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Theater of blood . 1971.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Critiques assassines
Réalisation : Douglas Hickox
Avec : Vincent Price, Diana Rigg, Ian Hendry, Harry Andrews...




Panique chez les critiques de théâtre ! Ce qui semblerait être un tueur en série s’attaque à chaque membre de cette caste suffisante en les tuant à la manière des pièces de Shakespeare, chacun des meurtres tirant leur source des écrits du célèbre dramaturge anglais. Assez rapidement, un coupable potentiel est évoqué, l’acteur Edward Lionheart. Petit bémol : il s’est suicidé deux ans plus tôt.

A peine deux ans après L’Abominable docteur Phibes, Vincent Price se replonge avec délectation dans le business de la vengeance. Une différence notable, néanmoins, il n’agit plus pour venger l’être aimé mais pour laver son honneur et son amour propre, foulés au pied par ces critiques inconséquents qui pour le plaisir de belles phrases réduisent complaisamment à néant des mois d’efforts. De fait, et en dépit des élans dramatiques de Vincent Price, Edward Lionheart n’a rien d’un personnage tragique, bien au contraire. Doté d’une soif inextinguible de reconnaissance, et hautement convaincu de son incroyable talent, Edward Lionheart nous apparaît davantage comme un être pathétique et un rien imbu de lui-même que comme une victime. En outre, les incohérences du scénario font qu’on a bien du mal à saisir la crédibilité des griefs qu’il nourrit à l’encontre des critiques. La plus flagrante réside en sa nomination pour le prix de meilleur acteur de l’année. Sachant que les critiques qui l’ont copieusement éreinté durant toute la saison théâtrale sont les mêmes qui remettent les prix durant la cérémonie, on se demande bien par quel miracle il aurait pu en glaner un. Quant à savoir si les critiques font ou défont les carrières des pièces de théâtre ou des films, c’est une vieille rengaine qui revient régulièrement dès que les entrées se font moins nombreuses.



A mon sens, les critiques servent surtout à convaincre les indécis. Pour les autres, à partir du moment qu’un acteur, un metteur en scène ou l’histoire les intéresse, ils ne se soucient guère des critiques au préalable, leur choix étant déjà arrêté. Et un grand succès tiendra toujours plus d’un bon bouche-à-oreille que d’un bon papier. Maintenant, le pouvoir des mots peut aussi avoir ses conséquences et, si ce n’est détruire une carrière, au moins faire perdre toute confiance en soi à la personne incriminée et ainsi la précipiter dans une spirale négative. Mais là encore, c’est loin d’être le cas de Edward Lionheart dont les mauvaises critiques n’empêchent nullement l’élaboration de nouveaux projets. A l’écouter, sa saison a été jalonnée de pas moins d’une dizaine de pièces. J’ai connu des comédiens plus malheureux...
Pourtant, la charge envers les critiques est lourde. Le microcosme que nous dépeint Anthony Hickox n’est composé que de bourgeois suffisants et s’intéressant davantage à leur petit confort et aux plaisirs de la bonne chère qu’à la vie culturelle londonienne. Alors que c’est censé être leur métier, ils ne paraissent pratiquer la critique que comme un hobby. C’est avant tout des mondains qui aiment à se retrouver autour d’une bonne tablée tout en déblatérant sur leurs contemporains. Il en résulte une distanciation immédiate avec des personnages dont la fonction principale consiste à se faire trucider, tout en laissant Vincent Price s’adonner à son péché mignon : la grandiloquence.
Théâtre de sang s’apparente à un passage en revue des plus grandes pièces écrites par William Shakespeare (Jules César, Cymbeline, Roméo et Juliette, Titus Andronicus...), ce qui offre à Vincent Price le loisir de jouer une multitude de rôles avec un plaisir évident. On assiste à un véritable one man show qui emporte tout sur son passage, les seconds rôles au premier chef. Mais si au début, on peut s’amuser du machiavélisme des meurtres et de l’humour noir très présent, la sensation de déjà-vu se fait rapidement trop forte et pèse de tout son poids sur l’appréciation du film. Ce dernier revêt bien trop de ressemblances avec L’Abominable Dr. Phibes pour que sa découverte procure un plaisir égal. Cet aspect photocopie en devient irritant, reproduisant jusqu’à la figure même des forces de l’ordre, extrêmement maladroites et incapables de déjouer les plans du vengeur grimé. Il en va de même des mises à mort, tout aussi sophistiquées et agrémentées de quelques effets chocs (tête coupée, cœur arraché, électrocution...). La seule différence –notable– réside dans l’ambiance du film, plus colorée voire psychédélique pour le film de Robert Fuest, et plus crasseuse et sombre pour celui de Anthony Hickox. A force d’avoir été traîné dans la boue de manière métaphorique, Edward Lionheart termine littéralement le nez dans la fange, de laquelle il renaît entouré de sa nouvelle troupe composée de clochards avinés. La photographie épouse alors son état d’esprit morose et revanchard, dépeignant un Londres terne et pluvieux que même la présence de Diana Rigg ne suffit à illuminer.



En soi, Théâtre de sang n’est pas un mauvais film. Bien interprété et réalisé avec savoir-faire par Douglas Hickox, il témoigne de la belle vitalité du cinéma horrifique britannique en dépit de l’état déliquescent de la Hammer. Dommage qu’il n’ait pas su se démarquer suffisamment du canevas déjà usé jusqu’à la corde de L’Abominable dr. Phibes. Du coup, en ce qui me concerne, ma préférence va à ce dernier. Mais si vous n’avez vu aucun des deux, alors vous pouvez choisir l’un ou l’autre sans hésitation, c’est du bel ouvrage.

Bénédict Arellano

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