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Forgetting Sarah Marshall. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie (?)
Réalisation : Nicholas Stoller
Avec : Jason Segel, Kristen Bell, Mila Kunis, Russell Brand...




Avec 40 ans, toujours puceau, Judd Apatow est devenu la nouvelle référence de l’humour à l’américaine, que ce soit en tant que réalisateur (Funny people), scénariste – producteur (Walk hard) ou simplement producteur (Supergrave). Certains s’en réjouissent, d’autres, comme moi, trouvent ça navrant, quittes à passer pour des pisse-froid. Je le concède, je vais un peu vite en besogne dans la mesure ou Sans Sarah rien ne va ! n’est que ma deuxième immersion dans l’univers du bonhomme, après un En cloque mode d’emploi que j’ai encore du mal à évoquer sans avoir un haut le cœur. Mais je n’en ai cure, assumant pleinement ma posture quelque peu péremptoire.
Sans Sarah rien ne va ! ne doit rien à la plume du sieur Apatow mais à celle de son acteur principal, Jason Segel, passé à la postérité grâce au rôle de Marshall Eriksen dans la sitcom How I met your mother. Néanmoins, en habitué des œuvres du monsieur (il a notamment joué dans la série Les Années campus et dans En Cloque mode d’emploi), il déploie un "humour" similaire qui n’en déroutera donc pas les inconditionnels.

Peter Bretter (Jason Segel) croit filer le parfait amour avec Sarah Marshall (Kristen Bell), vedette d’une série télévisée pour laquelle il compose la musique. Or un beau matin, elle décide de briser l’illusion lui signifiant qu’elle le quitte pour un autre homme. Dévasté, il s’offre des vacances dans un luxueux palace sur l’île de Hawaï pour tenter de l’oublier. C’est le moment que le destin a choisi pour lui jouer l’un de ses tours pendables puisque sur place il tombe non seulement nez à nez avec son ex, mais qui plus est accompagnée de son nouveau petit ami, le chanteur Aldous Snow (Russell Brand). Au fond du trou, la mignonne Rachel Jansen (Mila Kunis), hôtesse d’accueil de l’hôtel, ne sera pas de trop pour l’aider à remonter la pente.



Si à la lecture du résumé, ce n’est pas forcément évident, l’issue du film ne fait aucun doute lors de son visionnage. Sous couvert de grivoiseries, de dialogues osés et de quelques plans répréhensibles par les comités de censure les plus prompts aux coups de ciseaux (Jason Segel nous montre sa quéquette !), Sans Sarah rien ne va ! déroule les bonnes vieilles recettes de la comédie romantique avec son héros qui retrouve le grand amour au lendemain d’une grosse déception amoureuse. Le cadre –un palace hawaïen en bord de mer– ne joue aucun rôle spécifique dans l’histoire. Si ce n’est par son folklore (les chemises bigarrées, les colliers de fleurs exotiques et les danses des autochtones), ce luxueux hôtel aurait très bien pu se situer en Floride que cela n’aurait rien changé tant, en bons touristes, les pensionnaires se contentent des infrastructures du lieu. Le but de la manœuvre n’est donc pas de nous dépayser mais bien de coller au plus près du dépit amoureux de ce pauvre Peter Bretter. L’aspect ensoleillé et idyllique du lieu se pose donc uniquement en contraste des idées noires ressassées par le pauvre bougre...
Pour ceux qui comme moi suivent la série How I met your mother, le comportement post-traumatique de Peter prend de sérieux airs de déjà-vu. D’ailleurs, c’est tout son comportement qui paraît calqué sur le modèle Marshall Eriksen. Une nouvelle fois, Jason Segel campe un personnage immature, limite geek, et qui se repose entièrement sur son couple. Comme le montrent les quelques plans de son intérieur, Peter ne peut vivre sans Sarah Marshall (clin d’œil ?) dont l’image trône partout, du mug au calendrier. Du reste, il est évident que son emploi –illustrateur sonore de la série de Sarah– relève du parfait népotisme. Que Sarah le quitte et c’est toute sa vie qui s’écroule, le laissant aussi démuni qu’un bébé, ce qu’illustre sa nudité au moment de la rupture. A ce propos, je ne peux que railler cette pudeur déplacée venant de la part de Sarah qui, subitement, ne peut plus supporter la vision de son ex nu. Celle-ci va de paire avec les différents artifices visant à cacher les points névralgiques de sa féminité lors de ses galipettes en compagnie de Aldous Snow. Comme quoi, même dans les films soi-disant libérés sur les questions du sexe, sa représentation reste tributaire de l’autocensure, preuve d’une certaine frilosité. En outre, les quelques scènes de coït qui parsèment le film relèvent davantage d’un élan potache (le duel d’orgasme entre Sarah et Peter) et spectaculaire (le sexe aérien entre Sarah et Aldous) que de velléités érotiques. En clair, et en dépit de la joliesse des comédiennes, la chair est triste.
Et qu’en est-il de l’humour du film, alors ? Et bien comme toutes comédies « made in Apatow », celui-ci repose essentiellement sur une grivoiserie de bon aloi à base de langage peu châtié (le bon pédiatre, ami de Peter, qui l’enjoint de se servir de son zguègue plutôt que de se lamenter sur son sort) ou de coïts simulés (les cours d’éducation sexuelle que Aldous Snow prodigue à un jeune marié quelque peu coincé). C’est de l’humour potache qui ma foi manque de ce grain de folie qui lui permettrait d’être communicatif (comprendre me faire rire moi). Des personnages secondaires, allant du frangin compatissant au serveur collant en passant par le professeur de surf à la sympathie calculée, seul Aldous Snow tire son épingle du jeu. Sans être hilarant (j’ai dû, en cherchant bien, sourire deux fois pendant le film), ce personnage apporte un soupçon de fraîcheur par sa franchise et sa décontraction assumée. En outre, Russell Brand, son interprète, parvient à le rendre sympathique alors qu’il bénéficie d’une caractérisation à la truelle. Star de la pop music en pleine ascension, il est dépeint comme quelqu’un d’antipathique, hautain et égocentrique. Que le scénario en fasse un anglais n’est donc pas une surprise lorsqu’on sait la vision que les américains peuvent avoir de leurs cousins d’outre-Manche. Sans lui, le film serait un supplice à suivre, litanie de larmes à l’œil, aveux au bord du lit ou sur une plage et autres joyeusetés dignes de romans à l’eau de rose. En ce qui le concerne, au moins, Judd Apatow ne s’est pas trompé puisqu’il n’a pas hésité à reconduire le personnage pour American trip, l’une de ses productions récentes.



Moins agaçante que En cloque mode d’emploi (dieu que je déteste ce film !), Sans Sarah rien ne va ! reste une comédie d’une platitude affolante et qui si comme moi on n’est pas sensible à l’humour proposé, n’offre aucun autre intérêt. Hormis Aldous Snow, tous les personnages sont d’une fadeur sans nom et trop mignons pour être honnêtes. En fait, le film aurait dû ne tourner qu’autour du spectacle de marionnettes créé par Peter, seul passage sur lequel souffle un air frais et un certain émerveillement. Ah, le pouvoir d’attraction des marionnettes !

Bénédict Arellano

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