam, tué durant l’opération Tempête du désert. Rapatrié au pays, son corps repose dans le salon de la maison familiale en attendant que ses obsèques aient lieu. De toute la famille, c’est son jeune neveu Jody qui semble le plus affecté, lui qui voue une sorte de culte à son oncle méconnu. A tel point qu’il est pris d’une irrépressible envie de voir la dépouille de son oncle. Comme pour contenter sa curiosité, son oncle se réveille... sauf qu’il n’a pas du tout l’intention de renouer les liens familiaux mais plutôt de continuer à défendre les valeurs de sa chère Amérique.

En rupture des aventures de Matt Cordell, alias le Maniac cop (en désaccord avec ses producteurs, le réalisateur claque la porte au bout de 4 semaines de tournage de Maniac cop 3, laissant le soin à Joel Soisson d’achever le travail), William Lustig délaisse le cinéma quelques temps, meurtri par cette triste expérience. Il revient aux affaires quatre ans plus tard avec Uncle Sam, une nouvelle histoire de revenant revanchard. Sauf qu’ici, l’agent de police cède sa place au soldat, ravivant ainsi le souvenir d’un cinéma fantastique des années 70-80 friand de ces morts-vivants en treillis, résurgence de la mauvaise conscience des États-Unis (Le Mort-vivant, House). Dans Uncle Sam, il n’est bien évidemment plus question de la guerre du Vietnam mais de la seconde guerre du Golfe, conflit aussi médiatisé que peu riche en images. Fort logiquement le prologue, qui prend place sur le champ de bataille, joue le minimalisme en ne nous montrant qu’un bout de désert au milieu duquel gît l’hélicoptère dans lequel le soldat Sam Harper a péri. D’ailleurs, ce prologue pose un problème par rapport à la suite des événements, comme si il avait été tourné après. Je m’explique. Durant celui-ci, nous voyons le cadavre de Sam Harper se ranimer en présence de son supérieur, le temps de l’abattre lui et les soldats qui l’accompagnent. A l’aune de cette scène, une vengeance post-mortem dudit soldat à l’encontre de l’armée américaine, coupable de l’avoir abattu, paraît alors hautement envisageable. Or ce qui suit s’inscrit dans un tout autre registre.
Au revoir désert koweitien, bonjour petite bourgade américaine en plein préparatifs en vue des festivités du 4 juillet. L’occasion nous est donc donnée de faire connaissance avec les proches de Sam Harper. Son neveu tout d’abord, qui pour compenser l’absence d’une figure paternelle voue un culte à son oncle, bien qu’il le connaisse fort peu. Une photo de lui en uniforme trône sur sa table de nuit, tandis qu’une boîte de munitions remplie de ses médailles militaires se trouve sous son lit, tel un trésor. Sa mère, par contre, ne semble pas porter son frère dans son cœur. Il en va de même de l’épouse, Louise Harper, qui dans l’expectative du décès avéré ou non de son mari, fricote le plus discrètement possible avec le shérif du coin. On sent chez les deux femmes un malaise palpable dès qu’il est question de Sam Harper. Un malaise que Jody ne s’explique pas. Pas plus que nous nous expliquons ses brusques changements d’attitude. Que le gamin heurte son instituteur, objecteur de conscience pendant la guerre du Vietnam, en lui faisant part de l’opinion particulièrement tranchée de son oncle à leur sujet (en gros, il les considère comme des froussards qui ne méritent pas d’être américains) et il s’empressera de s’excuser, précisant bien que c’est son oncle qui pensait ainsi et non pas lui. Mais alors pourquoi, une fois qu’il est retourné à sa place, marmonner que plus tard il deviendra militaire car ce n’est que comme ça qu’il pourra servir sa patrie ? Dans la même scène, le gamin prend ses distances avec son oncle puis dans la foulée semble vouloir suivre ses traces. On nage en pleine confusion. A ce stade, et alors que le corps de Sam Taylor repose tranquillement dans le salon de la maison familiale, tout porte à croire que l’esprit du soldat défunt s’immisce dans la tête de son neveu. Uncle Sam ne serait alors plus une histoire de revenant mais un cas de possession.
Cependant, à mi parcours, le film amorce un second virage. William Lustig se rappelle sans doute à ce moment là qu’il a un film d’horreur à emballer et que pour l’instant, si horreurs il y a eu, celles-ci ont été plus verbales que physiques. Sam revient donc à la vie, en réponse à la profanation de sa future sépulture et à l’embrasement d’un drapeau américain par trois adolescents désœuvrés et enivrés. Il n’est plus mû par un sentiment de vengeance mais par un nationalisme exacerbé qui le pousse à agir contre tous ces individus coupables de gestes inciviques à l’encontre des États-Unis. Ainsi mourront tous ceux qui ont bafoué la bannière étoilée (enterré vivant et pendu), massacré sciemment l’hymne national (décapité), daubé sur les réelles motivations de l’intervention américaine au Koweït (tué d’une balle dans la tête) ou encore détourné l’argent des contribuables (éparpillé façon puzzle). Et comme l’oncle Sam reste un homme avant tout, il en profitera également pour tuer le shérif qui lorgne sur sa femme. La partie jeu de massacre demeure basique. On a connu William Lustig plus inventif et surtout plus percutant. En outre, il ne gère pas toujours ses personnages au mieux. C’est le cas notamment du gradé campé par Bo Hopkins qui disparaît sans crier gare, ou de ce gamin défiguré lors des festivités du 4 juillet de l’année précédente et qui ne sert ici strictement à rien. Et je ne parle même pas du regard ambigu que Jody adresse à la caméra lors du plan final. Compte tenu du traitement du personnage, difficile de dire si c’est volontaire ou relatif aux insuffisances du jeune comédien. En somme, tout contribue à faire de ce film un échec. Même la pincée d’humour noir et le soupçon de satire que Larry Cohen insuffle à son scénario ne parviennent pas à en enrayer la chute. Le propos antimilitariste incarné par le personnage de Jed (Isaac Hayes) vétéran de la guerre de Corée, tout louable qu’il soit n’en demeure pas moins très primaire. Quant à la peinture des habitants de la petite localité où se déroule l’action, elle est trop sommaire pour qu’on puisse s’en délecter. Et c’est bien dommage parce que compte tenu de la personnalité entraperçue de l’oncle Sam de son vivant, un beauf ultranationaliste de premier choix, il y avait sans doute mieux à faire que cet énième représentant des croquemitaines à l’écran.

Au sortir de ses déboires sur le tournage de Maniac cop 3, William Lustig affirmait qu’il lui faudrait réaliser deux-trois autres films pour retrouver du plaisir. Finalement, sa carrière de cinéaste s’est pour l’instant arrêté à ce triste Uncle Sam, William Lustig se consacrant désormais exclusivement à sa maison d’édition de dvd Blue Underground. On peut s’en attrister comme on peut se contenter des quelques perles qu’il a offertes au cinéma de genre tel Maniac et les deux premiers Maniac cop. Au sein d’une filmographie peu conséquente, c’est déjà pas mal.

Bénédict Arellano

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