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Sette orchidee macchiate di rosso. 1972.
Origine : Italie
Genre : Giallo
Réalisation : Umberto Lenzi
Avec : Antonio Sabato, Uschi Glass, Pier Paolo Capponi, Rossella Falk...




Deux femmes qui n'ont en apparence aucun lien entre elles sont assassinées à Rome. Ces actes odieux ne peuvent qu'être l'œuvre d'un seul et même tueur, comme l'atteste la présence sur les deux cadavres d'un porte-clef en demie lune aux motifs ésotériques. Une troisième n'est pas loin de se faire supprimer dans un train, mais l'intervention du contrôleur oblige le tueur à déserter les lieux dans la précipitation. Inspirée, la police organise un enterrement bidon pour tromper l'ennemi, qui du coup envoie son porte-clef par la poste (!). Simplement blessée, Giulia (Uschi Glass) est officiellement sous protection policière, avec pour consigne de ne pas se manifester en public. Pensez-vous, la jeunesse ne respecte plus rien et la voilà parti à mener sa propre enquête avec son futur mari Mario (Antonio Sabata). Ils ne tardent pas à trouver une piste sérieuse : toutes les victimes logèrent dans un même hôtel, le 29 septembre. Pour faire bonne mesure, il faudrait donc avertir les autres clientes de l'époque, et puis retrouver Frank Saunders, l'américain qui possédait justement le même genre de porte-clefs que le tueur.



Les coproductions, ça a du bon : ça permet de mélanger les cultures, comme quand l'italien Umberto Lenzi se prend de réaliser une adaptation non officielle d'un récit d'Edgar Wallace, l'écrivain anglais qui inspira les teutons au point de leur permettre de créer le krimi, leur propre genre policier. En plein dans sa période giallo (pas folichonne il faut bien admettre), Lenzi s'en va donc puiser dans les recettes de ces co-producteurs germaniques, et en lieu et place de Carroll Baker, son égérie du moment, il s'attache les services d'une actrice locale, Uschi Glass. Pas une très grande actrice. Le Tueur à l'orchidée a beau se dérouler dans la capitale italienne au lieu de Londres, traditionnel théâtre des krimis, la Rome du film se montre bien plus proche des sombres krimis que des ensoleillés gialli. La communauté anglo-saxonne abrite également une large partie du film, ce qui permet aux doubleurs français de se faire plaisir en imitant l'accent britannique non sans un certain foutage de gueule qui n'aide pas à la crédibilité des personnages. Au menu : des prostituées, une anglaise et ses chats, un asile où vit une paranoïaque, l'appartement d'un drogué hippie... Le glamour du giallo se retrouve mis à l'écart, brièvement approché autour de l'hôtel d'où tout est parti, deux ans plus tôt. La nuit et les ténèbres caractérisent les scènes de meurtres, qui du coup doivent se démarquer avec les moyens dont le réalisateur dispose. Et il n'y en a pas 36 : les seins nus et la violence. Lenzi ouvre son film avec trois meurtres et demi (en incluant la fausse mort de Giulia), et les quelques meurtres qui émaillent par la suite le récit se distinguent par leur manque de sobriété parfois étonnant dans le contexte d'un simili krimi. C'est principalement le cas pour cet improbable meurtre à la perceuse. Lenzi semble parfois oublier qu'en temps que digne représentant d'une tradition policière post-victorienne, le krimi n'offre pas la même permissivité que le giallo, même si il est bien l'ancêtre du thriller à l'italienne (particulièrement dans ses derniers représentants). Et pourtant, le réalisateur également scénariste cherche généralement à respecter les traditions à l'allemande. Une fois passé l'excellente entame, le film passe alors en mode policier et "whodunit", suivant une trame linéaire que Lenzi réussit on ne sait trop comment à rendre confuse, restant toujours à l'extrême limite du n'importe quoi. Sans que l'on en sache la raison, Mario et Giulia mènent une enquête parallèle à celle de la police sans tenir celle-ci forcément informée. Un coup les flics se retrouvent à faire la morale à notre très fade héros, un autre coup restent-t-ils au bureau à mal faire des mots croisés : "Monument grec en 8 lettres ?" / "Acropole." / "Non ça peut pas être ça : il faut que la deuxième lettre soit un C" / "Ben dans Acropole la deuxième mettre c'est un C"... La police et ses flics guindés faussement méchants (il faut voir Pier Paolo Capponi bomber le torse et froncer des sourcils pour jouer aux durs) sert en fait d'élément un peu comique que Lenzi ressort comme un joker à chaque temps mort. Et il y en a. Beaucoup. Une très large partie du film est dévolue aux interrogatoires, qui ne sont ni plus ni moins que de la parlote stérile et médiocrement interprétée rapprochant assez fort le film non pas des krimis mais bien des feuilletons policiers allemands. Le manque de suspense est au moins égal à celui du manque de rythme, de substance... d'un peu tout. L'identité du coupable ne fait pas un pli, et pour le coup Lenzi a recours à l'un des passe-passe les plus usités du giallo. Le spectateur alerte reconnaîtra donc le coupable dès sa première apparition à l'écran. Il pourra aussi rire sur son dos, puisque ce tueur peu habile se montre à l'occasion assez gaffeur : meurtre raté de Giulia, confusion entre une ex cliente de l'hôtel et sa sœur jumelle... Quand à ce qui est de ses motivations, elles tombent sous le sens lorsque l'on a deviné l'identité du coupable. L'histoire du porte clef mystique ne sert à rien si ce n'est à donner une piste aux enquêteurs, un peu comme si le tueur cherchait délibérément à se faire prendre. Et pour les orchidées tachées de rouge du titre original, elle ne sont là que pour justifier ce titre vendeur et ne signifient en aucun cas une quelconque approche poétique.

Déjà peu habile aux commandes d'un giallo (même lorsque celui ci est produit par le spécialiste Luciano Martino), Lenzi sombre corps et bien lorsqu'il se retrouve seul aux commandes d'un krimi. Si ce n'est pour les scènes de meurtres, il rate tout ce qu'il entreprend : la noirceur de la Rome nocturne est laide, son enquête est aussi mollassonne que tirée par les cheveux et sa mise en scène reste désespérément plate. Riz Ortolani en rate sa musique et les acteurs, privés de direction, sont insipides. Le Tueur à l'orchidée prouve que Lenzi n'est fait pas pour les thrillers, quelle que soit leur origine culturelle.



Loïc Blavier

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