Ghostbusters. 1984. Origine : Etats-Unis Genre : Comédie fantastique Réalisation : Ivan Reitman Avec : Bill Murray, Harold Ramis, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver…
SOS Fantômes. Très difficile pour moi d’écrire sur ce film. Comme beaucoup de monde, j’ai grandi avec Ghostbusters, le faisant louer un nombre incalculable de fois, puis l’ayant enregistré plusieurs fois, avant de le racheter en DVD. Un film que je pouvais et que je peux toujours regarder plusieurs fois d’affilées, bien que connaissant par cœur et depuis fort longtemps la plupart des répliques du film en version française. Pour être objectif, Ghostbusters n’est pas un film parfait. Mais après tout, au diable l’objectivité ! En ce qui concerne le cinéma, je dois tout à ce film ! De mes passages réguliers au video-club de quartier à la maîtrise du magnétoscope en passant par l’attention accordée à la conception du film et aux infimes détails de son intrigue, Ghostbusters, tout produit commercial qu’il fût, c’est un peu mon Star Wars à moi. Mais sauf que contrairement aux fans de Star Wars, j’ai raison d’aimer ce film.
A l’origine écrit par Dan Aykroyd , Ghostbusters devait avoir pour acteurs Eddie Murphy dans le rôle de Winston et John Belusci dans celui de Peter Venkman. Mais du fait de la mort de Belushi, du désistement d’autres acteurs et du budget trop conséquent que nécessitait l’histoire d’Aykroyd, le réalisateur Ivan Reitman (à qui l’on devait alors notamment Meatballs, débilement appelé Arrête de ramer t’es sur le sable en version française) demanda à Harold Ramis, interprète du rôle d’Egon Spengler, de réécrire le scénario en compagnie d’Aykroyd, faisant ainsi passer l’intrigue à l’origine située dans le futur à une époque contemporaine. Chose faite. Avec l’engagement de Bill Murray, tout comme Aykroyd et feu Belushi un ancien du show de NBC Saturday Night Live, le projet put enfin démarrer.
Film fantastique certes, mais surtout film comique, Ghostbusters est avant tout un film remarquable pour ses personnages, dont bien entendu les casseurs de fantômes eux-mêmes. Tous des abrutis, virés de leur poste de chercheurs comme des malpropres. Prétentieux, trouillards, beaufs, irresponsables, ils n’ont a priori rien pour plaire au public. Sauf que voilà : tous leurs défauts jouent irrémédiablement en leur faveur, via un scénario faisant la part belle à la comédie à tendance absurde et aux répliques chocs. Les Ghostbusters, tout couillons qu’ils soient, et peut-être justement de par leurs défauts, sont proches des spectateurs, et proches du peuple (comme la démontre leur ultime intervention du film). En temps qu’individus, les membres de l’équipe sont pourtant diversifiés. Il y a tout d’abord Egon Spengler (Harold Ramis), un scientifique borné, complètement voué à son travail, son hobby étant comme il le dit à sa secrétaire coincée mais dragueuse (Annie Potts) de collectionner les moisissures. Il y a aussi Raymond Stantz (Dan Aykroyd), moins scientifique certes, mais paradoxalement plus pragmatique qu’Egon, avec un esprit d’entreprise plus prononcé. Puis il y a le troisième membre fondateur des Ghostbusters : Peter Venkman. Un phénomène que celui-ci : fantasque, dragueur, grande-gueule, sans-gêne, il n’hésite pas à faire passer ses intérêts avant son travail, dénigrant même ce dernier lorsqu’il s’agit de draguer une cliente. C’est véritablement la vedette du film, et si l’on peut bien entendu regretter John Belusci, on ne peut cependant pas regretter de voir dans le rôle un Bill Murray tout bonnement parfait, lui qui pourtant accepta bien difficilement de jouer dans le film. La grande gueule de son personnage ainsi que plus généralement sa personnalité donne véritablement une âme aux Ghostbusters, complétée donc par l’esprit scientifique déconnecté des réalités de Egon Spengler et de l’esprit d’entreprise de Ray Stantz. A ces trois là se joindra un Winston Zeddmore (Ernie Hudson) carrément incapable, sans qualifications, recruté n’importe comment par les trois autres, et voué à être l’éternel « remplaçant ». Armés de réacteurs nucléaires non déclarés, aussi fins que des éléphants dans un magasin de porcelaine, menteurs comme des arracheurs de dents, les Ghostbusters étaient vraiment voués à devenir des personnages cultes.
