Rob Roy. 1995. Origine : Etats-Unis Genre : Aventures Réalisation : Michael Caton-Jones Avec : Liam Neeson, Jessica Lange, Tim Roth, John Hurt...
Traitant d'un évènement historique écossais déjà maintes fois adapté en livre ou au cinéma, réalisé par un premier écossais, écrit par un second écossais, produit par un troisième écossais et joué avec l'accent par de nombreux acteurs écossais, Rob Roy est pourtant tout ce qu'il y a de plus américain, financé d'ailleurs par la United Artists. Rob Roy est peut-être ce qui se fait de pire en matière de film historique. Il faut dire que le mythe de celui que certains ont surnommé "le Robin des bois écossais" (en alternance avec William Wallace, au sujet duquel Braveheart allait traiter dans les salles même pas deux mois après la sortie du film de Caton-Jones) n'a jamais été marqué par le sceau de la véracité. Utilisée à des fins de propagande ou de contre-propagande, la vie de Rob Roy est loin d'avoir été aussi romanesque que ne le laisse croire sa réputation. Mais après tout, quel pays n'y a pas été de la magnification de ses propres légendes, ou au contraire de la minimisation de la légende du voisin honni ? C'est de bonne guerre. Le sujet de cette critique ne sera donc pas de redresser les torts historiques du futur réalisateur de Basic Instinct 2 et du scénariste d'Osterman Week-end. La véritable question qui se pose est tout bonnement celle du sens donné aux libertés prises avec l'histoire, dans le cadre de l'époque et du média qui nous intéressent présentement, c'est à dire le milieu des années 90 au cinéma.
Rien qu'un coup d'œil à l'affiche suffit pour savoir de quoi il retourne : Caton-Jones se vautre dans les clichés les plus insupportables qui soient, ceux du romantisme préfabriqué. MacGregor (ne prenez pas cette appellation pour une marque de mépris envers Rob Roy, tout le monde l'appelle par son vrai nom et non par celui de la légende) est un idéaliste acharné, du genre de ceux qui placent leur honneur au-dessus de tout. Particulièrement lourdes, les insistances sur son sacro-saint honneur rendent l'héroïsme du personnage particulièrement ridicule, capable de le mettre lui et sa famille dans des situations périlleuses là où ils auraient pu s'en sortir à très bon compte. Lorsque MacGregor refuse de dénoncer Argyll comme un Jacobite non par sympathie envers le Duc (il méprise tous ces aristocrates, quels qu'ils soient) mais pour ne pas bafouer son propre honneur, on se dit qu'il a vraiment raté l'occasion de s'asseoir sur sa fierté. Sa femme lui fait d'ailleurs remarquer, mais loin de faire naître le doute chez le personnage, Mary finira par dire que finalement, malgré le viol dont elle fut victime en raison de cette fierté mal placée, c'est comme ça qu'elle l'aime, son MacGregor... Ça laisse sans voix. Caton-Jones utilise même cette question de l'honneur pour modifier l'Histoire, par exemple en inventant le complot de Cunningham pour récupérer l'argent prêté par Montrose (alors que la réalité semble être plus simple : l'homme de confiance de Rob Roy se serait fait la malle avec l'argent, direction le nouveau monde). Sans parler du dénouement, bien plus glamour et correct que la véritable histoire de Rob Roy. Encore une fois, ce ne sont pas ces libertés avec l'Histoire qui dérangent, mais bien l'excès de romantisme hollywoodien, nous contraignant à avaler des couleuvres grosses comme des anacondas. D'un côté l'idéaliste extrémiste qui, quand il ne se bat pas pour son honneur, aime à gambader dans la verdure avec les siens tout en déclarant à sa femme à quel point il peut l'aimer (je sais bien que c'est Jessica Lange mais tout de même, la mièvrerie a ses limites !), et de l'autre le méchant tout droit sorti des pires moeurs de l'aristocratie anglaise. Il n'y a plus aucune place pour la réflexion, c'est le Bien absolu contre le Mal absolu, et le réalisateur se montre aussi emphatique d'un côté comme de l'autre. Car si MacGregor est le héros parfait, Cunningham est son exact opposé. Aucun sens de l'honneur (ses flagorneries hypocrites à Montrose), aucun sens de l'amour (il rejette la servante qu'il a mise enceinte), aucun intérêt autre que lui-même. Une telle félonie ne peut que faire enrager le spectateur. Même physiquement, Cunningham est l'opposé de MacGregor : là où le highlander est un solide gaillard rustique, l'anglais est un petit emperruqué efféminé surjoué par un Tim Roth qui gagnait là ce qui était alors le plus gros cachet de sa carrière en tendant le cul vers l'arrière et en adoptant des manières que n'aurait pas renié le Michel Serrault de La Cage aux folles. Et entre les deux, chaque camp bénéficie de ses personnages qui aimeraient bien être aussi charismatiques que leur chef, mais qui ne le sont pas. Par exemple, le jeune Alasdair MacGregor est trop immature pour bien comprendre le sens de l'honneur de son aîné et de sa femme, et si il ne manque pas de bonne volonté, il est toujours complètement à côté de la plaque, débarquant par exemple au village alors que Cunningham et ses hommes viennent juste de partir. Du côté de Cunningham, l'intendant Killearn se veut aussi méchant que son maître, mais ne peut s'abstenir de baisser la tête lorsque Mary le regarde en face. Le gentil se trouve ainsi conforté dans sa bravoure, et le méchant dans son ignominie. Procédé extrêmement simpliste mais qui caractérise pourtant l'intégralité du film, tirant davantage sur le drame que sur l'action. Loïc Blavier |