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Sisters. 1973.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller
Réalisation : Brian De Palma
Avec : Margot Kidder, Jennifer Salt, Charles Durning, William Finley...




Séparée de celle qui fut sa soeur siamoise, Danielle Breton est désormais une névrosée qui finit par assassiner l'homme qui la courtise, avant d'effacer toutes les preuves avec l'aide de son docteur et ancien mari. Mais Grace Collier, sa voisine, a vu le meurtre par la fenêtre et sans l'aide de la police, dubitative, elle va tenter de prouver ses dires. Reste également à percer le mystère concernant Danielle et sa soeur : cette dernière existe-t-elle ? Et si oui, est-elle l'auteur du meurtre ?

Ce film, l'un des premiers films professionnels de De Palma, est avant tout un exercice de style dans lequel le réalisateur passe son temps à s'essayer au style Hitchcockien. C'est probablement pourquoi il se désinteresse tant de son scénario qu'il scinde en trois parties bien distinctes. La première, jusqu'au brutal meurtre de l'amant de Danielle, fait référence à Psychose et au personnage de Norman Bates. Danielle Breton, comme lui, est une cinglée, incapable de se remettre du choc qu'à constitué sa séparation avec un membre de sa famille très proche (sa siamoise, c'est dire si elle était proche !). L'une des scène nous fait entendre une conversation entre Danielle et sa soeur Dominique, se déroulant en hors-champ tandis que la caméra s'attarde sur l'amant, qui s'habille dans la salle de bain. Avec une telle méthode, De Palma pose d'emblée l'un des plus gros enjeux du script : savoir si Danielle et Dominique constituent une seule et même personne ou non. Mais dès le départ, il n'y a pas de place pour le doute : la référence à Psychose nous oriente bien évidemment vers la solution, digne du parcours de Norman Bates dans le film de Hitchcock. Ce fut d'ailleurs la même chose lorsque l'existence passée d'une soeur siamoise prêtait à interrogation : l'origine de la névrose de Danielle est dès l'entame du film connue du spectateur, qui d'une part connaît le titre du film, et qui d'autre part peut apercevoir au détour d'une scène la cicatrice laissée par l'opération de séparation. De Palma évacue d'emblée toutes les questions relatives à l'intrigue, ce qui lui permet ainsi de se concentrer uniquement sur son style de mise en scène. Et cette première partie sous le signe du thriller pur jus joue le jeu jusqu'au bout : De Palma, en plus de montrer progressivement la folie de sa personnage principale, place également le personnage de l'ex-mari incapable de se séparer de son ex-femme, un peu comme celle-ci est incapable de se séparer de sa soeur. Faisant le pied de grue à l'extérieur de l'appartement, cet ex-mari reste bien mystérieux, et comme on le devine d'emblée, sera tout de suite lié au meurtre. Mais d'ici là, De Palma se livre à son exercice de style, lorsque l'amant part à la pharmacie tandis qu'une fois seule, sa femme est prise d'un violent malaise où l'on devine que sa seconde personnalité va prendre le dessus. Banco ! Ca ne manque pas, et De Palma filme son meurtre comme Hitchcock avait filmé celui de Janet Leigh dans Psychose : ce n'est pas sous la douche, certes, mais c'est très violent, et le visage de l'assassin n'est pas montré. Ce meurtre marque en outre la très brutale fin de la première partie du film : celui qu'on croyait être l'un des deux personnages principaux disparait, et avec lui le film redémarre totalement, après une transition avec ici le personnage de Grace Collier, la voisine, qui, telle James Stewart dans Fenêtre sur Cour croit assister à un crime et va dès lors tenter de le prouver, en appelant tout de suite la police. Ce qui donne l'occasion à De Palma d'utiliser un split-screen opposant la police et Grace Collier (Grace Kelly ?) d'une part et Danielle et son mari d'autre part, ces deux derniers effaçant toute preuve tandis que la police rechigne à monter à l'appartement pour cause de la sale image qu'ils ont de Grace, journaliste ayant reservé un méchant article à l'encontre de leur profession. Le procédé employé par De Palma est non seulement grossier mais aussi ridicule. Mais le réalisateur en a pleinement conscience, et c'est pourquoi il jouera désormais la carte de l'humour : les flics traînent des pieds d'une façon exagérée tandis qu'à l'appartement, l'ex-mari se casse la gueule pendant qu'il nettoie les taches de sang...



Ne révélant rien, la rencontre des deux camps est tout de même l'introduction à la seconde partie du film, une partie complètement sous le signe de Fenêtre sur Cour. Grace Collier mêne son enquête avec l'aide d'un detective privé. Le couple James Stewart / Grace Kelly du film de Hitchcock est reconstitué, et le film peut donc progresser dans une ambiance volontiers décalé, tout comme dans le film de Hitchcock. A noter d'ailleurs que le compositeur du film n'est nul autre que Bernard Hermann, le compositeur indissociable des films du grand Alfred, qui évolue donc en territoire connu. Saugrenue et pas désagréable, l'enquête personnelle va mener le détective à poursuivre le canapé dans lequel se trouve le cadavre et qui est en route vers le Quebec, tandis que Grace va elle finir par arriver dans un asile dont le concept est de laisser les fous se promener en totale liberté. Elle y retrouvera Danielle et son docteur / ex-mari, et s'y fera séquestrer. C'est là que démarre la troisième partie, qui ne m'évoque aucun des films d'Hitchcock que j'ai pu voir. On plonge ici en plein surréalisme, ce qui est finalement plutôt logique pour un film qui jusqu'ici n'avait pas fait grand cas du réalisme. Séquences oniriques et / ou hallucinatoires, reconstitution de l'opération ayant séparé Danielle et Dominique, révélation des causes et conséquences de cette séparation, tout y est, et malgré l'étrangeté des scènes tout devient facilement compréhensible et corrobore ce que l'on avait pu imaginer dès le début.

Soeurs de Sang n'est assurément pas un grand film. C'est une répétition pour De Palma, qui y teste le maniérisme qui fera sa marque de fabrique, sans se soucier plus que cela du réalisme de son histoire. Les ruptures de ton y sont nombreuses et aussi marquées que les ruptures entre les trois grosses parties du scénario. C'est probablement ce qui sauve le film de l'ennui, avec bien entendu la maîtrise formelle du réalisateur. Assez pour en faire un bon film, donc.



Loïc Blavier

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