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On deadly ground. 1994.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action dopée à l'écologie
Réalisation : Steven Seagal
Avec : Steven Seagal, Michael Caine, Joan Chen, John C. McGinley...



Les années 80 en ont connu des gros bras et, bien qu’il soit l’un des derniers à être apparu (Nico, son premier film date de 1988), Steven Seagal n’en est pas le moins célèbre. Personnage atypique dont le passif antérieur à Hollywood demeure empreint de mystères et de zones d’ombre, un peu à l’image de bon nombre de ses personnages à venir, Steven Seagal se distingue de ses prédécesseurs par un style beaucoup plus violent. Rompu aux arts martiaux et plus particulièrement à l’aïkido -il est 7ème dan dans cette discipline-, l’acteur traduit ses aptitudes à l’écran par une absence d’esbroufe au profit d’une sadique efficacité. Dans ses premiers films, chaque coup porté a pour but de faire très mal à l’adversaire et il ne lésine pas sur les bras et les jambes cassés. Contrairement à ses collègues, qui ne semblent utiliser les arts martiaux que pour la beauté du geste, lui s’en sert comme d’une arme fatale, agissant comme une véritable machine à tuer. Il en résulte des films à la violence parfaitement assumée dans lesquels ses piètres performances d’acteur sont largement compensées par son style de combat. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu de se tailler un joli succès jusqu’à l’apogée de sa carrière que constitue Piège en haute mer en 1992, réalisé par Andrew Davis, l’homme qui l’avait lancé sur le devant de la scène 4 ans plus tôt. Nanti de ce statut d’acteur rentable, Steven Seagal en profite pour se lancer dans la réalisation avec Terrain miné, film d’action basique enrichi d’un discours écologique qui peut paraître saugrenu dans ce genre de produit mais qui correspond tout à fait aux préoccupations de l’acteur.

En Alaska, le puissant consortium pétrolier dirigé d’une main de fer par Michael Jennings (Michael Caine) met en péril l’équilibre écologique de la région en négligeant les règles de sécurité les plus élémentaires. Propriétaire du terrain de ses forages depuis près de 20 ans, Jennings est sur le point de perdre tous ses droits d’exploitation si sa nouvelle raffinerie, Aegis 1, n’est pas opérationnelle d’ici 13 jours. Il n’a donc pas de temps à perdre avec une mise en conformité de ses installations et il est même prêt à éliminer tous les gêneurs pour arriver à ses fins. L’un de ses employés, Hugh Palmer (Richard Hamilton), est de ceux-là, lui qui vient de dénoncer ses malversations à des défenseurs de l’environnement. Il en a également parlé à Forrest Taft (Steven Seagal), lui aussi employé de Jennings en tant qu’expert en explosifs et en situations périlleuses. Celui-ci se rend enfin compte du vrai visage de son patron et décide de prendre parti pour les autochtones, devenant à son tour un gêneur que Jennings va s’ingénier à éliminer.



