critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Скалолазка. 2008.
Origine : Russie
Genre : Aventures
Réalisation : Oleg Shtrom
Avec : Anastasia Panina, Dmitry Nagiev, Ivan Agapov, Ilya Bleday...




Nanti de quelques grands noms du septième art (Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein, Andreï Tarkovski) ou d’habitués de festivals d’importance (Pavel Lounguine, Aleksandr Sokurov, Andreï Zvyagintsev), le cinéma russe n’est pourtant pas le plus attractif qui soit sur le marché international. Le plus souvent âpres, contemplatifs et exigeants, les films russes peinent à fédérer un public conséquent. Cependant, ces dernières années voient de jeunes réalisateurs russes proposer une nouvelle approche du médium en s’orientant vers le grand spectacle, dans la droite lignée du cinéma hollywoodien. Cela donne notamment Night Watch et Night Watch 2 : Day Watch de Timur Bekmambetov ou ce Rock Climber qui nous intéresse ici.

A force de jouer avec le feu, l’homme est arrivé à un moment crucial de son existence. Dans quelques jours, la planète Terre va être balayée de puissantes émanations du soleil qui mettront toute l’humanité en péril. Dans ce climat de fin du monde annoncée, Elena, une jolie spécialiste en langues mortes et vivantes, accepte une obscure mission de la part du professeur Green dans la région de l’ancienne Phénicie. Sur place, elle découvre un étrange coquillage aux propriétés miraculeuses qui attire bien des convoitises. Décidée à le garder et à comprendre le fin mot de l’histoire, Elena est désormais pourchassée sans relâche. Et pendant ce temps là, le compte à rebours annonçant la fin du monde arrive à son terme...

Se présentant comme une illustration de ce qui pourrait un jour nous arriver (une explosion solaire aboutissant à l’anéantissement d’une bonne partie de la population, corollaire des dérèglements que nous faisons subir à l’environnement), Rock Climber se révèle être plus opportuniste que réellement concerné par le sujet. Hormis un gros plan d’un pot d’échappement répandant ses gaz nauséabonds durant un embouteillage et les nouvelles alarmistes que Elena écoute à la radio lors de ce même embouteillage, la teneur écologique du récit induite par la solennité de la voix off ouvrant le film ne fait pas long feu. Il en va de même de la menace d’extinction d’une bonne partie de l’humanité qui ne semble alarmer personne. Pas de crises de panique -une collègue de Elena s’inquiète bien plus du passeport qu’on lui a dérobé que de sa mort probable-, ni de mesures exceptionnelles de la part des divers gouvernements visant à mettre au moins à l’abri une partie de la population. C’est comme si le monde entier avait pris le parti de respecter les appels au calme d’éminents spécialistes. Ces derniers demandent à la population de ne pas céder à la panique, bien qu’ils avancent le chiffre de 4 milliards de personnes susceptibles de périr lors de l’explosion solaire. Une paille ! Mais après tout, face à l’inéluctabilité de la catastrophe, cette forme de renoncement n’est pas inconcevable. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’impression que cet ultimatum n’existe pas pour les personnages principaux. Elena, par exemple, n’hésite pas une seconde face à la proposition du Professeur Green, prétextant que ce genre de mission est très lucratif. Devant l’imminence de la catastrophe, amasser encore de l’argent est bien entendu primordial. Comme l’est pour Alex, son petit ami, l’achèvement du jeu vidéo sur lequel il travaille. Des préoccupations bien terre à terre pour des jeunes gens qui se plaignent par ailleurs de se voir si peu. Ils feraient mieux de profiter de leurs derniers jours de répit pour privilégier l’amour plutôt que le travail ! En un sens, leur désintérêt quant au sort de l’humanité, et donc le leur, rejoint celui du réalisateur dont le but évident est de privilégier la traque de son héroïne à toutes autres considérations.



