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Sand Serpents. 2009.
Origine : Etats-Unis
Genre : Monstres en liberté
Réalisation : Jeff Renfroe
Avec : Jason Gedrick, Tamara Hope, Elias Toufexis, Sebastian Knapp...




Une escouade de huit soldats américains menée par le Lieutenant Stanley tombe dans une embuscade près d’une ancienne mine, dans la province de Badghis aux confins de l’Afghanistan. Capturés par les Talibans, les six survivants ne doivent leur salut qu’à l’attaque inopinée de vers géants, réveillés de leur long sommeil par l’explosion d’une mine antipersonnelle durant le bref accrochage. Isolés, sans moyens de communications et à 400 kilomètres de la ville la plus proche, le Lieutenant Stanley et ses hommes sont en sursis, sous la double menace des Talibans et des vers géants.



Connaissez-vous Tremors, cette sympathique et dynamique série B sortie en 1990 ? Non ? Alors c’est que vous n’avez pas encore entièrement arpenté notre site. Pour mémoire, le film met les habitants de la petite bourgade de Perfection aux prises avec des vers géants, baptisés Graboïdes. Devant son succès surprise, trois suites ont suivi, avec plus ou moins de bonheur. Les vers géants des Sables de l’enfer peuvent être considérés comme leur lointain cousins, et le film de Jeff Renfroe comme une opportune réappropriation d’une figure fantastique finalement assez anonyme. En outre, Les Sables de l’enfer s’avère être l’exemple parfait pour rendre compte de l’évolution des effets spéciaux et de la manière de les utiliser.
A l’époque du film de Ron Underwood, les effets spéciaux numériques n’étaient pas encore au point. C’était encore le temps du système D et des animatroniques. Certains effets spéciaux pouvaient paraître bancals et peu concluants, mais dans l’ensemble Ron Underwood sut en tirer le meilleur parti. Alors qu’en 2009, la démocratisation des effets spéciaux numériques est telle que même des téléfilms peuvent en bénéficier. Cela permet donc à Jeff Renfroe de dépasser le concept initial et de faire de ses monstres non plus seulement des vers condamnés à ramper mais aussi des serpents géants, capables de se dresser très haut au-dessus du sol. Il peut ainsi les multiplier à loisir et s’acquitter de nombreux plans où nous voyons la terre se soulever lors de leurs passages. Le hic, c’est qu’il n’y a aucune continuité entre ces scènes aux effets spéciaux numériques et celles où nous ne voyons que les acteurs. Ainsi, sur un terrain censé avoir été le théâtre d’un violent massacre perpétré par ces géants des sables, nulle trace de terre retournée ou de cratères laissant deviner l’endroit par lequel ils ont surgi. Cela témoigne d’une post-production peu sérieuse, ne se souciant guère d’une certaine cohérence. Alors c’est bien beau de bénéficier d’effets numériques –ça permet par exemple de montrer l’un de ces monstres choper un hélicoptère au vol– mais encore faut-il en faire bon usage et ne pas sacrifier toute logique narrative à des seules fins spectaculaires. Nonobstant ce grief, ces monstres incarnent théoriquement une menace bien plus grande que leurs modèles. En pouvant aussi bien chercher leurs proies dans les airs que sous terre, ils ne laissent guère de solutions de repli aux pauvres GI’s, si ce n’est les condamner à l’immobilité et au silence le plus total afin de ne pas perturber leur sommeil hyper sensible. Tout militaires qu’ils soient, le Lieutenant Stanley et ses hommes ne sont pas préparés à ça, encore moins en territoire ennemi où leur vigilance se doit d’être décuplée par deux. Avec ces personnages pris entre deux feux, Jeff Renfroe dispose d’un terrain propice à l’élaboration d’un climat de tension permanente, le désert du film pouvant alors s’apparenter à la forêt vierge de Predator. Or, aucune tension ne se fera ressentir tout au long du périple des GI’s. Si le récit n’occulte jamais les Talibans, ceux-ci ne pèsent que peu de poids face aux monstres des sables. D’ailleurs, leurs interventions, au nombre de deux, se déroulent invariablement de la même manière : 1) par leur surnombre et le manque d’adresse des GI’s, ils prennent facilement le dessus sur leurs ennemis, les capturant ou les acculant ; 2) les monstres des sables interviennent et les gobent. Quant aux créatures en question, leurs apparitions sont toujours précédées de vives secousses, ce qui ôte immédiatement tout effet de surprise. Alors, pour tout de même ménager quelques rebondissements à son récit, Jeff Renfroe adjoint aux soldats un réfugié afghan et sa fille. Le premier sera le terreau idéal à un faux suspens autour de sa supposée duplicité. Le réalisateur en fait des tonnes à ce sujet, ménageant des scènes susceptibles de nous amener tout droit à ladite révélation pour finalement conclure cet arc narratif par une pirouette. Quant à la gamine, en jaillissant de nulle part mais en terrain parfaitement dégagé, elle provoque l’une des morts les plus idiotes du film doublée d’un habile stratagème pour détruire l’unique moyen de locomotion des soldats et les condamner à retourner inlassablement à leur point de départ. Partant d’un postulat des plus ludiques, Les Sables de l’enfer ne parvient jamais à traduire son potentiel récréatif de manière satisfaisante, Jeff Renfroe n’étant vraisemblablement pas l’homme de la situation. Auteur de deux films plus intimistes tournant autour du thème de la paranoïa, le réalisateur n’est pas au mieux lorsqu’il s’agit d’orchestrer des fusillades ou les assauts de monstres gigantesques. C’est mou (alors que les personnages prétendent courir, ils ne font que trottiner à l’écran) et répétitif (les monstres sortent de terre, s’abattent sur leur proie puis disparaissent). En fait, seul la localisation géographique de l’action –l’Afghanistan– semble l’avoir quelque peu inspiré.



