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Troll. 1986.
Origine : Canada / Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : John Carl Buechler
Avec : Noah Hathaway, June Lockhart, Phil Fondacaro, Jenny Beck...


Alors que ses parents emménagent dans leur nouvel appartement et que son frère Harry (Noah Hathaway) s'ennuie, la petite Wendy Potter (Jenny Beck) va jouer dans la cave de l'immeuble. Elle y croise Torok le troll magicien (Phil Fondacaro), qui prend alors possession de son identité. Dans les jours qui suivent, les locataires de l'immeuble disparaissent un à un, et seul Harry se rend compte que sa sœur hystérique et teigneuse n'est plus sa sœur. Il s'en confie auprès d'Eunice St. Clair (June Lockhart), une locataire bien particulière puisqu'elle est une fée. Elle lui apprend que Torok, naguère son amant, fut transformé en troll pour avoir chercher à contrôler le monde. Les astres lui en laissant présentement l'occasion, il veut sa revanche, et pour cela il doit d'abord prendre possession de l'immeuble en transformant tous ses occupants en trolls. Si il y parvient, le monde sera perdu...



Commençons par évacuer une légitime interrogation : dix ans avant que JK Rowling n'ait écrit son premier livre, un film de fantasy dans lequel un héros nommé Harry Potter doit apprendre la magie pour vaincre un troll, qu'est ce que ça signifie ? On peut se le demander, et on ne sera pas les seuls. Charles Band, patron de la firme Empire productrice de Troll, reste perplexe sur cette étrange coïncidence mais refuse de pousser plus loin les accusations. John Carl Buechler, le réalisateur et instigateur du scénario, l'est aussi, mais lui ne se contente pas de le déplorer : en 2008, il aurait selon certaines sources traîné JK Rowling en justice ! Si cela s'avérait exact (pas de nouvelles à l'heure actuelle), ce genre de comportements procéduriers n'aurait rien de bien glorieux, surtout que Buechler a bien pris soin de s'y mettre une fois la fortune de Rowling définitivement acquise. Difficile de voir autre chose qu'une tentative de récupérer beaucoup de sous. Mais après tout, cela lui fera aussi les pieds, à cette J.K. Rowling qui sous ses dehors philanthropiques ne se prive pas non plus pour intenter des procès à tire-la-Rigault contre quiconque s'approche d'un peu trop près de son Harry Potter (on appelle ça le "syndrôme George Lucas"). Et puis, plus amusant, afin de provoquer la romancière anglaise, John Carl Buechler annonce un remake de Troll budgétisé à 20 000 000 de dollars, ce qui pour un homme comme Buechler est énorme ! Pas grand monde le suit sur ce terrain, même pas Charles Band (sa radinerie l'emporte sur les perspectives de ramasser le pactole, trop incertaines). Seul Peter Davy, un producteur de porno, s'y aventure. Le film, au sein duquel devraient figurer Phil Fondacaro et Noah Hathaway (deux rescapés de l'original), est prévu pour 2009. Sa sortie, si elle se fait, devrait être amusante.

