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Dust Devil. 1992.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Fantastique essouflé
Réalisation : Richard Stanley
Avec : Robert Burke, Chelsea Field, Zakes Mokae, John Matshikiza...




Sur les routes désertiques de Namibie sévit un mystérieux auto-stoppeur. Il séduit les conducteurs et conductrices qui le prennent en stop puis les tue avant de s’adonner à des sortes de rites ancestraux. L’agent de police Ben Mukurob apprend de la bouche du sorcier local que cet homme ne serait pas un simple tueur en série mais bel et bien l’incarnation du démon, toujours friand d’âmes damnées. Et sa prochaine proie pourrait très bien être Wendy Robinson, une femme au bout du rouleau qui vient de quitter son mari.

Richard Stanley s’est fait connaître des amateurs de fantastique dès son premier film, Hardware (1990), un huis clos ultra stylisé narrant le calvaire enduré par une artiste à cause du réveil d’un robot particulièrement belliqueux. Avec son second film, il change du tout au tout. Le huis clos des débuts cède sa place à l’immensité du désert namibien et Richard Stanley troque un style techno punk contre un fantastique plus traditionnel teinté de mysticisme. Avec Le Souffle du démon, le réalisateur a souhaité rendre hommage à quelques cinéastes qu’il vénère, Sergio Leone et Dario Argento en tête. L’hommage est crédible en ce qui concerne le premier nommé. L’aridité de la Namibie, ces vieilles locomotives à vapeur qui traversent le pays ou encore ces villages totalement isolés au milieu du désert constituent autant d’éléments qui rapproche Le Souffle du démon des westerns. A cela s’ajoute le look de l’auto-stoppeur. Stetson, long manteau, le verbe rare et sans identité, il possède tous les attributs de l’homme sans nom cher à Sergio Leone. Par contre, l’influence de Dario Argento paraît beaucoup moins évidente. Par exemple, toutes les séances de mutilation se font hors champs alors que le réalisateur transalpin se serait fait un plaisir de nous en montrer un maximum. De plus, on ne retrouve pas dans la mise en scène de Richard Stanley la virtuosité, parfois gratuite, de son homologue. Il dispense une horreur plus feutrée qui repose davantage sur le résultat des meurtres (corps démembrés et/ou brûlés) que sur les meurtres en eux-mêmes (un cou rompu en plein acte sexuel). Quant à la photographie, elle se partage entre un bleu électrique lors des scènes nocturnes et une image à dominante jaune - orange pour les scènes diurnes. Là encore, des choix plutôt sages qui confèrent au film une facture des plus classiques. Mais au-delà de ces influences revendiquées, auxquelles on pourrait ajouter celle de Hitcher dont l’ombre plane tout au long du film, Le Souffle du démon manque surtout d’une réelle cohérence narrative. A force de brasser les genres, Richard Stanley ôte toute identité à son film qui tourne très vite à vide.



Située en Namibie, non loin de l’Afrique du Sud natale du réalisateur, l’histoire se donne des allures de croyance locale. Ce mystérieux auto-stoppeur nous est présenté comme un homme devenu un démon insatiable, toujours à la recherche d’âmes damnées. Sa quête est infinie puisqu’il se nourrit de la souffrance de l’Homme. C’est une sorte de charognard qui ne s’attaque qu’aux personnes en état de faiblesse psychologique, celles-ci étant irrémédiablement hypnotisées par le démon. Il exerce sur elles une véritable attraction animale qui les conduit à ne même plus s’interroger devant ses constantes disparitions et réapparitions. Il en résulte un démon très charnel qui aime à s’envoyer en l’air avant de tuer sa proie. N’allez pas pour autant en déduire qu’il ne s’attaque qu’aux femmes, l’une de ses victimes étant un frêle rouquin. Maintenant, Richard Stanley se garde bien de nous montrer la mise à mort de celui-ci, et du même coup ce qui l’a précédée, dans un bel excès de pudeur. N’oublions pas que le réalisateur souhaite faire de son démon l’égal de Clint Eastwood dans les films de Sergio Leone et qu’à ce titre, le montrer forniquant avec un homme tuerait instantanément le mythe. Mais à force de trop vouloir iconiser son démon, celui-ci en perd toute substance et aucune de ses apparitions ne parvient à faire monter la tension. Pire, Richard Stanley frôle le ridicule lorsqu’il se prend d’envie au détour d’une scène de nous révéler le vrai visage de son démon, lui ôtant définitivement toute ambiguïté. Alors si on se réfère au célèbre adage de Alfred Hitchcock, le personnage du méchant étant raté, le film a de fortes chances de l’être aussi.
Et c’est effectivement le cas. Les autres personnages souffrent également de mauvais traitements. Prenons le cas de Wendy Robinson, par exemple. Nous venons à peine de faire sa connaissance que la pauvre femme se fait déjà copieusement gifler par son mari jaloux, sous prétexte qu’elle ne lui a pas dit où elle était la nuit passée. Excédée, elle quitte le domicile conjugal sans autre but que celui d’aller voir la mer. Puis, dans l’intimité d’une chambre d’hôtel sans cachet, elle hésite à se taillader les veines avant de se raviser, acte fondateur de sa rencontre avec l’auto-stoppeur. On peut difficilement faire plus sommaire. Ce personnage ne sera pas davantage développé, tout comme ses relations avec le démon. Son seul intérêt ? Incarner la proie récalcitrante de la figure démoniaque comme dans n’importe quel slasher. A cela s’ajoute la figure du mari qui, honteux, s’empresse de partir à sa recherche pour recoller les morceaux. Toutefois, mis à part permettre quelques digressions à Richard Stanley à l’image de son tabassage en règle mis en parallèle avec l’adultère de Wendy, le personnage de l’époux brille par son inutilité. Il est à son corps défendant symptomatique de la tendance à se disperser du réalisateur qui semble pour son premier film en extérieur avoir trop voulu en faire. L’ennui, c’est qu’en agissant ainsi, il passe totalement à côté de tout ce qui touche à la sorcellerie, le sorcier ne servant finalement que de narrateur. Quant au contexte historique -la Namibie n’a acquis son indépendance que de fraîche date et l’influence de l’apartheid, douloureux legs de l’occupant sud africain, se fait encore sentir- Richard Stanley s’en soucie peu. Seules la violente garde à vue d’un témoin noir molesté par deux flics blancs et la coexistence dans un village d’un bar réservé aux noirs et d’un autre réservé aux blancs témoignent de l’histoire mouvementée du pays. Pour le reste, il préfère s’adonner à de vastes mouvements de caméra et autres vues aériennes au-dessus du désert. Certes, grâce à la photogénie de tels paysages, cela donne des images superbes mais on était en droit d’attendre davantage. A plus forte raison lorsqu’il nous déniche un village totalement submergé par le sable, décor naturel superbe mais dont il ne tire strictement rien.



Film frustrant à bien des égards (les premières images, relayées par la musique envoûtante de Simon Boswell, laissaient entrevoir tout autre chose), Le Souffle du démon fait fondre les quelques espoirs que Hardware avait suscités. Par la suite, Richard Stanley n’aura jamais vraiment l’occasion de se relancer puisqu’il ne réalisera plus rien pour le cinéma, vivant même l’affront d’un débarquage sur le tournage d’une nouvelle version de L’Île du docteur Moreau en 1996.

Bénédict Arellano

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