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The Party Girl. 1958.
Origine : Etats-Unis
Genre : Film noir
Réalisation : Nicholas Ray
Avec : Cyd Charisse, Robert Taylor, Lee J. Cobb, John Ireland...


Durant les années 30, un chef de gang (Rico Angelo/Lee J. Cobb) règne puissament sur Chicago. Ils parvient à échapper à toutes ses inculpations grâce à son ami d’enfance Thomas Farrell (Robert Taylor), devenu un avocat des plus brillant.
Un soir, Farell fait la connaissance d’une danseuse du nom de Vicki Gaye (Cyd Charisse) dans l’un des cabarets dont Rico est le propriétaire, et dont il tombe amoureux. Vicki Gaye partage ses sentiments hormis son implication dans le milieu de la pègre. Dès lors, Farrell fera le choix de l’amour et annoncera à Rico son intention de ne plus assurer sa défense et même de quitter le milieu...

J’avoue ne pas idolâtrer Nicholas Ray outre mesure. Il s’agit pour moi d’un cinéaste que j’aime bien et pour lequel j’ai le plus grand respect. Il m’est impossible notamment de remettre en question la continuité et la cohérence de son œuvre dans laquelle il ne s’est jamais renié, si l’on veut bien excepter ses dernières productions, de grosses commandes sans grande âme telles que Les 55 jours de Pékin ou Le Roi des Rois. C’est un grand romantique dont le lyrisme semble parfois compassé à ce jour et si certains de ses films vieillissent mieux que d’autres, The Party Girl en fait partie. Par le cinéaste des tourments de l’âme et du repos impossible, ce film s’inscrit dans la lignée des excellents Amants Maudits, de la trop "actor’studio" Fureur de vivre ou du quelque peu lourd et laborieux Derrière le Miroir qui ne vaut aujourd’hui finalement que par la prestation de James Mason. C’est une nouvelle fois le cinéaste d’un "crépuscule des âmes" qu’on retrouve ici, et ce pour la dernière fois malheureusement au sein de sa carrière. Malheureusement car Traquenard est à mon sens l’un des ses meilleurs films où l’on y trouve son compte à chaque vision.
Le personnage principal campé par un Robert Taylor, ici complètement transformé et que je n’ai jamais vu ailleurs aussi bon, y est pour beaucoup, en plus de parachever brillamment l’étude de la psyché humaine entamée plus tôt dans les films susnommés. Taylor y est absolument habité dans son personnage d’avocat boiteux tiraillé entre son sale boulot pour la mafia, et l’amour qui surgit de nulle part, d’un seul coup d’un seul via le personnage de Cyd Charisse, lui donnant enfin la force de marquer ses désaccords et de vouloir s’échapper du milieu dans lequel il s’est enfermé lui-même, s’étant réfugié alors dans l’alcool pour ne pas se retrouver face à ce lui-même qui n’est qu’un autre qu’il exècrerait, et le salut, s’il est encore possible viendra, à l’instar du magnifique et non moins crépusculaire Johnny Guitar, de la femme. La femme chez Nicholas Ray représente une fois de plus la force et c’est par elle que la rédemption se fera. Et si le dicton populaire dit que « la femme a besoin d’un homme sur lequel elle peut se reposer », le réalisateur nous dit le contraire.
Là où cela fonctionne entièrement également, c’est dans son support « film noir » qui est ici exploité à son maximum. La beauté fatale est réellement fatale, la violence et ses éclairs fugaces qui traversent le film sont si stupéfiants que certaines scènes restent longtemps en mémoire (Lee J. Cobb et sa fiole de vitriol – La gifle sèche de l’avocat sur l’un des hommes de mains –l’excellent John Ireland- les rafales de mitraillettes dans l’appartement du ponte). Le scope et ses couleurs y sont somptueuses et achèvent d’emmener ce grand film dans un tout crépusculaire dont à la fois le genre s’accommode si bien, comme son metteur en scène qui se transcende comme jamais dans sa peinture d’une noirceur profonde et amère d’une société qui se délite petit à petit par la corruption aussi bien des institutions que des protagonistes qui n’ont plus alors que le choix de la suivre. Le trait y est baroque et le propos aussi.
Les acteurs, des premiers aux seconds plans sont ici au firmament, et si les deux ballets mettant en scène Cyd Charisse offrent des répits réellement chatoyants, ailleurs la prestation de Lee J. Cobb est proprement étourdissante, et son personnage à priori sans foi ni loi, capable de tous les coups bas et de toutes les violences les plus brutales qui soient pour obtenir ce qu’il veut, sera également mis à mal par l’intelligence de Nicholas Ray via son personnage principal, qui saura brillamment en faire ressortir les fissures dans un « pré final » verbal, aussi violent, bouleversant et pathétique que toutes les autres scènes de sauvagerie baroque dont regorge ce film qui reste à mon sens tout simplement l’un des grands films noirs des années cinquante, en même temps que le chant du cygne artistique de son metteur en scène qui signe ici sa dernière grande œuvre et peut-être même sa meilleure.

Gilles Vannier

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