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Supercroc. 2007.
Origine : Etats-Unus
Genre : Un crocodile en ballade
Réalisation : Scott Harper
Avec : Cynthia Rose Hall, Kim Little, Matthew Blashaw, David Novak...




Depuis le mémorable King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, le cinéma n’en finit plus d’invoquer le règne animal. Araignées, abeilles, gorilles, serpents, crocodiles, qu’elles soient de taille gigantesque ou en grand nombre, ces bestioles ont fait les belles heures du cinéma fantastique et catastrophe. Toutefois, ce qui au départ se doublait d’une réflexion sur la place de l’homme au sein de la nature et de sa propension à provoquer sa propre destruction, se réduit aujourd’hui à une simple recherche de spectaculaire et / ou de frissons faciles. En outre, le genre a progressivement dérivé des écrans de cinéma vers la télévision, faisant le bonheur des petites sociétés de production telle The Asylum. Fondée en 1997, cette société s’est spécialisée dans la série B à destination du marché vidéo. Elle se fait aussi remarquer par son opportunisme, s’ingéniant à financer des projets au sujet similaire de grosses productions en cours de tournage afin de pouvoir les distribuer quelques jours avant leur sortie (par exemple, Transmorphers devançant le Transformers de Michael Bay). Il en résulte le plus souvent des films bâclés, aux effets spéciaux mal intégrés et fleurant bon l’amateurisme. Si Supercroc ne découle pas de cette démarche opportuniste, il n’en demeure pas moins un pur produit issu des usines Asylum, même si la série B envisagée verse généreusement dans la série Z.

Les radars de l’armée américaine ont identifié une énorme masse se déplaçant dans un lac du parc national de Los Padres. Soucieuse d’en savoir davantage, elle détache quatre soldats pour se rendre sur place. Ces derniers ne tardent pas à être fixés puisqu’un énorme crocodile s’empresse de les dévorer, excepté le soldat Celia Perez. Face à cette menace d’un genre nouveau, l’armée dépêche une autre escouade pour venir récupérer le soldat Perez. De son côté, le quartier général cherche par tous les moyens à détruire l’indestructible reptile géant avant que celui-ci n’atteigne une zone urbaine.



Il y a des films qui ne peuvent tromper leur monde bien longtemps quant à leurs qualités propres. C’est le cas de Supercroc dont l’amateurisme frappe dès les premières images. Le film s’ouvre sur quatre soldats déambulant au milieu des arbres. Deux d’entre eux évoquent leur mariage à venir, au mépris de toute discrétion. Du fait de la mise en scène, tremblotante et ne cadrant jamais les personnages au moment où ils débitent leurs ineptes dialogues, cette conversation donne l’impression d’avoir été rajouté au doublage. De plus, visiblement tourné en caméra numérique, le film déploie une photographie sursaturée à dominante jaune-orangé qui dans un premier temps semble renvoyer à la lumière rasante du soleil émergent. Or cette hypothèse ne tient plus dès lors que l’on retrouve exactement les mêmes teintes durant les scènes d’intérieur au sein du Quartier Général qui, dois-je le préciser, est totalement dépourvu de fenêtres. Ce parti pris pour le moins étrange, et qui confère au film toute sa laideur, ne dévoile sa raison d’être qu’à mi-film, lorsque le réalisateur illustre les diverses actions militaires à base de stock-shots. La photographie dégueulasse de son film, si elle ne permet pas de masquer totalement l’usage d’images d’archives, réussit néanmoins à atténuer les transitions et ainsi en préserver l’unité esthétique. Cela indique que le réalisateur a un minimum pensé son film, alors que la manière dont l’intrigue est menée laissait à penser le contraire.
Il faut dire qu’à ce niveau, Supercroc s’aventure loin dans la bêtise. Il est par exemple assez amusant de voir tous les membres du Quartier Général disserter longuement quant à la nature de la menace alors même que les images de vidéosurveillance aérienne laissent peu de doute à son sujet. Sortes de radiographies détectant la chaleur de toute forme de vie, ces images donnent un aperçu précis du crocodile. A tel point que même un enfant saurait l’identifier. Pourtant, le docteur Léa Perrot ose le plus sérieusement du monde évoquer la possibilité d’un énorme essaim d’abeilles. Cette erreur de jugement ne l’empêche nullement de ramener sa science quelques minutes plus tard lorsque la nature reptilienne du monstre est avérée, se fendant d’un exposé sur les qualités de résistance de cet animal, lui qui a su préserver son espèce tout au long des âges. En fait, sa présence paraît totalement incongrue au sein du Quartier Général tant les informations qu’elle communique aux militaires brillent par leur inutilité. Par contre, elle sert parfaitement les desseins d’un scénario qui veut se ménager quelques plages de rebondissements. Ainsi, la demoiselle joue t-elle double jeu, feignant d’aider les militaires pour en catimini organiser la récupération de quelques œufs laissés par le monstre afin de les analyser. Consciente de ses lacunes, elle cherche sans doute à approfondir ses connaissances sur le sujet. L’ennui, c’est que cette partie là du scénario est fort mal gérée par le réalisateur. Déjà, il se plante dans le nombre d’œufs récupérés qui, pour les besoins de la fin ouverte de rigueur, passe de 3 à 4. Ensuite, tout le manège qui s’ensuit avec ses pauvres soldats condamnés à changer les œufs de place au gré des envies du docteur laisse pantois par son manque de sens. On ne sait pas vraiment où le réalisateur veut en venir. S’il est entendu que ce vol d’œufs conditionne la venue du crocodile en ville, qui en bonne mère fait tout son possible pour protéger sa progéniture, le méli-mélo autour des œufs ne revêt aucune importance. En réalité, il s’agit juste d’une sous-intrigue visant à épaissir un scénario bien mince, mais de manière bien maladroite.
La maladresse du réalisateur s’exprime également dans sa façon de gérer son imposant monstre. Je ne m’étendrai pas davantage sur les effets spéciaux numériques du film, qui comportent les mêmes défauts que la majorité des productions de ce genre (interaction approximative avec l’environnement, une bestiole qui ne change pas d’un iota même après avoir essuyé les tirs de différents missiles etc...). Par contre, il est amusant de constater le décalage qu’il y a entre certains dialogues et son illustration par l’image. Originaire de Floride, le soldat Perez s’enorgueillit de ses connaissances en matière de crocodiles. Toute fière, elle explique au Capitaine Joe Lynch que les crocodiles sont des bêtes sournoises qui adorent se cacher avant de fondre sur leur proie. Et le réalisateur de faire de même avec son crocodile de 30m de long, le faisant surgir au débotté et surprenant à tous les coups ses adversaires. On a d’autant plus de mal à croire que l’animal parvienne à rester invisible aux yeux des soldats qu’à chaque fois qu’on le voit à l’écran, chacun de ses pas fait trembler le sol et l’image. A la décharge du réalisateur, il faut noter l’extrême délicatesse de la bête, qui réussit l’exploit de ne presque rien détruire lors de son passage en ville. Quoique je soupçonne fortement l’étroitesse du budget et le peu de temps accordé à la post-production pour expliquer ce résultat si peu spectaculaire et en tout point risible.



Comme je le laissais entendre en préambule, Supercroc est plus proche de la série Z que de la série B. D’ailleurs, devant tant d’amateurisme aussi bien derrière la caméra (il s’agit du premier film de Scott Harper, spécialiste en effets spéciaux) que devant (les comédiens jouent excessivement mal), tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce film un sémillant nanar. En tout cas, face à tant de médiocrité, le rire demeure la meilleure réaction.

Bénédict Arellano

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