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Der Todesking. 1989.
Origine : Allemagne
Genre : Expérimental / Horreur
Réalisation : Jörg Buttgereit
Avec : Hermann Kopp, Heinrich Eber, Michael Krause, Susanne Betz...


Lorsqu’il réalise Der Todesking, Jörg Buttgereit bénéficie déjà d'une petite notoriété sulfureuse due à son premier film, Nekromantik. Le film, traitant de manière crue et frontale du sujet tabou de la nécrophilie, avait fait son petit effet parmi les amateurs qui n’hésitèrent pas à le hisser, sans doute hâtivement, au rang de génie de l’underground. Et voilà donc que deux ans plus tard l’individu récidive avec ce nouveau film, traitant cette fois-ci (toujours de manière crue et frontale, cela va de soi) du sujet tabou du suicide.
Cependant, contrairement à ce que ma prose pourrait supposer, le réalisateur allemand ne suit pas le même schéma que pour son premier film. Der Todesking au contraire prend une forme plutôt inédite et pour le moins expérimentale. En effet le film rassemble sept segments différents (un pour chaque jour de la semaine) reliés entre eux par l’image d’un cadavre se décomposant lentement.

Chacun des segments du film prend une forme très différente dans sa mise en scène et son approche. Seul le thème du suicide sert de ligne narratrice au film. Pourtant l’aspect patchwork que revêt généralement ce type de création est ici évité par l’ambiance générale qui baigne tout le film. Une ambiance sale et glauque, et en même temps très réaliste. Buttgereit choisi de filmer crûment la réalité triste et grise. Ses personnages ne sont pas des tops models évoluant dans des décors de rêves. Au contraire, ses pauvres êtres au physique ingrat errent dans de biens mornes décors : un parc sous la pluie, un appartement de célibataire, une rue sale...
Et tous finissent de la même manière. Le suicide. Par balle, pendaison, ingestion de médicaments… le réalisateur varie les morts et chaque segments nous montre un aspect différent du suicide. La mise en scène varie également : la caméra suit par instant les héros, nous faisant découvrir leur vie au travers de leurs derniers actes. Dans un autre segment, c’est le personnage principal qui nous raconte lui-même ce qui le pousse au suicide avant de se tirer dessus. Dans un autre encore la caméra évolue sur un pont vertigineux, tandis que des noms défilent sobrement, nous laissant deviner que tous ont sauté à un moment ou un autre. Parfois Buttgereit ne donne aucune explication et se contente de montrer simplement la mise à mort, comme dans le dernier segment hystérique où l’on découvre un homme tourmenté se donner la mort à force de cogner sa tête contre un mur...
Le jeune réalisateur expérimente encore, et tente parfois quelques mouvements de caméra encore maladroits mais assurément audacieux. Quelque part nous ne sommes pas loin des mouvements que fait subir Sam Raimi à sa caméra pour Evil Dead. Mais malgré cela l’ensemble demeure encore assez amateur. Qu’importe, cela renforce le réalisme des scènes : l’image granuleuse, vacillante, met mal à l’aise autant que le décor glauque.

Sinistre et morbide, Der Todesking l’est assurément. Il nous montre la mort de manière directe, l’intimité des personnages est violée par la caméra et leurs derniers instants sont montrés de manière impudique. Cela choque. C’est clairement le but du réalisateur, nous montrer la réalité dans toute son horreur, pour faire réfléchir. Fait-il réfléchir ? J’en doute, et les thématiques que tente d’évoquer le film me paraissent assez mal amenées. Toutefois le film atteint le premier de ses objectifs avec brio (à savoir choquer et mettre mal à l’aise). Pourtant l’utilisation du gore est plutôt anecdotique et on ne verra que peu de sang dégouliner. L’atout du film, c’est autant son réalisme maladif que sa forme étrange, qui déstabilise et inquiète. Du moins dans les premiers temps, puisque le film ne parvient pas à éviter l’écueil dangereux de l’ennui. Trop lent et parfois difficile à appréhender, il finit par lasser, et sans doute aurait-il gagné à étoffer les histoires qu’il raconte. Parce qu’au-delà de sa réussite formelle, le film ne raconte pas grand chose et certains auront du mal à y voir autre chose que des scènes de morts certes malsaines, mais aussi poussives et sans intérêts.

Bref, Der Todesking est un film à réserver aux inconditionnels du réalisateur et à quelques curieux qui auront été attirés par la forme originale du film et le malaise diffus qu’il dégage, les autres feront aussi bien de passer leur chemin.

Arnaud Schilling

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