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S1m0ne. 2002.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Andrew Niccol
Avec : Al Pacino, Catherine Keener, Winona Ryder, Pruit Taylor Vince...




En l’espace de trois films, si l’on compte The Truman show de Peter Weir dont il a écrit le scénario, Andrew Niccol a construit une œuvre cohérente, chaque film pouvant être perçu comme le prolongement du précédent. Bienvenue à Gattaca (1997), son premier film, dépeint une société totalitaire traquant le moindre individu présentant des tares physiques, individu qui se voit écarté en conséquence de tous les postes à responsabilités. Un flicage incessant sur le modèle de Big Brother qui ne laisse aucun répit aux individus. De Big Brother, il en est de nouveau question dans The Truman show, mais sur un mode mineur avec l’évocation de la fièvre, encore inédite, de la télé réalité. Truman Burbank est le héros involontaire de l’émission de télé réalité ultime puisque suivant sa vie pas à pas depuis sa naissance. Truman partage avec Vincent, le héros de Bienvenue à Gattaca, cette même soif de liberté et cette envie de s’affranchir d’un univers par trop cloisonné et oppressant.
S1m0ne se présente donc comme une variation sur les mêmes thèmes. A l’instar de Truman et de Vincent, Viktor Taransky est un homme qui ne peut s’épanouir pleinement, prisonnier des contraintes relatives au microcosme hollywoodien. A ses velléités auteurisantes, la production lui oppose un froid pragmatisme motivé par la seule volonté de ne pas perdre de l’argent. En outre, il doit composer avec les caprices de ses acteurs principaux, qu’il contente au mépris de toute fierté. Le personnage de Nikola Anders représente toutes ces vedettes qui se croient tout permis sous prétexte que leur nom suffit à garantir quelques rentrées d’argent. Leurs exigences, plus abracadabrantes les unes que les autres, les rendent parfaitement ingérables et totalement étrangers au commun des mortels. Andrew Niccol démarre son film comme une évidente satire des mœurs hollywoodiennes pour progressivement bifurquer vers la fable gentillette. Comme souvent avec ce réalisateur, le point de départ est intéressant mais le résultat, en deçà des espérances. De cette idée d’une actrice 100% virtuelle qui met le monde en émoi, il ne tire qu’une poussive comédie des plus improbables. Pourtant, dieu sait que le sujet était prometteur !

Le réalisateur Viktor Taransky (Al Pacino) sort de deux cuisants échecs. Avec son nouveau film, se joue à a fois sa crédibilité d’artiste et sa survie au sein du microcosme hollywoodien. Or son cas ne s’arrange pas lorsque Nikola Anders (Winona Ryder), l’actrice principale, quitte subitement le tournage sur un ultime caprice. Face au refus de Viktor de tourner la page et de passer à autre chose, Elaine Christian (Catherine Keener), sa productrice et ex femme, se voit dans l’obligation de rompre son contrat. Neuf mois plus tard, Viktor Taransky assiste à l’avant-première de son film, qu’il a mené à terme contre vents et marées, avec en tête d’affiche une actrice inconnue prénommée Simone. Le film fait un triomphe, surtout grâce aux talents de l’actrice principale qui fascine littéralement tout le pays. Tout le monde souhaite la voir et l’entendre. Viktor se retrouve harcelé par les médias auxquels il adresse de multiples fins de non recevoir. Et pour cause, Simone n’est pas une personne mais un programme informatique que son créateur, le défunt Hank Aleno (Elias Koteas), a offert à Viktor.