Ce qui est bien avec Steven Seagal, c’est qu’on est rarement dépaysé. De film en film, qu’il incarne un flic, un ex soldat d’élite reconverti en cuistot ou ici, un spécialiste en explosifs, il demeure ce même personnage quasi infaillible que les méchants regretteront amèrement d’avoir mis en rogne. Dans le cas présent, passé le piège grossier auquel il réchappe miraculeusement, il n’aura pas à souffrir de l’adversité, quand bien même Michael Jennings a pris soin de recruter des mercenaires sur les bons conseils de MacGruder, son responsable sécurité. Leur incompétence est telle, à l’image de leur chef qui au lieu de tuer tout de suite Forrest lorsqu’il en a l’occasion préfère perdre son temps en vaines palabres, qu’on se demande si MacGruder ne les a pas eu au rabais. A partir du moment où Forrest Taft a pris la décision de contrecarrer les projets de Jennings, plus rien ne l’arrête. Steven Seagal se lance alors dans un one man show meurtrier, dessoudant tout ce qui bouge avec une insolente facilité. Bien que répétitifs, ce sont pourtant ces passages là qui font habituellement le sel des films avec Steven Seagal. Mais dans Terrain miné, ces moments là sont particulièrement bâclés. La faute en revient à Steven Seagal qui, pour sa première réalisation, ne parvient pas à magnifier ses scènes d’action. Ses combats à mains nues ne sont pas aussi extrêmes que par le passé. De plus, il cède à l’utilisation de ralentis dégueulasses qui amoindrissent considérablement l’impact de son style de combat, basé sur la brutalité et la vivacité. A croire qu’il a cherché à éviter les foudres de la censure ou, qu’au contraire il les a subies de plein fouet. Son film s’avère donc très décevant à ce niveau là, d’autant que les méchants qui se dressent sur son passage sont plus figurants qu’acteurs. Les mercenaires sont quasiment inidentifiables. A ce titre, reconnaître parmi eux Billy Bob Thornton relève de la gageure. Quant à Michael Caine, il cachetonne sans scrupules, jouant au vilain pollueur caricatural plus soucieux de ses beaux costumes et de ses profits que de la marée noire qu’il risque de provoquer.
Pour sa première réalisation, Steven Seagal n’a donc pas vraiment cherché à innover, incarnant un personnage passe-partout qui aurait très bien pu s’appeler Casey Ryback ou Nico Toscani. Il reprend en outre quelques gimmicks de son cinéma comme la bagarre dans un bar, motif récurrent de sa filmographie qui renvoie à la mythologie du western. Il en profite généralement pour faire étalage de toute sa maestria au combat et pour s’adonner à son autre pêché mignon, la leçon de morale. Ça, c’est quelque chose qu’il affectionne tout particulièrement. Ici, il s’agit de châtier un employé de la raffinerie, coupable d’avoir brutalisé gratuitement un pauvre esquimau. Cependant, Steven Seagal s’autorise à révéler quelques faiblesses, seule touche d’originalité du film par rapport à ses rôles précédents. Au début son personnage, Forrest (tout un programme !), se comporte en employé modèle. Très bien rémunéré, il ne cherche pas à voir plus loin que le bout de son nez et obéit aveuglément à son patron. Il agit ni plus ni moins comme un mercenaire qui, heureusement, ouvrira les yeux à temps pour, comme le mentionne fièrement l’affiche française du film, combattre la violence par la violence. Il est comme ça, Steven. Sous ses faux airs zen se cache un volcan en éruption à la puissance de feu sans commune mesure. Et pour cause ! Le bonhomme possède chez son frère une pièce secrète au contenu qui rendrait jaloux bien des armuriers. Des fusils en veux-tu en voilà, des flingues au kilomètre, et du dernier cri en plus. Et comme si cela ne suffisait pas, Forrest possède une petite cabane encastrée dans les rochers dans laquelle il a stocké suffisamment d’explosifs pour faire sauter n’importe quelle métropole de son choix… et qu’il utilisera presque entièrement pour ne faire sauter qu’un hélicoptère. Quel gâchis ! Quant au scénario, il se garde bien de justifier un tel arsenal. Collectionnite aiguë ? Préparatif d’un coup d’état ? Trafiquant d’armes pour arrondir ses fins de mois ? On n’en saura pas plus que Masu, le transparent personnage féminin du film qui, s’interrogeant tout comme nous, aura pour simple réponse cet énigmatique et bien pratique : « Juste au cas où... ».



Même à l’échelle de Steven Seagal, Terrain miné demeure un tout petit film d’action. Toutefois, par le discours écologique qui clôt le film, il acquiert un statut inédit. Aujourd’hui, pour qui veut traiter du réchauffement climatique, de la déforestation etc... le documentaire reste le moyen le plus sûr pour parvenir à ses fins et alerter l’opinion publique. Steven Seagal a quant à lui choisi d’intégrer ses préoccupations à un film d’action lambda. Mal lui en a pris car beaucoup à l’époque l’ont raillé, se demandant de quoi il pouvait bien se mêler. Or, des propos de Steven Seagal et des images sur lesquelles il s’appuie lors de son discours final, il ressort que la situation en 1994 était déjà largement préoccupante. Certes, l’évoquer de cette manière paraît bien maladroit mais au moins Steven Seagal a-t-il eu le mérite de mettre en lumière un phénomène qui aujourd’hui semble préoccuper tout le monde, quoique tardivement. Alors si cela ne change rien à la qualité d’un film définitivement mauvais, ce petit laïus contribue à rendre Steven Seagal particulièrement sympathique et confirme son côté atypique au milieu des autres castagneurs nés lors des années 80.

Bénédict Arellano

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