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Trauma. 1993.
Origine : Etats-Unis / Italie
Genre : Giallo poussif
Réalisation : Dario Argento
Avec : Asia Argento, Chistopher Rydell, Frederic Forrest, Piper Laurie...


Aura Petrescu (Asia Argento), une jeune adolescente souffrant d’anorexie, fait la connaissance de David (Christopher Rydell) alors qu’elle s’apprêtait à se jeter du haut d’un pont. Lui-même ancien junkie, il comprend les souffrances de la jeune fille et tente de lui venir en aide, en vain. Celle-ci ne tarde pas à lui fausser compagnie avant d’être récupérée par les employés de l’hôpital psychiatrique où elle séjournait. Plutôt qu’à l’hôpital, ils la ramènent chez elle où, le soir même, sa mère s’adonne à une séance de spiritisme qui se clôt par son assassinat ainsi que celui de son mari. Le « décapiteur » fou qui sévit dans la ville a encore frappé, mais cette fois, il y a eu un témoin de ses méfaits : Aura.


Après son partenariat avec George A. Romero pour Deux yeux maléfiques, Dario Argento poursuit sa carrière aux Etats-Unis pour son nouveau film en tant que seul maître à bord : Trauma. Pour l’occasion, il ne cherche pas à bousculer outre mesure ses habitudes et se fend d’un nouveau giallo qu’il n’hésite d’ailleurs pas à présenter comme Les Frissons de l’angoisse des années 90. Une filiation osée dans la mesure où Les Frissons de l’angoisse compte parmi les grandes réussites de son auteur et que Dario Argento traverse une période cinématographiquement pauvre depuis le début des années 80. En convoquant ainsi le passé, il tente désespérément de retrouver tout le lustre d’antan, époque bénie où il comptait parmi les grands noms du cinéma horrifique et dont chacun des films était attendu avec impatience. A l’heure de réaliser Trauma, l’impatience de ses plus fervents admirateurs a cédé à l’appréhension, anxieux à l’idée de voir de nouveau le « Maestro » sombrer dans des abîmes de médiocrité.


Le film s’ouvre sur un générique étrange à base de figurines de plomb de la Révolution française placées autour d’une guillotine à leur échelle dont la pertinence nous échappe. La première scène du film -un meurtre- nous éclaire un peu plus sur ce choix, sans pour autant nous convaincre tout à fait. Dario Argento nous présente cette fois-ci un tueur à l’imagination peu développée qui ne tue que par décapitation en usant d’une arme toute personnelle, une sorte de fil en acier qui, mue par un courant électrique, fait office de fil à trancher les têtes. Une guillotine portative en quelque sorte d’où l’analogie du générique avec la Révolution française, période qui a popularisé ce mode d’exécution. Une méthode tout de même assez sanglante et qui pourtant n’occasionne pas de grandes scènes gores à l’écran en dépit de la présence de Tom Savini aux effets spéciaux. Des têtes coupées, nous en verront à la pelle mais jamais Dario Argento ne s’attardera sur les décapitations, préférant filmer le résultat ou les jets d’hémoglobine. En un sens, ce n’est pas plus mal puisque lorsqu’il déroge à cette règle, cela donne une scène hautement ridicule qui met en scène l’exécution du plutôt doué Brad Dourif durant laquelle une cabine d’ascenseur se substitue au fil d’acier habituel. Nous voyons alors en contre-plongée la tête de l’acteur nous tomber dessus en poussant son dernier cri pour un rendu franchement disgracieux. Un comble lorsqu’on connaît l’aptitude de Dario Argento pour nous surprendre lors des scènes de meurtres, en général son point fort même dans ses films les moins fameux. Or ici, les meurtres apparaissent répétitifs, sans inventions visuelles et dénués de toute énergie. C’est qu’ici il a souhaité mettre en place une ambiance propice à l’angoisse et au suspense plutôt que de tout miser sur ses seules fulgurances de mise en scène et les effets gores. Sauf qu’il ne suffit pas de lier les meurtres à des jours de pluie et de reprendre l’habituelle formule de l’héroïne détentrice de la solution mais incapable de s’en souvenir pour parvenir à remplir ce cahier des charges. Dario Argento pédale dans la semoule à force de se répéter et ne parvient jamais à nous passionner pour l’enquête de Aura et David. Il faut dire que le duo ne s’avère guère performant dans ce domaine. Après avoir fait des pieds et des mains pour retrouver une infirmière susceptible de les éclairer quant au lien qui unit toutes les décapitations, le jeune couple prend la peine de se reposer dans leur chambre d’hôtel sans qu’il ne leur vienne à l’idée de localiser celle où ladite infirmière a trouvé refuge. Une aubaine pour le tueur qui peut agir à sa guise sans jamais être inquiété le moins du monde. Dario Argento témoigne peu d’intérêt pour son histoire, tout heureux qu’il est de pouvoir enfin diriger sa fille. Il l’est tellement qu’il ne se prive pas pour la filmer seins nus, à une époque où elle n’était pas encore l’icône de tous les érotomanes de par le monde. L’avenir le confirmera, il n’est pas du genre à ménager sa fille. Sauf qu’ici, sans doute parce qu’il s’agissait d’une première, il demeure désespérément sage. Alors que tous les ingrédients étaient réunis pour la naissance d’une relation amoureuse entre Aura et David teintée d’un détournement de mineure, Dario Argento se montre frileux et se contente d’un amour platonique plus proche d’un rapport fraternel que d’une réelle attirance sexuelle. D’ailleurs, malgré l’anorexie de Aura et le passé de junkie de David, le couple apparaît désespérément plat, à l’image de leur jeu. Une fadeur d’autant plus palpable qu’autour d’eux gravite une poignée de comédiens confirmés (Piper Laurie, Frederic Forrest et donc Brad Dourif) qui rivalisent en cabotinage. Dario Argento n’a jamais été un grand directeur d’acteurs et Trauma nous le confirme avec tous ces acteurs jouant en roue libre pour les plus motivés (les trois acteurs cités précédemment) ou totalement perdus pour ceux qui s’interrogent sur leur présence ici (James Russo dans le rôle inutile de l’inspecteur chargé de l’enquête sur les multiples assassinats). Perdu, Dario Argento l’a l’air tout autant. Cela se traduit par des plans complètement absurdes comme cette vision subjective du tueur rentrant chez lui qui, soudain, fait un 360° sur elle-même comme si le personnage venait de marcher sur une peau de banane jetée négligemment sur son palier. Ou encore cette autre vue subjective mais du point de vue hautement plus intéressant d’un papillon s’ébattant dans le jardin d’un garnement, voisin du tueur, et grand collectionneur de ces insectes. Un gamin qui aura d’ailleurs droit à son petit quart d’heure de gloire offert gracieusement par le réalisateur lors d’une scène sans doute pensée pour être riche en suspense mais qui n’arrive qu’à nous écarter du sujet et par là même nous faire complètement sortir du film.


C’est triste à dire mais il ne reste pas grand-chose à sauver d’un film qui s’apparente à un beau naufrage. Je ne retiendrais que ce flashback qui revient sur la raison de tous ces assassinats dont la conclusion pour le moins radicale et empreinte d’une belle lâcheté aurait mérité un meilleur développement. Dario Argento se retrouve dans la position instable du réalisateur qui semble avoir épuisé toutes ses idées et qui se lance dans des sortes de redites dénuées de ce qui faisait la force de ses meilleurs films : une folie créatrice et une absence totale de complexe. Dario Argento se voulait plus mature dans son approche du cinéma mais il n’en est devenu que plus laborieux.

Bénédict Arellano

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