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Bloody New Year. 1987.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Fantastique daté
Réalisation : Norman J. Warren
Avec : Suzy Aitchison, Nikki Brooks, Colin Heywood, Mark Powley...




A quoi tient la vie, tout de même ! Voyez ces deux couples d’amis qui, pour accompagner le célibataire de la bande –Spud– dans sa quête de compagne, se retrouvent pris en chasse par trois types peu avenants en pleine fête foraine, sous prétexte qu’ils les ont empêchés de tourmenter Carol, une touriste américaine. Désormais six, ils réussissent à échapper à leurs poursuivants puis s’offrent une petite virée en mer. Mauvaise idée. Un récif troue leur embarcation, les obligeant à se réfugier sur une île. Sur place, ils découvrent un hôtel vide dans lequel le temps semble s’être arrêté à la nuit de la Saint Sylvestre 1959. Plus étrange encore, des objets paraissent mus d’une vie propre et d’inquiétantes silhouettes apparaissent ici et là, et de préférence dans le reflet des miroirs. Ils vont très vite comprendre que de cette île là, on ne s’échappe pas !



Démarrée en 1968 via deux films dramatiques (ne voyez là aucun jugement de valeur), la carrière cinématographique du réalisateur anglais Norman J. Warren connaît un trou de 8 années jusqu’à la sortie de Esclave de satan en 1976. Chose amusante, et alors qu’il aborde l’horreur pour la première fois pour ne plus lâcher le genre par la suite, c’est cette même année que la Hammer exhale son dernier souffle avec Une fille pour le diable. Entendons-nous bien, je ne cherche nullement à trouver un lien de cause à effet, juste à souligner cette concordance des dates qui passe volontiers pour un passage de relais entre la prestigieuse maison et un réalisateur soucieux de maintenir la production fantastique locale en vie. Une tâche malaisée, comme il s’en rendra vite compte, et qui trouve son épilogue avec ce Réveillon sanglant, aussi appelé Les Mutants de la Saint Sylvestre.
Avec son groupe de jeunes gens en goguette, Réveillon sanglant prend de prime abord des allures de slasher mâtiné de comédie adolescente, les deux genres partageant bien des similitudes. J’ai même craint un moment être devant le remake de l’obscur Loi brisée, porté à notre connaissance par l’aventureux Loïc Blavier, et ce en dépit d’un prologue laissant augurer d’un film frappé du sceau du fantastique. D’ailleurs, toute la partie se déroulant dans la fête foraine s’avère non seulement dispensable mais aussi incroyablement bâclée. On peut déjà s’interroger sur l’utilité d’ajouter un troisième personnage féminin à la bande, d’autant que les interactions entre les membres du groupe ne motivent guère le réalisateur. Et que dire des trois voyous (enfin deux avérés plus un forain) dont l’entêtement revanchard ne prend jamais sens, si ce n’est aux yeux du réalisateur afin d’agrémenter son final de quelques touches de spectaculaire. En outre, Norman J. Warren nous gratifie de quelques scènes improbables comme celle du 4x4 muni d’une remorque chargée elle-même d’une embarcation qui réussit à faire demi-tour au sein même d’une attraction, en l’occurrence celle du train fantôme, sans tout détruire sur son passage. Du grand art ! Et après ça, des esprits chagrins viendront encore nous dire que les femmes au volant sont source de danger.... En tout cas, Norman J. Warren aura tout fait pour nous prouver le contraire. Mais je m’égare... enfin la construction de l’intrigue m’a amené à m’égarer car avec une entame pareille, il faut s’accrocher pour s’intéresser à ce qui suit. Entre la musique horripilante, les situations improbables et les acteurs limites, affirmer que le réalisateur ne met pas toutes les chances de son côté revêt de l’euphémisme. On assiste à un sabordage en bonne et due forme dont le film ne se relève jamais vraiment.
Passée la fuite en 4x4, nos six jeunes gens se retrouvent à naviguer sans but précis, sans doute pour donner un tour plus romantique à leur virée, et permettre à l’intrigue de démarrer enfin. C’est qu’avec toutes ces péripéties adolescentes, on en oublierait presque que nous sommes face à un film d’horreur. Pourtant, peu échaudé par le bon quart d’heure de perdu, Norman J. Warren ne passe pas tout de suite aux choses sérieuses. Il laisse le temps aux personnages de prendre leurs aises dans cet hôtel d’un autre âge, tout en prenant bien soin de distiller de-ci de-là quelques éléments étranges comme ces objets dotés d’une vie propre ou le spectre de cette femme se reflétant dans le miroir. A ce moment là, Réveillon sanglant prend des allures de film de maison hantée, dont la localisation et le prologue situé dans le passé n’est pas sans évoquer Shining. Sauf qu’ici, point de folie meurtrière ou de visions traumatisantes à l’horizon, juste un climat bon enfant dont on se demande jusqu’à quand il va durer. Et puis au détour d’un débat télévisé datant du 31 décembre 1959 auquel les six compères ne prêtent pas attention, l’élément science fictionnel se met en place, nous mettant la puce à l’oreille quant à la raison de cet hôtel hors du temps. L’ennui, c’est que le réalisateur ne fait pas grand-chose de cet élément, ce dernier se retrouvant totalement phagocyté par l’apparition de spectres et autres zombies. Dommage car cela aurait pu faire de cette île une sorte de nouveau triangle des Bermudes, ou en tout cas apporter à l’endroit une autre dimension qu’un simple décor anachronique. En fait, le film souffre d’un trop plein d’éléments disparates qui, mal reliés entre eux, aboutissent à un beau bordel. Entre les spectres, les morts-vivants, la nature hostile et les objets qui se retournent contre les naufragés, était-il bien utile d’invoquer à nouveau les trois tourmenteurs du début ? Certes, comme je l’ai déjà mentionné par ailleurs, cela offre la possibilité à Norman J. Warren de nous gratifier de menues scènes gores, quoique de ce point de vue là, je soupçonne la copie du DVD sorti chez Neo publishing de comporter quelques coupes. Nonobstant ce détail, il faut bien avouer que leur apparition aussi inopinée qu’improbable (à moins d’imaginer qu’ils aient surveillés les jeunes gens à l’aide de jumelles pour savoir où ils allaient s’échouer) sonne comme un constat d’échec pour un réalisateur qui a eu les yeux plus gros que le ventre. A trop vouloir brasser les genres, il n’a abouti qu’à une sorte de maelström de séquences sans queue ni tête, plus souvent risibles qu’effrayantes. La faute en partie à des acteurs mal dirigés (lorsque l’un des leurs affronte un danger, ils sont particulièrement peu réactifs) et à des choix de maquillages pas très heureux (sacrée trouvaille que ce fond de teint argenté arboré par Lesley dans sa phase mort-vivant).



Quelque soit le bout par lequel on prend ce Réveillon sanglant, l’échec de l’entreprise est patent. Malgré tout, on sent là derrière une volonté d’aller au-delà des modes du moment en ne pondant pas un slasher de plus. Mais à force de chercher à ne ressembler à personne, Réveillon sanglant finit surtout par ne ressembler à rien.

Bénédict Arellano

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