critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Daai chek liu. 2003.
Origine : Hong Kong
Genre : Action
Réalisation : Johnny To, Ka-Fai Wai
Avec : Andy Lau, Cecilia Cheung, Siu-Fai Cheung, Wong Chun...


Big, un ancien moine bouddhiste barraqué aux capacités physiques dignes de n'importe quel super-héros, se retrouve replongé dans son passé en croisant la route de Lee Fung Yee, une inspectrice de police à la recherche d'un meurtrier indien contorsionniste. Il délaissera quelque peu son boulot de strip teaser pour elle, et l'aidera à résoudre l'enquête avant de sympathiser avec elle. Ensemble ils s'aideront mutuellement dans la connaissance de leur personnalité, de leur esprit et de leur karma. Un karma que Big est en plus capable de percevoir : il possède en effet le pouvoir de le discerner rien qu'en regardant une personne. Et ce qu'il trouvera chez son amie n'est pas joli joli : elle est la réincarnation d'un ancien soldat sadique coupable de nombreux meurtres, et pour cela la jeune femme devra expier dans sa présente vie...

Très étrange film que ce Running On Karma qui constitue avant toute chose un manifeste dédié au bouddhisme. C'est ainsi que l'on retrouvera quelques pistes philosophiques propres à cette religion, telle que la notion de karma, et la possibilité de s'y soustraire. Car c'est bien là que résidera tout l'enjeu du film : Big saura-t-il aider Lee Fung Yee à éviter son destin, lui qui en est visiblement capable si l'on en juge par ses facultés physiques ? La question de la justice et de l'injustice du karma est également posée, et trouvera éventuellement sa réponse dans une fin plutôt abstraite guère aisée à percer. Mais que les incultes en bouddhisme (et j'en suis) se rassurent : Running on Karma n'est absolument pas un film hermétique. Plutôt tout d'abord faciles d'approche, les propos du film se feront de plus en plus obscurs, mais il n'y a guère que cette fin qui pourra éventuellement poser soucis. Malgré cela, et malgré la complexité des orientations prises par l'intrigue brute (la racherche de l'indien, le passé, le présent et futur de Big autant que ceux de Lee Fung Yee), le film évite la facilité, tant les questions qu'il aborde sont bien traîtées, via une façon ludique extrêmement originale et intelligente. D'abord, se basant sur l'étude du karma, d'où ressort l'importance des événements d'une vie antérieure (ou même ceux d'une vie en cours) sur le présent ou le futur proche, le film se construit en grande partie sur des répétitions de situations, sans pour autant nous resservir deux fois les mêmes scènes. Chose assez étrange, mais le fait est là : Johnny To et Ka-Fai Wai reconstruisent des scènes déjà vu auparavant dans le film en en modifiant juste ce qu'il faut pour ne pas forcément donner l'impression de photocopier leurs propres efforts. Il en ressort des impressions de déjà vu plutôt agréables à suivre et suivant très habilement le discours du film. Et puis, toujours niveau ludique, il y a aussi une large part consacrée à l'humour. Heureusement, d'ailleurs, puisque si il s'était pris au sérieux, l'ensemble aurait très bien pu virer au prosélytisme. Mais il n'y a qu'à relire les premières lignes du résumé en haut de cet article pour s'en rendre compte : les réalisateurs enrobent leur histoire d'une épaise couche de délires faisant parfois friser l'overdose au spectateur... Un ancien moine bodybuildé aux dons de super-héros reconverti dans le strip-tease, un meurtrier indien contorsionniste.... Toute la première partie du film exploitera au maximum, dans un rythme très dense et avec une mise en scène dynamique mais non hystérique tout le potentiel comique de tels personnages, et la rencontre musclée des deux bonshommes vaudra sont pesant de cacahouètes. Par la suite, sans jamais non plus tomber dans l'éxagérément sérieux, le film se fera plus posé, voire plus poètique, ce qui entraînera d'ailleurs un changement de rythme notable qui exigera un certain temps d'adaptation (pas forcément très long) de la part d'un public confronté à une modification assez subite de l'histoire.

Bref nous avons affaire ici à un film vraiment atypique, aux propos bouddhistes avec lesquels on peut ne pas être d'accord, mais qui est largement capable de donner un grand moment de plaisir aux spectateurs tout en les faisant réfléchir. Le piège aurait été d'en faire un film tout entier dédié à l'esbrouffe et au tape-à-l'oeil simpliste. Nous en sommes fort loin, et nous avons donc là un film à voir absolument.

Loïc Blavier

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.