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Tremors 3 : The Legend begins. 2004.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur badine
Réalisation : S.S. Wilson
Avec : Michael Gross, Sara Botsford, Sam Ly, Brent Roam...




1889. Le bourg qui deviendra plus tard Perfection s'appelle Rejection et vit de la mine d'Hiram Gummer (Michael Gross). Un beau jour, les mineurs en plein travail sont attaqués par des graboïdes et refusent de reprendre le travail. Tout le monde commence à quitter Rejection, et lorsque Gummer débarque, il n'y a plus que la famille Chang, propriétaire de l'épicerie et quelques autres individus, trop pauvres pour partir. Et puisqu'il faut bien vaincre les graboïdes avant que la ville ne soit totalement désertée et que la mine ne soit laissée à l'abandon, décision est prise d'avoir recours à un pistolero chevronné, Black Hand Kelly (Billy Drago).



Après avoir mitsplus de 10 ans à accoucher de trois épisodes, la saga Tremors entama le XXIème siècle sur les chapeaux de roues. Le troisième film fut suivit d'une série télévisée destinée à devenir le programme phare de Sci-fi Channel, mais qui en raison d'un succès jugé peu évident fut annulée au bout d'une demi-saison. Massacrée par la chaîne, qui réorganisa les épisodes selon ses propres envies, entraînant des remontages, la série est aujourd'hui tombée dans l'oubli au point qu'aucune édition DVD n'est sortie ou même envisagée à ce jour. Cela ne découragea pas S.S. Wilson et Brent Maddock, producteurs, réalisateurs et scénaristes de la saga, qui dès 2004 accouchèrent d'un quatrième film, toujours pour le marché de la vidéo. Bien entendu, ils reprennent Michael Gross, qui avait été de tous les films et de la série, cette dernière se déroulant à la suite des évènements de Tremors 3. Et avec lui, ils refont l'histoire de la ville de Perfection, la situant au far west. Un procédé qui peut aussi bien rappeler celui employé par Zemeckis et Spielberg pour Retour vers le futur III que celui qui commençait à être à la mode dans ces années 2000 : le retour aux sources. Massacre à la tronçonneuse y avait déjà eu droit, avant Vendredi 13 puis bientôt les Freddy. Tremors 4 se rapproche plutôt de la démarche de Zemeckis, car il ne s'agit pas d'un remake censé remettre les compteurs à zéro pour faire peau neuve et repartir sur de nouvelles bases. On peut au contraire le considérer comme un moyen de faire plaisir aux amateurs des premiers films, qui retrouvent un monde qu'ils connaissent bien, mais sous une forme embryonnaire évoluant petit à petit pour se terminer par la transformation de Rejection en Perfection... Ce qui à la vue du film ne vaut guère mieux que d'être reparti à zéro. Autant le dire tout de suite : Tremors 4 est catastrophique. Prenant leur franchise trop au sérieux, peut-être pour se draper dans leur dignité après l'échec du feuilleton, les deux géniteurs de la saga, Wilson (réalisateur pour l'occasion) et Maddock consacrent une large partie du film à jouer sur les équivalences entre ce que nous connaissons de la Perfection de la fin du XXième siècle et celle de 1889, cent ans tout rond avant les aventures du premier Tremors. Ainsi, ils jouent sur un humour fait de clins d'oeil qui est très loin de celui auquel la saga nous avait habitués, c'est à dire un humour léger basé sur le caractère un peu beauf des gens de Perfection. Nous découvrons la première génération de la famille Chang, qui tenait déjà l'épicerie. Et il faut bien dire qu'en dehors du fait qu'ils soient chinois, rien ne les rapproche de ce que seront plus tard Walter (du premier film) et Jodi (du troisième). Ils forment une famille unie, prête à se battre pour ne pas avoir à partir de Rejection et regagner la Chine. Particulièrement horripilant, le fils possède toutes les tares conventionnelles des enfants au cinéma, et qu'on peut résumer en un mot : l'attendrissement. Chose inimaginable dans les trois films précédents (y compris dans le second, qui était pourtant le moins bon), Wilson et Maddock jouent la carte du sentiment et font des Chang le symbole de la notion d'attachement à la (nouvelle) terre, version politiquement