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Return to Horror High. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Bill Froehlich
Avec : Brendan Hughes, Lori Lethin, Alex Rocco, Richard Brestoff...




Pas très facile de livrer un énième slasher alors que cette mode, sévissant depuis presque une décennie, commençait à donner des signes de faiblesses commerciales. Dans ces conditions, et comme beaucoup d'autres genres à petit budget avant eux, les slashers s'orientèrent vers l'humour, et notamment vers l'auto-parodie. Une démarche il est vrai facilitée par l'aspect simpliste de ce genre de film, se limitant généralement à une série de meurtres commis par un tueur peu délicat sur des jeunes en manque d'intellect. Rien de plus con que ces histoires qui devinrent des stéréotypes faciles pour tous les médisants du cinéma horrifique. Il faut dire que si ces jeux de massacre symbolisèrent tout un pan consternant du genre, c'est aussi à leur abondance qu'ils le doivent : demandant peu de moyens, peu de reflexion, peu de talent artistique, n'importe qui disposant d'un minimum de budget pouvait livrer sa propre version, ce que beaucoup de boîtes fauchées ne tardèrent pas à faire. Dès lors, l'auto-parodie était la solution facile pour d'une part masquer les défauts d'un film en les amplifiant volontairement, et d'autre part pour présenter tout de même un cota de seins et de sang nécessaire pour continuer à attirer le badaud. Et ça, Bill Froehlich, qui dès l'année suivante allait intégrer l'équipe de production de la série Les Cauchemars de Freddy, l'a bien compris. Place donc à un slasher se riant de lui-même, et pas en finesse !

1982. Le lycée de Crippen est le théâtre d'une série de meurtres sanglants dont l'auteur ne sera pas retrouvé. Trois mois plus tard, alors que l'établissement a été fermé, une équipe de cinéma part tourner un film d'horreur à très petit budget sur les lieux maudits. Cette histoire se terminera mal, puis Return to Horror High est en fait un long flash-back consécutif à une introduction dans laquelle le seul survivant de l'équipe de tournage raconte ses déboires à la police.

Comme il était facile de le deviner vu la faculté qu'ont les slasher a traîner en longueur, les meurtres en eux-mêmes mettent quelque temps avant de constituer le coeur du récit. Quelques promeneurs isolés (dont un tout jeune George Clooney, première victime au bout de dix minutes) se font de temps à autres avoir par un tueur bien planqué en hors-cadre. Personne ne s'inquiète de leur disparition, et il n'en faut pas plus que le film se concentre avant tout sur son aspect comique, sur la caricature de slasher qui est en train d'être tournée par les personnages. A la décharge de Froehlich, notons que Return to Horror High ne fait aucune référence directe à d'autres slashers et qu'il se contente de rire du genre dans sa globalité, ne rechignant pas à s'inscrire lui-même dedans par le biais d'une vague mise en abîme vers la fin du film, lorsque les personnages ne savent plus si ils se trouvent dans la réalité ou dans un film d'horreur. Un procédé tordu pas toujours très cohérent, puisque de reguliers intermèdes revenant au temps présent viendront entrecouper ce flash-back, qui lui même se réfère parfois à un temps antérieur, aux meurtres censés être retracés par le film que tournent les personnages. Une narration pour le moins bordélique qui culminera dans un final sans queue ni tête dans lequel les différentes époques évoquées se rejoindront.



Mais ceci n'est qu'un détail de l'ensemble, qui se concentre donc en premier lieu sur la satire de ce petit monde du cinéma d'horreur sans budget et sur les personnalités qui le font vivre. C'est ici que Froehlich (également scénariste) verse plein pot dans la caricature. Nous avons donc un réalisateur tentant de tourner un film d'horreur psychologique axé sur la réaction de personnes placées face à leur propre mort. Une vision d'auteur au sujet de laquelle le réalisateur n'a que peu d'illusions, envahi qu'il est par un producteur baratineur, cherchant avant tout à livrer un film qui pourra se vendre au public, et qui doit donc comporter des filles nues en pagaille et du sang en cascade. Menteur, manipulateur, ce producteur s'attire les foudres de tout le monde malgré son discours de façade très rassembleur. L'actrice principale fait la gueule depuis qu'il lui a intimé l'ordre de retirer son soutien-gorge dans la scène de viol, les techniciens déplorent le manque d'égards portés à leur travail et les figurants s'en foutent, eux qui ont été recrutés n'importe comment, tel que le véritable concierge du lycée (qui projette de se reconvertir dans le porno), le véritable proviseur (qui ne s'est pas remis du drame), et l'un des véritables flics ayant découvert les cadavres (ce sera d'ailleurs le héros du film de Froehling, celui qui tombera l'actrice principale). Tout ce petit monde se contente donc de s'engueuler, de tourner des scènes complétement nulles, avec micro dans le champs (à moins que ça ne soit involontaire de la part de Froehlich ?), avec filles nues et avec des baquets de sang lancés à la figure des acteurs. Les gags sont convenus, et comprennent également l'indispensable scène de-la-fille-qui-a-peur-de-l'effet-spécial-pas-prévu.

Lorsque les personnages principaux s'aperçevront enfin que de véritables meurtres ont été commis (par un vague parent du tueur de Scream), il sera un peu tard pour dynamiser le tout, malgré les efforts de Froehlich pour brouiller les piste à l'aide de sa mise en abîme. Et tout compte fait, on se rendra compte que la volonté de faire un film auto-parodique n'est qu'une excuse plutôt grossière pour justifier la médiocrité de ce slasher ne devant sa relative célébrité qu'aux dix minutes de présence de George Clooney.

Loïc Blavier

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