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Small Soldiers. 1998.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action / fantastique
Réalisation : Joe Dante
Avec : Gregory Smith, Kevin Dunn, Kirsten Dunst, Dick Miller...




Après 1993 et Matinee, Joe Dante ne trouva plus de films à réaliser. Ses films se prennaient régulièrement des bides, et lui-même n'était (et n'est toujours pas) du genre à faire des concessions. Bref il fut contraint pendant 5 ans à "l'exil", à travailler uniquement pour la télévision. Période durant laquelle il réalisa tout de même le génial Second Civil War.
Puis en 1998, Steven Spielberg, ami de Dante avec qui il avait déjà travaillé sur les Gremlins, lui proposa Small Soldiers. Dante n'avait rien contre, surtout que le projet en question lui permettait de travailler au milieu des effets spéciaux modernes. De plus le projet, calibré pour un public jeune, possédait un potentiel évident susceptible de plaire au réalisateur. En effet celui-ci a basé une grande partie de sa carrière sur la "perversion de la jeunesse". Perversion dans le sens où il utilise les ficelles traditionelles de ce genre de film (les films qu'apprécie Spielberg en somme) pour les détourner vers l'apologie de la marginalité (Matinee), quand ce n'est pas purement et simplement vers l'anarchie (les Gremlins). Pour faire simple, Dante est un fouteur de merde. D'où ses ennuis pour trouver un film à réaliser, surtout lorsque ses derniers en date furent des échecs commerciaux.
Bref Dante s'est tout de même retrouvé aux commandes de Small Soldiers. Un film non seulement calibré pour plaire au public, mais aussi un film carrément né du merchandising. En effet, les jouets ont précédé le film, avec le soutien financier de Burger King. Il y avait donc tout pour faire un film ultra-commercial. Bien entendu, c'était assez osé de la part de Spielberg de confier ceci à Dante, connaissant le côté rebelle du bonhomme (avec lequel il s'était déjà un peu froissé à l'époque de Gremlins 2). Mais enfin, tout fut mené à bien et reconnaissons à Spielberg le sens de l'amitié.



L'histoire est celle du lancement d'une nouvelle génération de jouets. D'un côté le Commando d'élite, des marines purs et durs. Et de l'autre leurs ennemis, les "horribles" Gorgonites, des extra-terrestres. Les deux groupes sont révolutionnaires dans le sens où ils sont dotés d'une puce militaire leur donnant une grande intelligence artificielle. Bien entendu quelque part, dans une ville américaine quelconque, de la faute d'un gamin assez imprudent, les jouets vont parvenir à s'échapper avant leur mise en vente, et, hors de contrôle, se feront la guerre. Une vraie guerre...
Enfin du moins c'est le Commando d'Elite qui va faire la guerre. Premier élément "dantesque" : les méchants ne sont pas les extra-terrestres, comme prévu au départ par la compagnie productrice des jouets. Au contraire, les Gorgonites vont être des créatures lâches, qui ne demandent qu'à rentrer sur leur planète (référence à E.T. ?). Non, les méchants vont êtres les soldats. Des beaufs décérébrés et racistes. A noter qu'ils sont doublés en VO par les voix des 12 Salopards... Dante sait pertinemment que chez les gosses, les soldats sont toujours des héros potentiels, et que ce sont eux les "gentils". Mais lui ne raisonne pas pareil. Il ironise sur un état de faits plus réel, plus adulte. Et il adjoint à ces marines une horde de Barbies qu'il défigure, qu'il transforme en pétasses punks. Un beau bras d'honneur au monde du jouet dont le film découle naturellement.
Quand aux Gorgonites, et bien ce sont des répliques miniatures des extra-terrestes d'un des précédents films de Dante, Explorers. Des extra-terrestres rêveurs, donc, qui inspirent la sympathie malgré leur difformité, et qui sont résolument pacifiques. Les humains, eux, sont perdus au milieu de tout ça. Le gamin est un rêveur également, encore une fois comme ceux de Explorers...



On l'aura compris, le film comporte une large part auto-référencielle.
Et bien sûr, que des créatures miniatures foutent le bordel en ville n'est pas sans rappeller Gremlins. Sauf qu'il faut bien admettre que la dimension anarchique des Gremlins est absente de Small Soldiers. Au lieu de ravager une ville entière ou un building ultra-moderne de New York, ils se contentent d'un quartier, et même de deux maisons. Et leurs actes de guerre sont beaucoup moins jouissifs et barbares que ceux des Gremlins. Donc le film n'est clairement pas à mettre parmis les Dante majeurs ni parmis les plus ambitieux. Néanmoins il s'agit toujours d'un Dante, et le tout reste très bon. Et surtout irrévérencieux. Car ce n'est pas parce que les jouets ne font pas voler des grand-mères par les fenêtres que toute trace de bordel est absente. A ce titre, le film est vraiment différent des films pour gosses qui innondent régulièrement nos écrans. L'arrière-plan plus adulte du film, le bras d'honneur adressé au potentiel marketing du film, est clairement la meilleure orientation que l'on pouvait donner à un tel projet. Enfin, les SFX pour lesquels Dante fut attiré se révèlent maîtrisés et, il fallait s'y attendre compte tenu de l'amour du réalisateur pour la vielle SF, ne prennent jamais le pas sur le scénario.
Bref une réussite, qui n'évite pas les redites et où Dante n'a pas pu s'exprimer pleinement (le film a été remonté quelque peu), mais où il a pû imposer suffisament sa patte pour que le film ne dépareille pas dans sa filmographie. Et c'est déjà pas mal.

Loïc Blavier
le 28/12/2006

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