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Milano Violenta. 1976.
Origine : Italie
Genre : Polar
Réalisation : Mario Caiano
Avec : Claudio Cassinelli, Silvia Dionisio, Elio Zamuto, Vittorio Mezzogiorno...




Casse à la société ASPEX : quatre hommes, deux qui partent en douce avec le magot, deux qui font diversion en restant sur place, prenant des otages et négociant l'obtention d'une voiture avec la police. L'objectif est que les deux premiers aillent se planquer et soient rejoints quelques temps plus tard par leurs deux collègues, à savoir Raul Montalbani dit "Le Chat" (Claudio Cassinelli), chef naturel du quatuor, et Fausto (John Steiner), homme violent un peu trop stressé. Mais en truand avisé, Le Chat sent venir le coup : Walter et Tropea (Vittorio Mezzogiorno et Biagio Pelligra) vont chercher à le doubler. Et effectivement, les complices du casse qui auraient pu lui indiquer la planque de ses deux compères sont assassinés. Mais il en faut plus pour décontenancer le Chat, qui s'en va donc glaner l'information auprès de la prostituée Leila (Silvia Dionisio), la copine d'un complice assassiné. Tout ceci s'effectue sous la surveillance du Commissaire Foschi (Elio Zamuto, que l'on retrouvera dans le Napoli violenta de Lenzi qui n'a rien à voir avec Milano violenta), qui escompte bien arrêter tout le monde en même temps, et qui en suivant le Chat s'épargne bien du travail.



Beaucoup de moustachus dans ce Milano violenta dirigé par le futur réalisateur de l'excellent Napoli spara (Assaut sur la ville). Mais la moustache la plus célèbre du polar italien, j'ai nommé Maurizio Merli, n'est malheureusement pas de la partie. Si ce n'est pour le Chat, aucun des personnages ne justifie vraiment qu'une tête d'affiche potentielle vienne s'inviter dans le film de Mario Caiano. Walter et Tropea ne sont que deux petites frappes effrayées de leur propre audace, et qui en guisede courage ne trouvent rien de mieux à faire que d'assassiner un complice encore plus faible qu'eux, à savoir Gavino, le naïf drogué qui leur avait fourni les voitures. Quand au Commissaire Foschi, flanqué d'un adjoint bon-vivant, il préfère la tranquillité d'un pistage aux débordements rageurs d'une guerre urbaine. Enfin, Fausto, camarade du Chat, panique au premier flicaillon venu et s'en va terminer sa vie comme le moustique qu'il est sur le pare-choc d'un semi-remorque. Bref, Commando Terreur (ignoble titre français qui fait honte au genre représenté) ne brille pas par sa galerie de personnages empruntés. Le Milan présenté ici n'a rien du Milan ultra-violent de La Rançon de la peur et semble davantage en proie à la petite délinquance prétentieuse qu'au grand banditisme. Bien que résistant à la pression, le Chat lui-même n'a rien d'un grand ponte. Sa méchanceté de façade ne l'empêche pas d'être pitoyablement trahi puis de devenir dépendant de l'ex copine du receleur de voiture, une prostituée qui en viendra à le prendre en pitié et même à verser des larmes sur son compte. Caiano oriente son film vers cette description d'un banditisme déliquescent, condamné à la défaite non pas la police, réduite au rang de vautour, mais par l'incapacité notoire de ses représentants. Le personnage incarné par Silvia Dionisio inspire moins la pitié que tout ces pseudos-gangsters réussissant dans leurs actes à faire capoter une opération initialement très bien pensée. La violence prend alors des allures d'aveux sur l'incapacité à mener à bien ce projet. Le petit vieux tué dans les locaux d'ASPEX témoigne du manque de sang-froid de Fausto, chose corroborée par la misérable mort qu'il rencontrera. Les baffes et insultes à l'encontre des femmes ne sont pas non plus très glorieuses pour l'image de marque de ces bandits. Et que dire de la manière particulièrement fourbe avec laquelle le Chat règle ses comptes ? Même les badauds réussissent à ridiculiser cette sommité du crime : cherchant à faire stopper un automobiliste pour lui voler sa voiture, le Chat ne réussit pas à imposer son autorité... et le conducteur de poursuivre son chemin en contournant le guignol planté en pleine route. La poisse s'invite aussi à la fête, avec l'essence qui vient à manquer à un moment fort peu opportun...



Nettement moins agressif (et marrant) que Assaut sur la ville, Commando Terreur ne peut donc pas être vu comme son prédécesseur. Le film dispense tout de même son lot de scènes choc, à commencer par l'intrusion chez ASPEX, qui préfigure le casse de la banque ouvrant le film suivant de Caiano. L'accident de Fausto ne laisse pas non plus insensible, pas plus que cette belle course-poursuite vue depuis le gyrophare de la voiture de police. N'empêche que ces instants de bravoure n'ont clairement pas la même spontanéité. Ils évitent cependant au film de verser tout à fait dans la mélancolie, voire la monotonie, en dispensant ici et là une certaine ironie contenue. Peut-être trop contenue, d'ailleurs, puisqu'en définitive Caiano ne prend parti ni pour ses bandits ni contre eux. Le plaisir de les humilier et la pitié ressentie envers eux se partagent le gâteau et conduisent le réalisateur à rester prudent en toutes occasions. Conséquence logique : Commando Terreur manque un peu de vitalité. Ce n'en est pas un mauvais film pour autant, loin s'en faut, mais le sujet aurait gagné à être davantage approfondi.

Loïc Blavier
le 15/03/2008

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