critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Star Wars episode III : Revenge of the Sith. 1999.
Origine : Etats-Unis
Genre : Space opera
Réalisation : George Lucas
Avec : Ewan McGregor, Natalie Portman, Hayden Christensen, Samuel L. Jackson...




Il n’y a pas si longtemps, dans une galaxie pas si lointaine... Star Wars faisait encore rêver. C’était il y a une petite dizaine d’années, avant que la sortie de La Menace fantôme ne fasse l’effet d’une douche froide. Même les retouches et les rajouts numériques de l’édition spéciale en 1997 n’avaient suffi à entamer le crédit d’une saga aux personnages éternels. Pourtant, les prémices de l’échec à venir y étaient déjà contenues. Sous couvert d’offrir au public la trilogie originale en haute définition, George Lucas entame en réalité une sorte de révision numérique qui atteint son apogée à la sortie de L’Attaque des clones en 2002. A cette occasion, il se fend d’une énième nouvelle édition de la trilogie qui l’a rendu célèbre afin d’inclure à la fin du Retour du Jedi l’acteur Hayden Christensen en lieu et place de Sebastian Shaw, l’incarnation originelle de Anakin Skywalker. Et là, tout devient clair. Devant la lourde tâche qui l’attendait, George Lucas a rendu les armes, délaissant tout souci de cohérence entre les deux trilogies. Ou tout du moins, plutôt que d’adapter la nouvelle trilogie à l’ancienne, il a fait en sorte que l’ancienne colle avec la nouvelle, avec ce que cela présuppose de manipulations numériques en tous genres. Se faisant, il affiche un mépris du public assez flagrant en ne nous considérant que comme des vaches à lait. Éternel insatisfait et seul maître à bord, il s’autorise tout et même si cela doit nuire à la logique interne de sa saga. Et nous, pauvres pommes que nous sommes, nous le suivons encore dans ses errances technologiques avec le fol espoir que ce troisième épisode soit enfin à la hauteur du personnage qu’il est censé introduire : Dark Vador.

La guerre des clones bat son plein. Les séparatistes, toujours menés par le félon comte Dooku, ont frappé un grand coup en réussissant à kidnapper le Chancelier Suprême Palpatine. Pour éviter que les séparatistes ne l’emportent, Palpatine doit être libéré à tout prix. Le Général Obi Wan Kenobi et son jeune padawan Anakin Skywalker se lancent donc à l’assaut du vaisseau du comte Dooku pour le sauver.



