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Sid & Nancy. 1986.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Drame / Biographie
Réalisation : Alex Cox
Avec : Gary Oldman, Chloe Webb, David Hayman, Debby Bishop...


Star emblématique de la musique punk, Sid Vicious était le bassiste des désormais légendaires Sex Pistols. Toutefois, sa renommée est moins due à ses talents musicaux (et pour cause, il n’en avait aucun et n‘a participé en tout et pour tout qu‘à trois morceaux de l‘unique album des Sex Pistols) qu’à son attitude provocatrice d’insoumis et son look débraillé de clochard. Nancy Sprungen était sa groupie et l’amour de sa vie. Ensemble, ils forment l’un des couples les plus célèbres de l’histoire du rock, au même titre que Kurt Cobain et Courtney Love. Et leur destinée tragique tend évidemment à renforcer ce statut de légende, ainsi qu’à alimenter toutes sortes de rumeurs et de théories du complot sur leur fin prématurée.
Théories que Alex Cox ne retient pas dans son film, puisque les premières images nous montrent Sid arrêté par la police pour le meurtre de sa compagne. La suite est donc un long flash-back qui débute le jour de la rencontre des deux punks. Une rencontre qui semble déterminer dès le départ une relation où les maîtres mots seront « sex, drugs & rock’n’roll ». En effet, c’est après un concert du groupe que Sid demande à Nancy si elle peut lui procurer de la drogue. De là naît leur relation, et c’est également la drogue qui la précipitera vers sa fin.



Contrairement à ce que l’on pourrait penser d’un tel film, Sid & Nancy s’attarde finalement très peu sur le mouvement et la musique punk. Il y a bien quelques rares passages du film où l’on entend la musique du groupe lors de scènes de concerts, mais ces passages sont toujours relativement courts et n’apportent absolument rien à l’intrigue. Alex Cox semble les expédier au plus vite pour se concentrer sur ce qui l’intéresse lui, à savoir le couple vedette. Ainsi les relations entre Sid et le reste des Sex Pistols seront expédiées avec la même vitesse, et les autres personnages du films ont tous très peu d’épaisseur psychologique. Donc si le punk est abordé dans le film, c’est uniquement via le personnage de Sid et son attitude d’éternel adolescent. En compagnie de Nancy il fait les 400 coups et se montre le plus irrévérencieux possible. Ils représentent à eux deux le chaos et l’aspect désorganisé de la musique punk. Mais si cet esprit revêt un aspect bon enfant qui est bel et bien présent au début du film, il s’éclipse vite au profit de thématiques bien plus noires et dramatiques. Le film est ainsi construit comme une lente agonie, et plus que tout autre chose, le but du réalisateur anglais semble être de vouloir nous montrer la descente aux enfers de ce couple. En effet, très rapidement la drogue devient l’unique préoccupation de Sid et Nancy. Le feu vivace qui semblait les animer au début du film diminue, et au lieu de gesticuler et de hurler leur haine de la société, ils se recroquevillent de plus en plus sur eux-mêmes et arpentent les ruelles de la ville la tête basse et avec la démarche hésitante des camés. La popularité du bassiste diminue et sa carrière solo est un échec. Incapable de se souvenir des paroles de ses chansons, il doit faire face à des salles de plus en plus vides et à la réticence croissante des organisateurs de concerts. Nancy, quant à elle, ne cesse de se disputer violemment avec son amant, quand elle n’est pas droguée. Leurs relations sexuelles se font de plus en plus rares jusqu’à devenir inexistantes. Au fur et à mesure que la chute du couple s’accélère, la mise en scène devient de plus en plus oppressante. Les extérieurs londoniens font ainsi place aux ruelles sales de New York, puis aux quatre murs de l’appartement des deux junkies. Dans la dernière partie du film, la caméra ne sortira plus du tout de la minuscule pièce, donnant au film un aspect pesant et glauque. Les plans deviennent également plus longs, de manière à illustrer l’immobilisme dans lequel s’engluent Sid et Nancy.



En nous montrant cette lente déchéance, Sid & Nancy prend l’aspect d’un violent plaidoyer contre la drogue. Sans verser dans le discours moralisateur ni l’aspect visuel outrancier d’un Requiem for a dream, le film d’Alex Cox nous montre avec crudité le morne quotidien de deux paumés accros à l’héroïne. Son discours n’en est que plus efficace et adapté. On pourra tout de même regretter un certain manque de cohésion dans le propos. Le film semble longtemps hésiter avant de prendre l’aspect qu’il aura sur la fin et regorge ainsi de séquences qui n’apportent pas grand-chose, ni à l’intrigue ni à la cause que Cox veut défendre. Citons à ce titre ces quelques scènes oniriques et déstructurées qui n’ont que peu d’intérêt, hormis peut être leur contribution à cette ambiance étrange et désespérée dont le film est empreint. Sid & Nancy n’en demeure pas moins un film fort intéressant, du fait justement de cette ambiance troublante qui accompagne l’histoire tragique. Une ambiance qui se voit d’ailleurs renforcée par l’incroyable prestation de Gary Oldman: l’acteur alors tout jeune se fait remarquer par une saisissante ressemblance avec Sid Vicious, le vrai. Son regard perdu et criant de vérité et sa maigreur maladive et son teint blafard mettent mal à l’aise.

A l’image de ses personnages, Sid & Nancy est une œuvre étrange et quelque peu foutraque. Mais, bien qu’il ne soit pas exempt de défauts, le film demeure intéressant et à conseiller aux cinéphiles les plus curieux.



Arnaud Schilling

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