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Beneath the Planet of the Apes. 1970.
Origine : Etats-Unis
Genre : "Une bonne suite est une suite morte !"
Réalisation : Ted Post
Avec : James Franciscus, Linda Harrison, Maurice Evans, Kim Hunter...




La Planète des singes n’a dû son existence qu’à la persévérance de Arthur P. Jacobs, producteur et instigateur du projet. Son opiniâtreté a payé puisque le film de Franklin J. Schaffner rencontre un beau succès à sa sortie. A tel point qu’une suite est immédiatement envisagée. D’abord réticent à cette idée, Arthur P. Jacobs finit par s’y résoudre et demande à Pierre Boulle, l’auteur du roman original, et à Rod Serling, déjà impliqué dans le scénario du premier film, de travailler sur le sujet. Remplaçant au pied levé le réalisateur Don Medford initialement prévu, Ted Post marque son territoire en refusant les traitements des deux hommes et fait appel à Paul Dehn (Goldfinger, La Nuit des généraux), qui deviendra par la suite le scénariste attitré de la saga. Ce dernier s’oriente alors vers une exploration plus avancée de la fameuse zone interdite, les premières images du Secret de la planète des singes reprenant de manière succincte les dernières scènes du premier film, dont le célèbre plan de la statue de la liberté enfouie sur la plage.

Nous retrouvons donc Taylor (Charlton Heston), toujours accompagné de la mutique Nova (Linda Harrison), s’enfonçant plus avant en zone interdite. Manquant de choir lors d’un brusque effondrement de terrain puis de griller au contact d’un immense mur de feu, l’astronaute s’interroge quant à la réalité de ce qu’il voit. Et il fait bien, puisqu’en s’approchant d’une montagne qui ne semblait pas exister une minute auparavant, il se retrouve subitement happé dans le vide, sous le regard affolé de Nova. Parallèlement à ces événements, une navette spatiale vient de s’écraser sur la planète des singes, avec à son bord John Brent (James Franciscus), seul rescapé du crash. Après maintes péripéties, il finira lui aussi par arpenter la zone interdite, poursuivi par un Général Ursus avide de nouvelles conquêtes.



La présence de Charlton Heston au générique n’est qu’un leurre. Ne voyant pas l’intérêt de cette suite, il n’accepte de reprendre son rôle que par amitié pour Richard D. Zanuck, le grand parton de la 20th Century Fox, tout en limitant néanmoins son temps de présence à l’écran. Ce choix –légitime– place d’emblée le film dans une impasse puisqu’en cherchant à tout prix à le remplacer, le scénariste place Le Secret de la planète des singes sous le prisme de la redite. Arrivé de manière tout aussi brutale sur la planète, John Brent, incarné par un James Franciscus aux faux airs de Charlton Heston, revit en accéléré le moindre événement par lequel son prédécesseur est passé : découverte de la cité des singes, capture, mise en cage, rencontre avec Cornelius et Zira... De même, sa découverte de la zone interdite, et partant de la réelle nature de cette planète, ne suscite aucun étonnement de notre part puisque tout cela, nous l’avons déjà vécu précédemment. En outre, la modestie du budget ne fait pas honneur à ces visions apocalyptiques, trahissant leur côté carton pâte. La déception est donc de mise, et plus encore par les quelques pistes écartées au profit d’un resserrement de l’intrigue autour des pérégrinations de Brent et Nova. Je pense notamment à Cornelius et Zira sur lesquels pesait la menace d’un procès pour hérésie et que l’on retrouve totalement libres de leurs mouvements. De cela, il n’en est plus question, leur accusateur –le docteur Zaius– les désignant même comme les garants des principes de la science durant son absence. De fait, le couple se retrouve mis de côté à mi-film sans que leur présence n’ait influé en quoi que ce soit l’intrigue. Quant à l’impétueux Lucius, nul ne sait ce qu’il est devenu, le scénario se gardant bien d’en évoquer le souvenir.
Cependant, en dépit de ces griefs, Le Secret de la planète des singes n’est pas dépourvu d’intérêt. A la manière du premier film, il utilise le contexte science fictionnel à des fins allégoriques. Ici, l’accent est mis sur le péril atomique, déjà induit par le saisissant plan final du premier film, via une race de mutants issue des survivants de l’holocauste nucléaire. Ces derniers ont développé des dons télépathiques très poussés et vouent un culte à un vestige de bombe atomique. Si leurs faciès d’irradiés subitement dévoilés pour ménager un artificiel effet de surprise, leur accoutrement quelque peu kitsch et le décorum font basculer plus ouvertement la saga dans le bis, le sous texte et une tonalité profondément désespérée maintiennent in extremis cette suite dans la droite ligne du premier. Ironiquement, ces irradiés se disent pacifistes parce qu’ils ne tuent pas de leurs propres mains, un peu à l’image de ces dirigeants des blocs de l’est et de l’ouest qui s’affrontaient par pays interposés. Plus que jamais, la saga renvoie à l’actualité internationale sans toutefois omettre le passif belliqueux de l’humanité. Ainsi, le discours va-t-en guerre du Général Ursus ponctué d’un « Un bon humain est un humain mort ! » fait-il écho aux campagnes menées contre les Indiens aux 19e siècle et à la célèbre réplique trop hâtivement attribuée au Général Custer, mais plus vraisemblablement prononcée par l’officier général Philip Sheridan « Un bon Indien est un Indien mort ! ». Par sa soif de pouvoir et ses envies expansionnistes, le Général Ursus précipite son peuple à sa perte. Et Ted Post de renvoyer les singes et les hommes dos à dos lors d’un final radical et nihiliste lors duquel les premiers bouclent en quelque sorte la boucle amorcée par les seconds.



Succéder à l’immense film de Franklin J. Schaffner était une gageure. Fort logiquement, Le Secret de la planète des singes ne lui arrive pas à la cheville, perdant trop de temps à répéter les mêmes motifs que son modèle. Ses apports n’arrivent que trop tardivement et ont tendance à reléguer les singes à un statut de figurants qui ne sied guère à la saga, à l’image d’un docteur Zaius juste là pour une dernière joute verbale face à Taylor. Compte tenu de la conclusion du récit, la saga aurait dû en rester sur cette note mi-figue mi-raisin. Mais on ne résiste pas longtemps au dieu dollar...

Bénédict Arellano

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