Mais ce n’est pas tout. Dans la grande galerie de personnages que constitue le film se profileront aussi Louis Tully (Rick Moranis) et Dana Barrett (Sigourney Weaver). Si le premier est dès le début un petit comptable miteux et coincé déjà très drôle (sa fameuse réception où il invite ses clients en redressement fiscal !), la seconde est pourtant beaucoup plus froide. Courtisée sans détours par l’irrésistible Peter Venkman, elle changera alors peu à peu d’image, avant finalement de se faire posséder par l’esprit de Zuul, le « Cerbère de la Porte », chargé de préparer l’arrivée de Gozer. Ce sera alors là qu’elle sera peut-être la plus attachante, en vampe limite nymphomane, très sexy et dont la rencontre avec Venkman donnera l’une des meilleurs scènes du film. Tully, lui, sera possédé également (par Vinz Clortho, « le Maître des Clefs », qui doit impérativement rencontrer Zuul !) et ses aspects comiques ne se démentiront jamais dans le film. D’autant plus que c’est à lui que l’on doit la tirade la plus représentative des termes scientifico-mystiquo-mongoloïdes du film, ravissant ainsi le trophée à des Ghostbusters au jargon déjà plutôt chargé. Je ne résiste pas à citer la fameuse tirade (traduite par moi-même) du Maître de Clefs, qui s’explique sur ses intentions face au professeur Spengler :
Mais tout ce petit monde, que ce soient les fantômes, le tandem Dana/Louis (ou Zuul/Vinz) ou encore plus les Ghostbusters, ne susciterait pas tout à fait la même sympathie si il n’était pas tiré vers le haut par d’autres personnages, beaucoup plus conventionnels ceux-là. Car c’est un des gros points forts de SOS Fantômes : les « gentils » Ghostbusters, truffés de défauts comme on l’a vu, croisent le chemin de personnages d’une fadeur extrême, en total décalage avec la bande à Venkman. Prenons par exemple le gérant de l’hôtel restaurant. Pas un poil ne doit dépasser. La discrétion des Ghostbusters doit lui être assurée. Tout doit se faire dans le calme, pour ne pas effrayer la clientèle bourgeoise. La présence du slimer est donc déjà réjouissante dans ce milieu guindé, mais quand les Ghostbusters vont débarquer en gueulant « Quelqu’un a vu un fantôme ?!!! », vont tout détruire sur leur passage et vont repartir après avoir arraché une bonne somme d’argent au gérant par le chantage et après s’être auto-congratulés en public par un sensible (et mythique) : « On est venus, on a vu, il l’a eu dans le cul ! », il faut bien admettre que la sympathie ira vers les chasseurs de fantômes beaufs et non pas vers le manager et sa clientèle traumatisée (laquelle prendra symboliquement sa revanche plus tard lorsque le pauvre Louis Tully sera agressé par le gros monstre aux abords d’un autre restaurant bourgeois, sans que la clientèle ne s’y interesse).