A l’heure des images de synthèse à foison, Simone incarne le fantasme ultime pour tous les responsables des effets spéciaux. Dépassés les Gollum et autres Jar Jar Binks qui tout convaincants qu’ils furent n’en demeurent pas moins des personnages virtuels purement imaginaires, ce qui rend l’illusion et leur interaction avec des acteurs en chair et en os plus aisées. Le programme Simulation One, quant à lui, rend possible l’impossible. Avec lui, plus besoin de capteurs disposés sur un comédien pour en retranscrire les mouvements sur ordinateur puisque tout figure déjà dans la base de données, d’une richesse infinie. En insérant le programme dans son ordinateur, Viktor Taransky a en quelque sorte ouvert la boîte de Pandore, dans laquelle il finit par se perdre corps et biens. La première utilisation de Simone a pour lui valeur de revanche à l’encontre de tout ceux qui n’ont pas cru en lui. Il devient le seul artisan de sa réussite, façonnant son actrice à sa guise. Il accentue là une expression, ici une caractéristique physique, obtenant en un clic l’émotion juste, ce qui avec une vraie comédienne aurait assurément nécessité plusieurs prises. Puis, se prenant au jeu, le réalisateur en quête de reconnaissance devient démiurge. Simone est sa créature et il en dispose comme bon lui semble, entretenant autour d’elle une aura de mystère qui, si elle est fort compréhensible pour nous spectateurs, ne l’est pas pour le grand public. Se faisant, il créé la star ultime, celle que tout le monde s’arrache sans jamais l’avoir vu autrement que sur un écran de cinéma.
Andrew Niccol met en lumière par l’absurde ce besoin quasi maladif qu’ont les gens à se créer des icônes. Cependant, à la satire féroce, il préfère épouser le ton de la fable. En ce sens, le grand public et sa propension à réagir en troupeau de moutons ne sont jamais véritablement moqués. Tout au plus est-il vaguement dépeint dans toute sa naïveté, cette même naïveté qui nous fait croire à la magie du cinéma. Cela confine donc plus à une forme d’émerveillement qu’à la marque d’une profonde bêtise. Il en va de même de la presse à scandales, gentiment fustigée. Ainsi, la pugnacité dont fait preuve Max Sayer, le rédacteur en chef d’un magazine à sensations, relève davantage de l’amoureux transi que du journaliste fouille-merde. En fait, tout le film pourrait se résumer à ça, une histoire d’amour entre le public et cette actrice venue d’ailleurs. Totalement aveuglé par sa beauté (quoique à Rachel Roberts, je préfère largement le charme mutin de Winona Ryder) et son talent, le grand public en perd tout sens commun. Et c’est justement cela qui donne des allures improbables au film. En effet, il est difficile à croire que des producteurs misent de l’argent sur une comédienne qu’ils sont dans l’impossibilité de rencontrer. Tout comme il apparaît hautement inconcevable que les autres comédiens acceptent de tourner dans un film sans avoir la moindre scène à tourner avec l’actrice principale sous prétexte que l’art de celle-ci ne doit souffrir d’aucunes perturbations extérieures. Et que dire de l’enquête autour de sa soi-disant mort, aussi hâtive que peu professionnelle. Il est vrai que le film ne s’est jamais voulu sérieux. Toutefois, cette légèreté de ton renvoie à la légèreté d’un scénario qui partant d’un postulat singulier se limite par la suite à une sorte de mauvaise comédie de boulevard tournant uniquement autour des gesticulations de Viktor Taransky pour faire croire au monde de l’existence de Simone. C’est en cela que Viktor se distingue des précédents personnages imaginés par Andrew Niccol. Car si comme eux, il se trouve au départ emprisonné des contraintes de son environnement, en croyant s’en affranchir, il ne fait que s’enfermer davantage. Prisonnier de ses mensonges, et plus sûrement de sa créature, Viktor ne vit plus que par procuration, sa soif de reconnaissance cédant la place à l’épanouissement de Simone. Sans être extraordinaire, Al Pacino tient la baraque avec métier, insufflant le minimum de vie à un film par trop factice, à l’image de son héroïne virtuelle.



Ni satire, ni franche comédie, S1m0ne est un film tiède. Andrew Niccol se perd en chromos rappelant l’âge d’or des studios hollywoodiens tout en ménageant son personnage principal- Viktor- de désillusions trop grandes. Ses personnages, il les aime au point de toujours leur concocter des fins heureuses. Une manière pour lui de récompenser leur abattage dans un bel élan d’optimisme. Cela fonctionnait dans Bienvenue à Gattaca, ici beaucoup moins, la faute à un combat des plus futiles dans le monde des paillettes.

Bénédict Arellano

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