Comme l’annonce si bien le texte d’ouverture, c’est la guerre ! Mais de cette guerre, nous n’en verrons que des escarmouches. L’essentiel des âpres combats opposant les soldats de la République à ceux des Séparatistes ne sont visibles que dans la série animée Clone Wars. George Lucas développe ici un concept inédit au cinéma, combler les vides de sa narration via un autre format. Bien sûr, nous ne sommes pas obligés d’avoir vu le dessin animé pour appréhender cet épisode 3 dont la réalisation s’est faite en marge de celle de la série. Tout au plus a-t-elle permis à quelques personnages du film à la présence trop sporadique (le Général Grievous, notamment) d’être davantage étoffés. Elle offre aussi la possibilité de découvrir enfin les chevaliers Jedi dans le feu de l’action, véritables stratèges militaires entièrement voués au rétablissement de la démocratie. Nous sommes loin du conseil de vieux sages que George Lucas se borne la plupart du temps à nous montrer alors que les Jedi ont joué un rôle primordial dans le conflit qui nous occupe. La bataille qui clôt L’Attaque des clones ne constitue en fait qu’une mise en bouche malhabile et sans suite à la guerre qui s’annonce. George Lucas se désintéresse de la caste des Jedi, hormis ses figures tutélaires, et ne cherche jamais à les mettre en valeur, contrairement à ses clones en images de synthèse. Il en résulte un décalage entre leur aura de grande puissance et la manière dont cela se traduit à l’image. A l’écran, nous voyons des Jedi se faire tuer aussi facilement qu’un vulgaire clone sans que l’on puisse ressentir lors de leur mort, qu’à travers eux, c’est un peu de cette République millénaire qui disparaît.
Ce traitement désinvolte se poursuit avec La Revanche des Sith, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de relater leur quasi extinction. Ainsi, la fameuse séquence dite de "L’ordre 66" lors de laquelle trépasse l’essentiel des chevaliers Jedi manque d’ampleur et de dramatisation. George Lucas l’expédie en une succession de courtes scènes à l’impact émotionnel quasi nul. Il montre soudain une farouche volonté d’écourter les événements au profit de la seule chose qui lui importe vraiment, et sur laquelle il a axé l’essentiel de la promotion du film, l’avènement de Dark Vador. Or, là où le bât blesse, c’est que l’avènement de Dark Vador devait en théorie passer par la destruction des Jedi de sa main, et donc les deux événements aller de paire. Je dis en théorie car je me base toujours sur les propos de Obi Wan dans La Guerre des étoilesIl [Dark Vador] a traqué et assassiné les chevaliers Jedi pour le compte de l’Empereur. »), et que depuis, il ne serait pas impossible que George Lucas ait modifié les dialogues pour aller dans le sens de sa prélogie. J’exagère sciemment mais il n’en reste pas moins que le réalisateur a purement et simplement occulté ce détail. Oh bien sûr, George Lucas nous montre bien le jeune Vador massacrer les padawan dans le temple des Jedi. Cependant, nous sommes loin de la traque évoquée et surtout, cette scène ne nous aide en rien à appréhender la puissance grandissante du jeune homme. J’aurais pu arguer que c’était à cause de la faiblesse de l’opposition et de son manque d’expérience du combat. Mais en réalité, c’est principalement dû au fait que George Lucas ne va pas au bout de ses intentions et préfère se cacher derrière une peu courageuse ellipse plutôt que de donner corps à ce qui aurait pu être la scène la plus dure de toute la saga. Il craque au moment le plus inopportun, celui du passage effectif de Anakin du côté obscur de la Force. Et même si par la suite, George Lucas revient sur ce massacre, il le fait à chaque fois de manière indirecte (un padawan est abattu devant Bail Organa par des clones ; Obi Wan et Yoda découvrent le drame grâce aux enregistrements vidéo). On le sent partagé entre son obligation d’orienter le personnage de Anakin vers la figure maléfique qu’il est appelé à devenir, et son envie de lui trouver des excuses afin de ne pas le rendre détestable. Il en résulte un compromis bancal qui ne parvient qu’à écorner le prestige de Dark Vador lui-même.
A force de tergiversations et de circonvolutions dans le déroulement de l’intrigue, George Lucas s’est retrouvé face à une somme colossale de questions auxquelles il lui a fallu répondre en l’espace d’un seul film. Ce qui ne va pas sans quelques désagréments. Hormis Obi Wan Kenobi, Palpatine et à un degré moindre maître Yoda, tous les personnages du film se retrouvent sacrifiés au profit du seul Anakin Skywalker et de sa destinée. La pauvre Padmé est la première à en souffrir. Toutes les scènes qui développaient son déchirement entre son amour pour Anakin et sa conscience politique qui la pousse à intégrer un groupe de sénateurs dissidents opposés à la toute puissance du Chancelier Suprême, ont été coupées en salle de montage. De l’aveu même du cinéaste, ce choix découle d’une longue réflexion visant à se consacrer exclusivement sur les tourments de Anakin. Si dans l’absolu, on peut comprendre l’orientation voulue par le réalisateur (après tout, il est normal que Anakin ait ses faveurs), cette décision s’avère finalement plus préjudiciable que profitable au film. A force de ne pas faire exister le personnage de Anakin à travers les yeux des autres personnages, le final, qui se veut digne d’une tragédie grecque, en perd toute force. Il nous est ainsi impossible de nous émouvoir devant Padmé prenant conscience du mal que vient de faire son mari, notamment parce que au fil des épisodes, son personnage est devenu insignifiant. La femme forte de La Menace fantôme s’est peu à peu muée en amoureuse fleur bleue pour finir en femme éplorée, juste bonne à attendre son mari à la maison. Triste destin.
Padmé n’est pas le seul personnage traité par le mépris. Il en va de même du duo C3PO – R2 D2, imposé en dépit du bon sens par George Lucas et qui semble subitement le gêner aux entournures. Pour le premier, cela se traduit par cette réplique en forme d’aveu : « J’ai l’impression de ne servir à rien ! ». Quant au second, son cas est plus complexe. George Lucas apprécie ce droïde ou, tout du moins, sait que le public l’adore. Il lui réserve donc une séquence rien qu’à lui en tout début de film lors de laquelle R2 D2, non content de nous exposer ses nombreux gadgets, concentre les seuls gags que George Lucas s’est autorisé à filmer. Par la suite, nous ne le verrons plus ou si peu jusqu’à la conclusion censée faire le lien entre les deux trilogies. Un lien des plus hasardeux puisqu’il passe par cette grande astuce scénaristique de l’effacement de mémoire. Rappelez-vous, j’avais déjà évoqué cette possibilité lors du premier épisode, précisant que ce qui pouvait se concevoir pour des machines l’était moins pour des humains. Mais à force de totalement déshumaniser l’univers Star Wars, George Lucas a sans doute fait l’amalgame. Et c’est de cette déshumanisation que découle l’impossibilité de réunifier les deux trilogies sans que cela fasse rafistolage. Pendant trois films, nous n’avons quasiment vu que des personnages en images de synthèse ou au faciès monstrueux. Et puis lorsque Anakin se réveille dans l’armure du Dark Vador que nous connaissons, il ne croise comme par enchantement que des hommes en uniformes, identiques à ceux qui peuplaient l’Etoile Noire et les vaisseaux de l’Empire. Dans le contexte du film, cette transition est aussi soudaine qu’incongrue. Quoique ceci n’est rien comparé au sort réservé à Dark Vador dont la renaissance sous sa sombre armure évoque le réveil de la créature de Frankenstein. Le ridicule en sus. Plus que jamais, Anakin apparaît comme un enfant irréfléchi et influençable, ralliant la cause de Palpatine sous couvert d’un rêve prémonitoire. Mais le plus gênant dans l’affaire, c’est qu’il puisse encore prêter allégeance à l’Empereur alors que c’est à cause de lui qu’il a tout perdu. Il n’est plus seulement irréfléchi et influençable mais aussi incroyablement stupide. On ne devrait jamais connaître les origines d’un mythe...