Revenons maintenant au Troll de 1986. La seconde réalisation de John Carl Buechler, fidèle à la famille Band et à son Empire, et la première en solitaire après un Dungeonmaster sur lequel servirent plusieurs réalisateurs. Il bénéficie pour l'occasion d'un casting honorable : deux membres du Saturday Night Live (Julia Louis-Dreyfus et Brad Hall) pour incarner une locataire et son petit-ami, une mère et sa fille (June et Anne Lockhart) issues d'une longue famille de comédiens pour montrer Eunice St. Clair à différents âges, Sonny Bono de Sonny & Cher pour jouer le play-boy foireux vivant à l'étage au-dessus des Potter, Gary Sandy (le rôle principal de la série WKRP in Cincinnati, quatre saisons aux Etats-Unis) pour interpréter un locataire militaire et républicain, Michael Moriarty évadé des films de Larry Cohen pour donner vie à Harry Potter Sr., l'ex drôle de dame Shelley Hack pour tenir le rôle de sa femme, et puis bien sûr Phil Fondacaro, le nain le plus célèbre de la série B, qui tient à la fois le rôle de Torok et celui, sans maquillage, du locataire préféré de la fausse Wendy, qui le prend pour un elfe. Il y a donc des "stars" à chaque appartement ! Même l'adolescent Noah Hathaway n'est pas un débutant, puisqu'il tint un rôle régulier dans la première série Battlestar Galactica et qu'il côtoya les magiciens de L'Histoire sans fin. Et pourtant, Buechler ne les utilise pas comme des vedettes, chaque locataire (à l'exception des Potter et de Eunice) étant vite transformés en trolls après avoir donné des élans comiques au film via leurs personnalités toujours très caricaturales. Troll oppose la réalité à la fantasy, Eunice et Harry tentant de combattre la seconde, envahie progressivement par Torok. Chaque nouvel appartement colonisé se transforme en forêt verdoyante, où les amusants petits trolls presque tous repris de Ghoulies, dont Buechler signa les effets spéciaux, peuvent chanter en chœur (excellente scène grâce à la musique composée par Richard Band) tandis que Julia Louis-Dreyfus, transformée en nymphe, gambade frivolement en essayant d'attirer à elle les hommes perdus (son petit ami, Harry...). Malgré ses effets spéciaux mitigés (variant du très bon -toutes les créatures - au moyen -les effets en image par image- et au médiocre -des effets lumineux pas terribles-), reconnaissons au film la qualité de savoir développer un certain côté bucolique, qui opposé à la banalité de l'immeuble et de ses occupants provoque une certaine forme d'humour. A la différence de Ghoulies, nous ne sommes pas ici dans un bête sous-Gremlins qui lancerait ses bestioles dans un univers réduit pour mieux respecter un budget serré. Les trolls sont ici secondaires, ce sont juste des habitants du monde parallèle qui attendent que leur chef se soit emparé de l'autre monde. Buechler s'en sort bien, même si son histoire de fantasy reste trop schématique pour donner au film une touche d'épopée. Le rôle de Harry Potter Jr. donne l'occasion à Noah Hathaway de refaire la même chose que dans L'Histoire sans fin : un jeune homme féru de fantastique qui devra justement devenir le héros d'une aventure fantastique. Eunice St. Clair, la vieille fée au courant de tout, est l'équivalent de l'Oracle, de Falkor et de tous les alliés du héros du film de Wolfgang Petersen coulés en un seul personnage (ou deux, si l'on tient compte du champignon parlant avec lequel vit Eunice, petite folie que s'est permis Buechler -dont le portrait orne l'appartement de la même Eunice-). Trop simple pour éveiller l'imagination, l'aventure de Troll se résume à un combat d'une poignée de minutes dans le monde imaginaire. A ce niveau, le manque d'argent est criant. Les puristes de mythologie nordique peuvent aussi arguer que le réalisateur opte pour la version "miniature" des trolls, une vision imposée lors de la christianisation de la Scandinavie. Les vrais trolls sont en principe des êtres immenses, censés représenter les puissances naturelles, et n'ont donc pas à frayer avec les elfes, comme ils le font ici en intégrant à eux le personnage de Phil Fondacaro, dont le rêve d'enfance fut d'intégrer un monde imaginaire où il ne subirait plus les brimades et la maladie (on en déduit au passage que Torok est en fait un gentil gars). Buechler simplifie beaucoup la mythologie nordique, et son film ne peut nullement être considéré comme un chef d'œuvre en la matière. Qu'à cela ne tienne ! Troll n'a jamais eu la prétention de marcher sur les pas de Tolkien. C'est un film de fantasy minimaliste, bien conscient d'être ainsi. Les deux mondes se marchent sur les pieds, et les parents Potter, jamais au courant de ce qui se trame, se retrouvent devant une souche d'arbre parlante en ouvrant leur porte. Buechler verse dans l'auto-parodie et l'humour tout du long, ravissant ainsi son public adulte sans pour autant ruiner les attentes d'un public d'enfants, guère préparé au second degré mais aussi plus apte à pardonner le manque de budget. C'est pourquoi je considérais naguère Troll comme un excellent film, et que je le considère toujours comme tel aujourd'hui.



Loïc Blavier

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