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Le Tigre se parfume à la dynamite. 1965.
Origine : France
Genre : Espionnage
Réalisation : Claude Chabrol
Avec : Roger Hanin, Roger Dumas, Margaret Lee, Michel Bouquet...


Après Le Tigre aime la chair fraiche, Roger Hanin retrouve Claude Chabrol pour tourner Le Tigre se parfume à la dynamite. Pas vraiment une suite, d’ailleurs, plutôt un autre épisode de la vie mouvementée de Louis Rapière, dit Le Tigre, agent de la DST, toujours prêt à faire le coup de poing contre les durs-à-cuire et à mettre la main aux fesses de ces dames (l’inverse eût été plus drôle et, finalement, pas si surprenant de la part d’un macho man qui appelle son second chouchou et lui claque régulièrement des bises affectueuses...).
Cette fois encore, une vente d’armes est au centre des événements mais, cette fois-ci, il s’agit d’une vente d’armes clandestine opérée par un nazi sur le retour à une rébellion guyanaise rêvant de prendre le pouvoir... Il est aussi question d’une organisation secrète : L’orchidée, qui promet régulièrement le pire au Tigre mais rate systématiquement ses coups. Et d’un contrebandier américain à la main lourde et capable d’assommer un bœuf. Enfin, il est question de racisme et d’êtres pervertis au point de vouloir instaurer une domination blanche, blonde et agressive.
Beaucoup de testostérones, donc, dans cet épisode, même si les femmes ne sont pas en reste, prenant les armes et massacrant au profit d’une révolution fasciste, ou portant le deuil avec beaucoup de grâce, pour récupérer une belle cargaison de lingots d’or.



On le voit, il y a beaucoup de choses dans ce second opus et probablement trop : l’intrigue s’éparpille et multiplie les chausse-trappes et les rebondissements, sans trop se soucier de rigueur ou de crédibilité. La première séquence d’action, par exemple, qui voit le bateau français abordé par une flibuste sans pitié, n’est pas la plus réussie. Les combats sont assez médiocres (alors qu’ils seront bien meilleurs à d’autres moments) et la façon dont Rapière se tire d’affaire est vraiment trop légère (en gros, les pirates n’ont pas fait attention qu’il restait deux personnes à bord, préférant boire et chanter à tue-tête, au milieu des cadavres...).

Le film est également écartelé entre deux tendances : d’un côté, une comédie d’espionnage, avec son duo d’agents dépareillé (l’un est grand et costaud, l’autre petit et mince), Roger Dumas, dans le rôle de Duvet, portant la réplique à Roger Hanin sur le ton de l’humour (et en cabotinant moins que dans le premier épisode, où son rôle était d’ailleurs un peu différent, puisqu’il était chargé d’inventer des gadgets pour Le Tigre, comme un pistolet qui tire en arrière). De l’autre côté, le sérieux et le premier degré, de rigueur pour un vrai film d’espionnage, avec méchants vraiment affreux ou mielleux, et héros implacable n’hésitant pas à tuer l’un ou l’autre adversaire.
Un film le cul entre deux chaises, donc, ce qui n’est pas des plus confortables... Toujours écrit par Antoine Flachot, pseudonyme de Roger Hanin lui-même, et réalisé par Chabrol, on aurait aimé qu’il choisisse sa nature et y aille soit à fond dans la parodie et l’auto-dérision, à l’instar de cette scène où un médecin-radiologue décati et le mégot vissé aux coins des lèvres (incarné par Chabrol lui-même) entreprend la radiographie délirante d’un requin, soit qu’il se fasse vraiment sérieux et se durcisse, la rage prenant le Tigre au vu des résurgences pro-aryennes de l’orchidée et de son chef sans pitié étant l’occasion de quelques belles séquences.
On évoquera notamment celle avec Michel Bouquet, dans une imprimerie clandestine aux lumières rouges du plus bel effet, promettant une mort de serial à Duvet : assommé et le corps placé sur un tapis roulant le menant tout droit à un massicot tranchant. Ou celle du zoo où, enfermé dans une cage et aux prises avec d’autres fauves humains, Louis Rapière finit par montrer sa vraie nature et par mériter son surnom.



De la violence, un brin d’érotisme avec la belle Margaret Lee couverte d’une peau de bête et attachée à des chaines (hmmm !), de l’humour, de l’action et des bons sentiments, voilà qui devrait faire une réussite majeure du cinoche populaire ! Oui, mais non, la violence n’est pas toujours à la hauteur (et Roger Hanin a le cul un peu lourd pour mener des combats grandioses, il faut bien le dire), l’érotisme est vraiment trop léger pour émoustiller quiconque, même en 65, l’humour est pataud ou lourdaud, parfois les deux, l’action est décousue et vraiment peu crédible ; quant aux bons sentiments, qui consistent à faire passer le message que : « le racisme, c’est pas beau », c’est quand même assez bateau...
Bref, si le tigre se parfume à la dynamite, le spectateur, lui, s’ennuie un peu devant les aventures de ce félin aux fragrances de pétard mouillé... ce qui ne l’empêchera pas de revenir, deux ans plus tard, sous l’œil de Mario Maffei cette fois, avec Le Tigre sort sans sa mère...



Bigbonn

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