correcte du pingre attachement au commerce qui faisaient de Walter et Jodi des personnages bien moins ternes. Le gamin Chang joue sur la corde sensible, prêt à abandonner ses jeux de gamins pour faire la leçon aux adultes et leur montrer la voie, par exemple en incitant Hiram Gummer à leur venir en aide. Car nous sommes loin de Burt Gummer : Hiram est un citadin excentrique aux moeurs victoriennes, peu au fait des coutumes de l'ouest, et effrayé par les armes (pour résumer, Gross se prend un peu pour John Cleese). Les scénaristes jouent principalement sur le décalage entre cet Hiram aussi grossièrement guindé que son descendant est un militaire dans l'âme. Contrairement à Burt, Hiram n'a pourtant rien de drôle, mais tout au long du film il ne cesse pas les simagrées avec une insistance irritante, du même genre d'irritation que provoquent tous les films misant uniquement sur la présence d'un personnage qui n'est pas à sa place. Et puisque son personnage est aux antipodes de Burt, il ne faut donc pas compter sur Michael Gross pour faire vivre le film entre deux attaques de graboïdes, appelés les "dragons de poussière" par les Chang. Wilson préfère essayer de rendre émouvants ses personnages jusque dans leurs pitreries, comme si le fait d'avoir créer un univers l'autorisait à en oublier le principal, c'est à dire que les Tremors sont des films d'action dans lesquels les personnages contribuent au rythme autant que les monstres... et c'est ce qui les rendait mille fois plus sympathiques qu'ici, malgré les efforts du réalisateur. Wilson (et Maddock, ne l'oublions pas) croit peut-être que les Tremors sont devenus attachants au point de donner envie au public de s'intéresser aux personnages. Et bien non, surtout pas lorsque ceux-ci sont aussi banalement traités. Le coup de la solidarité et de la compassion va jusqu'à lui faire placer au moins un personnage par ethnie : outre les chinois et l'anglais, nous avons une irlandaise, un indien, un mexicain, bref tout est réuni pour une bonne grosse mélasse qui un peu plus aurait viré à la mièvrerie. Même le pistolero joué par Billy Drago ne ramène pas le film dans la bonne direction, comme l'avait justement fait Michael Gross dans Tremors 2. Déjà parce qu'il s'agit justement de Billy Drago, dont le jeu bien particulier ne se fond pas forcément très bien dans un western fantaisiste, et ensuite parce qu'il est utilisé dans l'unique but de montrer que rien ne vaut la solidarité, pas même un expert de l'ouest. L'attention sur les personnages affecte aussi les graboïdes, qui ne servent plus qu'à mettre en valeur Hiram et sa bande. Et qui dit préquelle dit retour à zéro : tout est à apprendre pour nos héros ! Forcément, cela va mettre du temps qui, ajouté au nouveau penchant de Wilson pour les discussions stériles et l'humour facile, aboutit forcément à l'ennui. Tremors 4 est interminable ! Les graboïdes ne sont plus une menace, ils ne débarquent pas au village avant la fin du film, et bien qu'ils soient ici sous leur forme originale, ils auraient tout aussi bien pu être des hurleurs ou des culs voltigeurs que cela n'aurait rien changé. Au nombre de trois, ils incarnent l'adversité, point. Pas d'état de siège, pas de nouvelles données sur leur mode d'action, rien. Encore que si : plus le temps passe, plus leur réalisation en CGI est laide. Triste.



En regardant à la suite les films de la saga Tremors, ma principale crainte était que les films ne se mettent à verser dans un humour de comédies adolescentes. Ce n'est toujours pas le cas ici. J'étais cependant loin de m'imaginer que Wilson et Maddock verseraient dans un humour attendri prenant le pas sur les graboïdes, qui malgré Kevin Bacon, Fred Ward ou le Michael Gross des deuxième et troisième films restaient les véritables vedettes des autres films, celles qui modelaient les personnages. Vu le désastre, pour une fois, on pourrait peut-être se féliciter du refus de la Universal, firme distributrice de la saga, de donner le feu vert à Wilson et Maddock pour la réalisation d'un cinquième film qu'ils ont d'ores et déjà écrit.

Loïc Blavier

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