Concomitamment à la catastrophe annoncée, le récit évoque l’existence de 49 coquillages qu’une civilisation très ancienne -les pré humains- ont caché de par le monde et dont la réunion dégagerait une énergie colossale. Se faisant, le film joue des nombreuses légendes que la vénération du soleil a suscité au fil du temps en ajoutant sa pierre à l’édifice. Dés lors, sans qu’il ne soit jamais fait mention de propriétés à même de sortir l’humanité de la panade dans laquelle elle s’est fourrée, lesdits coquillages deviennent l'enjeu primordial de la folle course-poursuite qui s’engage entre Elena et les hommes envoyés par les Renseignements Nationaux. Une pauvre Elena qui, comme nous, ne comprend strictement rien à cette histoire et qui se laisse guider au gré des événements. Les coquillages, elle les trouve par hasard, alors qu’elle a accepté la mission sans savoir précisément ce qu’il lui fallait chercher. Un exploit ! Désormais détentrice d’un des sept derniers coquillages qui manquaient à la collection des Renseignements Nationaux et qu’elle se refuse à leur remettre, il ne lui reste plus qu’à prendre ses jambes à son coup pour échapper aux sbires de Baker, l’homme chargé de réunir les 49 coquillages. La fameuse course-poursuite peut alors avoir lieu durant laquelle Elena fera montre de toute son agilité et ses poursuivants de toute leur maladresse. Le caractère bon enfant du film se dévoile ici. De la même manière qu’on avait du mal à appréhender la catastrophe à venir, il nous est bien difficile de ressentir une quelconque crainte à l’idée que Elena se fasse tuer. La faute à des poursuivants tous plus incompétents les uns que les autres, et par conséquent guère dangereux à l’image de leur chef, le mielleux Baker. A part une propension à toujours apparaître là où se trouve l’héroïne, et ce même lorsqu’il ne prend pas directement part à la poursuite, il ne représente pas une menace bien sérieuse tant il est toujours facilement mis en échec. De ce fait, qu’il soit décrit comme un grand professionnel prête à sourire. Et l’interprétation approximative de Dmitry Nagiev -Dj à ses heures- n’aide en rien à prendre ce personnage au sérieux. De manière plus large, c’est tout le film qui ne peut être pris au sérieux tant lui-même traite par-dessus la jambe son sujet qui, je le rappelle, évoque la possible extinction de l’homme.
Oleg Shtrom pourrait encore tirer son épingle du jeu au niveau de l’action, qui apparaît comme la principale raison d’être du film. Peine perdue, c’est encore pire. Si il faut reconnaître à Anastasia Panina (Elena) d’être crédible en varappeuse, il n’en va pas de même de l’ensemble des scènes qui réclament des effets spéciaux. Principalement numériques, ceux-ci trahissent en permanence leur nature factice. Cela va de la plus simple explosion en passant par des glaçons reflétant le visage d’un pré humain jusqu’au final au sommet d’une montagne des Alpes bavaroises. D’aléatoire, notre implication devient nulle face à de pauvres effets spéciaux que le réalisateur se plaît pourtant à multiplier en dépit du bon sens. Louchant de trop vers le blockbuster à l’américaine, Oleg Shtrom omet de conférer une identité propre à Rock Climber qui, en l’état, ressemble à un téléfilm tourné à la va-vite. Quant à son héroïne, sorte de Lara Croft russe tirée du roman Skalolazka de Oleg Sinitsine (et pour ceux qui ne ferait pas le rapprochement avec l’aventurière pixellisée, Oleg Shtrom se charge de mettre les points sur les « i » en dévoilant le jeu sur lequel travaille Alex et qui a pour héroïne nulle autre que Elena), elle apparaît in extremis comme une Élue dont la tâche est loin d’être terminée.



Se concluant sur le mode du "tout est bien qui finit bien" (Elena et Alex filent le parfait amour, la Terre a réchappé à la catastrophe, le gamin qui a aidé Elena durant sa fuite a obtenu toutes les glaces qu’il désirait et tant pis si elles vont fondre faute d’un congélateur où les entreposer !), Rock Climber laisse surtout augurer d’une suite. Il y a du Lara Croft, mais aussi du James Bond dans les aventures de Elena, à l’image de ce mystérieux comploteur pour lequel travaille Baker et qui fait figure de Blofeld. A l’aune de ce premier film, pas totalement irregardable grâce à son humour involontaire, il y a de quoi s’inquiéter à la perspective d’une série au long cours. Maintenant, l’avenir peut toujours réserver des surprises. Mais présentement, Rock Climber n’en contient aucune.

Bénédict Arellano

---------------------------------

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.