Ghostbusters est un film qui ne se prend jamais au sérieux. Son budget conséquent fut investi dans des créatures d’une bêtise totale et assumée, placée au centre d’une histoire de revenants qui risquent tout de même de détruire le monde. Mais jamais le danger ne se fait véritablement ressentir, et toujours domine un même esprit : celui de la comédie populaire au sens le plus positif du terme. Non seulement des ratés comme les Ghostbusters parviennent à se faire un nom par des moyens discutables, mais ils partent également sauver le monde, sous les acclamations d’une foule les ayant déjà adoptés, et se les ayant même approprié via les produits dérivés du style T-Shirt que l’on peut dors et déjà trouver dans la foule, et qui montrent par ailleurs que les concepteurs du film avaient pleinement conscience du calibrage commercial de leur œuvre au moment de son écriture, désirant en jouer intelligemment dans le film dans une mini mise en abîmes qui sera encore plus développée dans la séquelle. La communication est au centre du film, et la gouaille de Peter Venkman démontrera que les clefs du succès se trouvent avant tout dans la façon de se vendre en public. Chose dont tout le film est conscient, mais jouant justement de la plus noble des façons de son côté commercial pour surenchérir dans la frime, dans le n’importe quoi revendiqué. Nous sommes en réalité ici dans une série B friquée, et cela s’en ressent. Ghostbusters est un film présentant l’exact opposé de ce que l’on a commencé à appeler les « yuppies » dans les années 80. Riche, mais pas lisse. La « ghostbustersmania » du film présente donc le peuple se ranger avec ces exclus sociaux, les encourageant dans leur fantasque marginalité et désavouant par la même le conformisme de ces années 80, qui dès lors prennent des allures beaucoup plus sympathiques que leur réputation actuelle ne laisse entendre (la décennie est connue au Royaume-Uni par l’expression peu enchanteresse de « la décennie que le goût a oublié »). Jusqu’à la musique, elle-même pourtant largement typique des années 80, mais qui épouse à merveille la tonalité du film. La célèbre chanson de Ray Parker Jr. marche sur la droite ligne de la frime des Ghostbusters, avec son second degré auto-parodique à propos du côté commercial exacerbé. Cette chanson n’est en réalité rien d’autre qu’une publicité en bonne et dûe forme pour les Ghostbusters, qu’elle transforme en sauveurs du monde. Le côté exagération vaut également pour certaines autres musiques du film : il n’y a qu’à entendre la musique larmoyante employée lorsque Venkman fait son numéro de sentimental blessé après avoir opéré la « fouille complète » de l’appartement de Dana Barrett pour deviner que rien de tout cela n’est sérieux, et que sous ses apparences se cachent une large dose d’auto-parodie. Les fantômes eux-mêmes, de par leur apparence, sont du même calibre humoristique. Voir déambuler un bonhomme shamallow géant en guise de destructeur de l’humanité, voir une boulle verte qui pour seule nocivité « englue » l’un des chasseurs de fantômes, voir deux personnages se transformer en monstres-toutous, tout cela n’est tout de même pas bien sérieux pour un gros budget. D’autant plus qu’à l’époque, le numérique n’existait pas, et qu’il était donc bien moins aisé de construire autant d’effets spéciaux en si peu de temps. Si l’on s’attarde un peu à son concept, Ghostbusters est à rapprocher en réalité d’un autre film culte, sorti exactement le même jour aux Etats-Unis (grande journée pour le cinéma que ce 8 juin 1984) : Gremlins, de Joe Dante, là aussi un gros budget s’adonnant à la satire d’une société trop lisse, à l’auto-dérision et présentant également un scénario bourré de pistes scénaristiques foncièrement débiles (les trois règles).
C’est probablement ce qui fait de Ghostbusters (aussi bien que de Gremlins) une œuvre aussi plaisante à regarder. Rares sont les blockbusters à savoir réfléchir avec humour sur eux-mêmes et sur la société qui les a conçu. Encore plus rares sont ceux qui présentent des personnages aussi peu conventionnels, aussi répréhensibles par la bonne morale, mais qui finissent toujours par titiller la fibre un peu rebelle du spectateur, qui se joint à eux et qui se plaît à voir secouer une société bourgeoise aussi fade. |