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The Terminal. 2004.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : Steven Spielberg
Avec : Tom Hanks, Catherine Zeta-Jones, Stanley Tucci, Chi McBride...


Découvrir un nouveau Spielberg, c’est comme ouvrir un cadeau de Noël, on palpite d’avance à l’idée de ce qu’on va nous offrir, de ce qu’on va entrevoir, on s’installe, les lumières s’éteignent, et on lit sans un certain frisson : a Steven Spielberg film. Sa filmographie nous revient en tête, La Liste de Schindler, E.T., Les Dents de la Mer, autant de chef d’œuvre qu’on ne peut pas tous citer non plus.
Pourtant nous avons aussi en tête ses derniers films. Ceux qui ne font pas l’unanimité : A.I., Minority Report, Arrête-moi si tu peux...
Spielberg n’a rien à prouver à qui que ce soit depuis longtemps, le maître du cinéma mondial, celui qui a redonné un souffle au cinéma d’angoisse dans les années 70, celui qui a apporté sa touche à la science-fiction, avec des films comme Rencontres du Troisième Type, celui qui a réinventé le film d’aventure avec sa trilogie Indiana Jones, celui qui a rendu le plus bel hommage possible aux Juifs disparus avec La Liste de Schindler, Spielberg n’est pas qu’un artisan, n’est pas qu’un réalisateur, c’est un génie, un être exceptionnel et qui fait tout pour divertir, pour informer, pour mettre en garde, rappeler, ne pas oublier, Spielberg est de ces hommes qui auront marqué leur époque, à ranger avec les Maupassant, pour des œuvres aussi diverses que variées, Spielberg est un grand artiste.
Alors on va voir son dernier film, le sujet paraît intéressant, et il l’est. Sans entrer dans un synopsis bateau pour raconter comment Tom Hanks, citoyen d’un pays d’Europe Centrale, se retrouve à vivre pendant des mois dans un terminal d’aéroport, faute de citoyenneté perdue en raison d’une guerre dans son pays natal… Le voilà devant survivre au milieu de ce qu’il y a de plus occidental au monde : Le Terminal d’un aéroport. Boutiques à foison, restaurants, fast-food, bienvenue au milieu du rêve américain ! Oui, mais après ?
Nous voilà entre deux feux. D’un côté ceux qui détestent le film, qui le trouvent nunuche, rempli de bons sentiments, de l’autre, ceux qui le trouvent drôle, réussi, charmant.
Il est pourtant difficile de se faire un avis.

D’un côté, on rit, c’est sûr, certains passages sont amusants, d’autres nous font sourire simplement, ce n’est pas une comédie hilarante, mais divertissante. D’un autre côté, on est gêné. On est gêné car cette histoire, tirée d’un fait divers, nous fait réfléchir, et c’est là la force du film. Derrière ses airs de légèreté, le film annonce une vraie critique de la société américaine et occidentale. Le racisme est mis en avant mais aussi la paranoïa liée au terrorisme. Tout cela est représenté par un homme : le chef de la sécurité du terminal, Stanley Tucci, parfait dans le rôle du méchant pas si méchant, arriviste qui manque d’humanité, d’abord sa carrière, d’abord le règlement, en oubliant que parfois, il faut penser avec l’aide de son cœur, plutôt qu’avec l’aide des règlements intérieurs.

Spielberg est très clair sur ce sujet. Les lois doivent être respectées, mais certaines frisent le ridicule. Et enfermer un homme dans un terminal, pendant des mois, parce qu’on le dit inacceptable nul part ailleurs, c’est symptomatique de cette société où les gens ne se sont jamais senti aussi seuls, aussi inconnus et aussi rejetés. Du coup, nos sociétés définissent les hommes à travers une nation et non à travers l’humanité.

Alors oui, on pourra dire que ce sont de bons sentiments, oui et alors ? Quel mal y a t’il à vouloir montrer de jolies choses à l’écran, de parfois tomber dans l’absurde, l’irréalisable, simplement pour faire rêver le spectateur ? Car c’est ça son boulot à Spielberg sur ce film, nous conter une histoire simple remplie de bons sentiments, une histoire mignonne, gentillette, on se prend au jeu ou pas, mais on ne peut nier que Spielberg maîtrise son sujet, avec un Tom Hanks fantastique, sous des airs de Chaplin parfois. Catherine Zeta-Jones joue le rôle d’une hôtesse, un fantôme, elle passe dans les vies des autres sans laisser nulle autre trace qu’un goût amer, comme cette comédie qui sait mettre mal à l’aise et qui sait remettre en question. Alors soit, lorsqu’on voit la filmographie de Steven, on peut tordre du nez, c’est sans doute son moins bon film, mais ça reste du cinéma de qualité. Mais peut mieux faire.

Jérémie Conde

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