Il n’y a pas eu de miracle, George Lucas n’a pas su se dépêtrer des nombreux fils qu’il avait à démêler à l’occasion de cet épisode 3. Il laisse trop de questions en suspend et se montre trop hâtif au moment de conclure. Visuellement, La Revanche des Sith épouse les traces de ses prédécesseurs. Le tout numérique atteint ici ses limites, essentiellement lors du combat opposant Anakin à Obi Wan sur un magma de lave en fusion. L’interaction acteurs/effets numériques est ici du plus mauvais effet, à peine digne d’un jeu vidéo des années 80. C’est d’autant plus dommageable que cela détourne l’attention de l’une des scènes clés du film, le duel à mort entre deux frères d’armes. D’ailleurs, nous avons là une constante de cette nouvelle trilogie, à savoir des scènes d’action peu enthousiasmantes malgré les innombrables possibilités qu’offrent les logiciels à l’heure actuelle. George Lucas ne parvient plus à nous immerger dans son univers, soit à cause d’à-côtés comiques du plus mauvais effet ou plus sûrement du fait de personnages trop peu attachants et mal caractérisés. Et si par le passé il eu le mérite de nous faire rêver, aujourd’hui, il achève de nous ouvrir les yeux sur une époque plus attirée par l’argent à gagner que par l’aspect artistique.

Bénédict Arellano

Voir aussi :





Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.