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Sizzle Beach, USA. 1974.
Origine : Etats-Unis
Genre : Chronique
Réalisation : Richard Brander
Avec : Terry Congie, Leslie Brander, Roselyn Royce, Robert Acey, Kevin Costner...


Bien des stars ont démarré dans des productions bas de gamme desquelles elles ne sont pas très fières. Mais niveau nullité, Kevin Costner décroche la palme avec ce Sizzle Beach USA à ce point lamentable que le film dut attendre douze années avant d'être montré au public. Costner n'eut il pas accédé au vedettariat que la firme productrice, la Troma, ne l'aurait probablement jamais sorti de ses placards. Et pourtant, la boîte de Lloyd Kaufman n'est jamais très regardante sur la qualité de ses oeuvres... Mais cet exemplaire datant de 1974, c'est à dire des débuts de Troma sous le signe de l'érotisme très soft, posait vraiment trop de problèmes. Il se murmure d'ailleurs que Costner tenta vainement d'en racheter les droits afin d'éviter toute exploitation (il faut dire qu'en cette même année 1986 un autre de ses errements de jeunesse fut dévoilé, le slasher Shadows run black, tourné en 1981 et partageant le même scénariste et l'une des actrices du film qui nous intéresse ici).



Sizzle Beach, USA nous plonge dans l'univers nigaud de trois jeunes femmes ambitieuses. Amies, Dit et Cheryl (Leslie Brander et Roselyn Royce) quittent leur Amérique profonde pour Malibu avec des rêves plein la tête. Dit souhaite devenir actrice et Cheryl projette de se trouver un emploi de professeur d'EPS. En chemin, elles croisent la route de Janice, elle aussi une migrante vers la Californie, dont le rêve est de devenir une grande chanteuse. Les trois jeunes femmes se lient d'amitié et Janice est cordialement invitée à venir avec ses nouvelles copines chez Steve, le cousin de Dit, propriétaire d'une belle maison en bord de mer. Pérégrinations professionnelles et sentimentales constitueront désormais leur quotidien.

Les mots me manquent pour décrire la futilité de ce scénario... L'objectif avoué de ses trois personnages principaux tient dans la sempiternelle volonté de faire carrière, tout en trouvant l'âme sœur. Voilà une thématique de soap opera, qui aurait pu donner lieu à d'innombrables épisodes alambiqués parcourus d'une galerie de personnages secondaires tous plus conventionnels les uns que les autres. Sizzle Beach, USA est cependant bien un long-métrage, proposant de réaliser ceci en une heure et vingt cinq minutes. Autant dire que tout se fera de façon assez directe. Sitôt débarquées, nos trois greluches ricaneuses -il faut les voir batifoler dans l'eau en riant comme des bécasses- trouvent déjà un filon. Cheryl fait son jogging sur la plage et rencontre un homme (coup de foudre !) qui connait un proviseur à la recherche d'une prof d'EPS. Dit intègre illico un cours Florent au rabais et, en s'adonnant à sa passion, l'équitation, rencontre son homme, justement patron de ranch (Kevin Costner). Quand à Janice, la future chanteuse, elle tombe sous le charme du cousin Steve (dans le lit duquel elle dort dès la première nuit, faute de place) et se retrouve on ne sait comment à passer une audition le lendemain de son arrivée, ce qui lui ouvre les portes d'un concours de jeunes chanteuses. Tout semble joué en une demi heure. Tout ? Non ! Richard Brander, le réalisateur (unique film à ce poste), est un homme engagé, et ose dire ce qui dérange : dans le show biz, il y a des pourris, comme en amour ! Il y a par exemple des managers et producteurs véreux (preuve en est leur look de maquereau, avec une rose en guise d'œillère) cherchant à abuser de la naïveté des débutantes. Il y a aussi à l'inverse des hommes trop prudes. Enfin, il y a la pression du milieu, rédhibitoire à la vie sociale. Que des choses d'une banalité impressionnante, venant perturber le bien-être des trois filles... pendant un quart d'heure.



Qu'on ne s'y trompe pas : ces remous n'apportent aucun intérêt à un film plombé par des acteurs en dessous de tout. C'est à se demander si les cours d'art dramatique de Dit n'ont pas fait office de véritable formation pour toutes ces têtes de casting. Il ne serait pas surprenant qu'à l'image de la méthode montrée dans le film, les acteurs de Sizzle Beach, USA aient été recrutés selon leurs capacités à "se mettre dans la peau d'une banane". Autre obstacle : compte tenu de l'inintérêt total de l'intrigue (ou plutôt des trois sous-intrigues), le pauvre monteur ne dispose d'aucune scène décente susceptible d'alimenter le film. Les digressions sont nombreuses et bien entendu inutiles. Exemple flagrant : une femme nue que l'on ne connait pas reçoit un coup de fil. C'est Steve. Il s'ennuie. Est-elle libre ? Non elle ne l'est pas. Au revoir Steve, et elle raccroche. Le monteur passe à autre chose. Difficile dans ces conditions de donner du rythme... La progression se fait mollement, un peu à l'image de la musique folk venant de temps en temps ponctuer certaines scènes (dont les inévitables couchés de soleil). Heureusement, les actrices, y compris les figurantes, ne rechignent pas à se déshabiller, ce qui permet donc à notre brave monteur d'avoir recours au plan B : se complaire dans la nudité. Hélas, il ne peut retourner les scènes dans lesquels le réalisateur s'est emmêlé les pinceaux dans les bikinis : un plan nous dévoile une femme arborant le bas de son bikini, le plan suivant nous la montre sans, et celui d'après avec... Ce symptôme d'amateurisme flagrant interviendra plusieurs fois. Malgré la nudité omniprésente, la portée érotique de Sizzle Beach, USA avoisine le zéro, tant ces scènes tombent comme des cheveux sur la soupe et font davantage figure de remplissage que de fin en soi. La même chose peut être dite au sujet de personnages aussi étranges que ce nain mafieux, ami d'un Kevin Costner transparent : là où le réalisateur visait l'humour, il n'obtient que la consternation. La marque de fabrique de la Troma, et ce qui sauvera d'ailleurs plusieurs de ses films, c'est à-dire l'irrévérence agressive, fait ici totalement défaut. Ne subsiste que le vide sidéral. Aucun enjeu, aucune empathie, même pas pour l'apprentie chanteuse sur laquelle Brander s'est principalement penché. Sizzle Beach, USA est un film désespérément monotone que même ses grossières erreurs techniques ou ses raccourcis scénaristiques foireux ne sauraient rendre attractif.

Loïc Blavier

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