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Tourist Trap. 1979.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur sudiste
Réalisation : David Schmoeller
Avec : Chuck Connors, Jocelyn Jones, Jon Van Ness, Robin Sherwood...




Woody a de bonnes raisons de se maudire. A cause de son dilettantisme, il se retrouve sous une chaleur de plomb à pousser une roue de secours, en quête d’une station-service où la regonfler. Il finit par en trouver une mais, il ne le sait pas encore, il aurait mieux fait de s’abstenir. Il n’en reviendra jamais vivant. Entre-temps, trois de ses amis ont récupéré sa copine Eileen à bord de leur jeep avant de partir sur ses traces. Las, les quatre compères vont à leur tour tomber en rade, ne devant qu’à la gentillesse de Mr Slausen, un gars du coin, de ne pas avoir à dormir à la belle étoile. Et là encore, ce qui apparaît comme une aubaine va se transformer en cauchemar...

Lorsque David Schmoeller s’atèle à son premier film, Halloween de John Carpenter n’est pas encore sorti sur les écrans. En cette fin des années 70, le petit monde de l’horreur vit encore sous l’influence durable du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, le film de ce dernier ayant suscité un fort engouement chez les jeunes réalisateurs. Il n’est donc guère étonnant que Tourist Trap contienne les principaux éléments déjà à l’œuvre dans le film de Hooper, à savoir un groupe de jeunes gens dont la voiture est tombée en rade, une maison perdue au fin fond de l’Amérique profonde et un tueur masqué. En outre, on retrouve dans le film de David Schmoeller ce même sens du grotesque qui avait tant échappé aux spectateurs des exploits de Leatherface à l’époque. Toutefois, le jeune réalisateur ne se contente pas de reprendre bêtement la formule de son modèle. Dès la première mise à mort, David Schmoeller s’écarte du réalisme sordide de Massacre à la tronçonneuse pour donner dans le fantastique.



Point de tueur à l’horizon lors du premier meurtre mais toute une série de manifestations surnaturelles de l’ordre de la télékinésie (meubles et objets se mouvant tout seuls, poupées mannequins ricanantes, …) qui rappelle un autre classique du cinéma fantastique des années 70, Carrie de Brian De Palma (1976). Et les références au genre sont légion (on peut aussi citer L’Homme au masque de cire de André De Toth comme autre influence notable). Tourist Trap étant un premier film, on serait bien en peine de blâmer un David Schmoeller déjà bien heureux d’avoir trouvé en Charles Band un producteur tout disposé à lui laisser carte blanche. L’ennui c’est que le survival étant déjà un genre très codifié en soi -comme plus tard le slasher- ces emprunts ne font qu’ajouter à l’impression de compulser un catalogue non exhaustif du cinéma fantastique.
Au niveau des personnages, David Schmoeller nous propose un quintet de jeunes gens sans reliefs (et cela dit sans faire injure à ces dames). Ils n’ont aucun vice apparent. Ils ne boivent pas, ne fument pas et ne couchent pas. D’ailleurs, ils ne pensent que fort peu au sexe, et le seul couple de jeunes mariés de la bande ne se témoigne aucune tendresse particulière. C’est tout juste si on peu reprocher à ces dames la pratique du bain de minuit au milieu de la journée et de manière très (trop ?) pudique. Il n’existe finalement que d’infimes différences entre eux et les poupées grandeur nature qu’ils sont amenés à devenir. Le jeune réalisateur ne cherche jamais à approfondir la psychologie de ses personnages, ces derniers n’étant là que pour une seule chose, se faire tuer. Nous ne sommes même pas dans l’archétype mais plutôt dans le néant absolu. Dès lors, toute identification devient impossible et nous place dans le simple rôle du spectateur. Ces personnages sont tellement inintéressants que le tueur lui-même choisit de prendre ses distances avec eux, préférant user de ses aptitudes en télékinésie pour les tuer. Cela donne des scènes de meurtres très sages lors desquelles le sang coule avec parcimonie, David Schmoeller préférant mettre l’accent sur les faciès désarticulés des nombreuses poupées peuplant le repère du tueur. Ce parti pris peut paraître frustrant de prime abord, mais c’est pourtant de celui-ci que découle à terme l’instauration d’un climat de folie dont le final retranscrit toute l’ampleur.



Car malgré les nombreuses références que nous pouvons retrouver de-ci de-là tout au long du film et le vain suspense que le réalisateur tente d’instaurer autour de l’identité du tueur, c’est encore et toujours Massacre à la tronçonneuse qui sert de principal fil conducteur au récit. Et si David Schmoeller n’arrive pas à rendre son film aussi poisseux que son illustre modèle, ni même à tutoyer son intensité horrifique, il réussit néanmoins à nous faire partager la démence qui s’empare de l’unique survivante. L’ultime confrontation entre celle-ci et le tueur montre en quelque sorte une passation de pouvoir, la folie du tueur parvenant à contaminer ce qu’il restait de lucidité chez la jeune femme. Le cadre se fait alors plus oppressant, donnant enfin la pleine mesure du piège qui s’est inexorablement refermé sur les infortunés voyageurs. Et Tourist Trap de se conclure sur un plan aussi saisissant que morbide, jolie touche finale d’un film imparfait mais qui respire l’amour du genre.

Bénédict Arellano

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