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Tremors. 1990.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur badine
Réalisation : Ron Underwood
Avec : Kevin Bacon, Fred Ward, Finn Carter, Michael Gross...


Paumé au milieu du désert entre montagnes et collines, le hameau de Perfection est intrigué par la découverte des cadavres de deux habitants. L'un est mort de déshydratation en haut d'un pylône électrique, et l'autre fut massacré avec son bétail. Parce qu'il est très vite établi que ces morts sont dues à la présence de gigantesques vers anthropophages se repérant aux vibrations du sol, Val et Earl (Kevin Bacon et Fred Ward), les hommes à tout faire de Perfection qui ont découvert ces corps, se voient dans l'obligation de rester, eux qui souhaitaient fiche le camp vers des coins moins désolés. De toute façon, ils n'ont pas le choix : la seule route est bloquée suite à un éboulement, et avec les vers (qu'on appellera graboïdes), pas question de partir à pied ou à sabots. Même les voitures se font boulotter ! De plus, le téléphone est coupé, et il est impossible de faire venir de l'aide autre que celle de Rhonda (Finn Carter, cousine du Président Jimmy), la géologue qui faisait des expérimentations sismologiques sur place.



Vivre dans les étendues désertiques des Etats-unis, c'est mieux que de vivre sur les côtes japonaises régulièrement dévastées par un dinosaure atomique (entre autres géants), mais c'est quand même pas terrible. Et pas seulement pour des raisons climatiques. Entre les extra-terrestres qui s'y posent tous les 13 du mois, les mutations génétiques provoquées par les expérimentations militaires et les familles de cannibales qui s'y planquent, les risques ne manquent pas. Toutefois, avec l'habitude, on finit par ne plus guère s'émouvoir des situations périlleuses, aussi surprenantes peuvent-elles paraître aux yeux du citadin lambda. Prenons les graboïdes, par exemple. Une fois passé le choc de leur découverte, que reste-t-il ? Des bestiaux tout droit sortis de Dune qui ne sont en fait que des gros serpents dont la présence, pour être souterraine, n'en est pas moins aussi facilement décelable que celle d'un quelconque reptile. Outre leur laideur, commune à presque tous les monstres, c'est surtout leur taille et leur force, qui en imposent. Mais pas de quoi terroriser les gens de Perfection, qui semblent plutôt voir ça comme l'occasion de sortir de leur routine quotidienne. Bien que s'apparentant à l'énième invasion d'une petite communauté sans histoire, Tremors sort des sentiers battus par son refus de coller aux schémas habituels. Pas de preux héros, mais deux glandus. Pas de demoiselle à protéger, mais une jeune femme qui s'en sort très bien toute seule. Pas de villageois paniqués, mais une petite assemblée hétéroclite solidaire réunie au drugstore (dont le gérant est joué par Victor Wong, vu dans Jack Burton et Prince des ténèbres). Pas de militaires, mais un couple de militants NRA. Pas de scientifiques, surtout que la science de Rhonda ne sert à rien, si ce n'est à comptabiliser les vers. Et pas même de fortes tensions entre les assiégés. Juste une bande de bouseux prenant les choses comme elles viennent. Il n'y a même pas vraiment de relations entre les personnages : l'histoire d'amour courue d'avance entre Val et Rhonda n'intervient qu'en toute fin de film, et l'amitié entre Val et Earl s'éloigne des buddy movies en ne présentant aucune différence de caractère entre ces deux cow boys désœuvrés. Ce sont tous deux de sympathiques beaufs au langage fleuri. Il n'y a aucune insistance sur leur courage, et à une ou deux exceptions près, le choix de savoir lequel des deux se farcira le prochain exploit est tranché par un "pierre-feuille-ciseaux". Pourtant, il ne faudrait pas croire que Tremors est un film parodique. Pour son premier long-métrage, Ron Underwood dose savamment l'humour, et n'en fait qu'un moyen pour rendre les personnages sympathiques sans avoir à les fouiller outre mesure. Cela lui permet de meubler avantageusement les plages d'accalmies entre les attaques des graboïdes, et certaines fois de les épicer.



Tremors n'est pas de ce genre de film à perdre du temps en palabres. Nous entrons dans le vif du sujet en très peu de temps, pour ne plus en sortir. Underwood met en place une sorte de siège... à la verticale. C'est à dire qu'au lieu d'être cloisonnés dans un espace clos se rétrécissant petit à petit, comme ils l'auraient été dans un western prenant pour postulat une ville encerclée, les personnages le sont par en bas, contraints à trouver refuge sur des hauteurs qui n'existent pas beaucoup. Un rocher, des toits, bref des endroits où ils se retrouvent bloqués, avec leur imagination comme seule issue de secours. Ils ne disposent en fait que de très peu d'espace, ce qui ne manque pas d'être ironique puisqu'ils se trouvent en plein désert, à l'air libre. Le réalisateur ne manque pas d'employer des plans larges, aptes à retranscrire cette situation ubuesque où l'ennemi ne fait pas que venir du sol : il est le sol. On songe alors un peu au concept des Dents de la mer, sauf que l'eau est ici devenue du sable. Et quand les personnages sont à terre, Underwood se prend pour Sam Raimi et sa caméra file à toute allure au ras du sol, illustrant le point de vue des graboïdes pourchassant leurs proies. Non seulement il utilise la même mise en scène, mais il use également du même procédé consistant à éclater tout obstacle que traversent les vers, ou bien à faire "gonfler" le sol histoire de bien montrer qu'un ver est juste en dessous. Ce qui amène quelques effets spéciaux assez mal conçus, donnant parfois l'impression que le sable du désert n'est en fait qu'un vulgaire tapis recouvert de sable (c'est probablement ainsi que les effets spéciaux furent conçus). De même, les graboïdes eux-mêmes sont dans leur texture assez peu convaincants, même si l'idée de les doter de tentacules / serpents en guise de langue est bonne. Leur texture ne semble pas très naturelle, et les effets sanglants, les lambeaux de chair et autres artifices qui auraient pu rendre le film assez gore sonnent le faux. Mais cette fois, peut-être est-ce volontaire, dans le but d'échapper à la censure, ce qui serait légitime dans le cadre d'un film bon enfant.



Dans un cadre digne de la science-fiction des années 50, des vers échappés de Dune agissent comme le requin des Dents de la mer pour assiéger des bouseux comme dans un western. Le tout avec une mise en scène de Evil Dead. Ce n'est pas l'originalité qui a fatigué Ron Underwood. Mais cela n'empêche pas Tremors d'être un très bon petit film, une combinaison réussie de ses grosses influences. Voilà un réalisateur qui a le sens des priorités, et qui s'est vraiment mis à la place de ses spectateurs pour en deviner les attentes. Et au passage, signalons qu'après Vendredi 13, Kevin Bacon démontre qu'en attendant de devenir une star, un acteur n'est pas obligé de ne tourner que des séries B minables. Il faut juste avoir le nez creux pour choisir les bonnes.

Loïc Blavier

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