Depuis le début de la croisade des soldats américains en Afghanistan, aucun film sorti des usines hollywoodiennes n’a osé traiter du sujet de manière frontale. Les studios préfèrent se replonger dans la deuxième guerre du Golfe (Jarhead) et plus récemment dans la troisième guerre du Golfe (Redacted, Battle for Haditha, Démineurs...), ou évoquer cette guerre qui ne dit pas son nom de manière discrète (le drame amoureux Brothers et son soldat rescapé de l’Afghanistan). Avec cette histoire de vers géants, Les Sables de l’enfer ne se pose clairement pas en film définitif sur la question. Néanmoins, Jeff Renfroe glisse quelques remarques acerbes sur les raisons de la présence américaine dans ce pays qui tranchent avec les ambitions du film. Le film exclut tout culte aux soldats américains, ces derniers n’étant jamais érigés en sauveurs. Le Lieutenant Stanley n’est pas un va-t’en-guerre. C’est juste un professeur d’université qui doit sa présence en Afghanistan à son statut de réserviste et à ses connaissances en langue persane. Sa mission est peu glorieuse puisqu’elle consiste à escorter le Capitaine Henle jusqu’à cette mine désaffectée pour qu’elle établisse si oui ou non, celle-ci contient encore des pierres précieuses. Ici, il n’est pas question de lutter contre le terrorisme ou de libérer un peuple du joug taliban, mais bel et bien de déposséder un pays de ses richesses naturelles. L’Irak et son or noir ne sont pas loin. Pour illustrer son propos, une scène met à jour la cupidité de l’Etat-major lorsque le gradé ne se décide à envoyer un hélicoptère chercher les rescapés qu’après avoir eu la confirmation que la mine recèle bien des richesses. D’intéressement, il en est aussi question pour ces soldats qui, pour toucher une prime plus conséquente, en viennent à espérer que leur séjour soit prolongé. Et puis il y a les propos du soldat Andrews qui pour n’en être pas moins pénibles dans le cours de l’action (il incarne le rabat-joie de service), traduisent parfaitement la lassitude et l’incompréhension qui émanent de ces conflits dont on en voit pas la finalité. Étant donné l'échec du film de monstres annoncé, il est regrettable que Jeff Renfroe n'ait pas finalement opté pour une démarche plus réaliste. En même temps, il n'est pas du tout certain qu'il aurait obtenu un financement pour traiter du conflit afghan de manière si peu patriotique.

Bénédict Arellano

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