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Dead and buried. 1981.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Gary Sherman
Avec : James Farentino, Melody Anderson, Jack Albertson, Dennis Redfield...




Dan Gillis, le shérif de la petite ville de Potters Bluff sise au bord de l’océan, ne comprend plus rien à ce qui se passe dans sa localité. Coup sur coup, il retrouve un homme brûlé au troisième degré qui n’a survécu que par miracle à l’incendie de sa voiture et un vieil homme atrocement mutilé sur la jetée. Plus étrange encore, après que ledit survivant ait été retrouvé mort dans sa chambre d’hôpital, le gérant de l'hôtel du coin jure au shérif l’avoir revu en bonne santé en tant que pompiste à la station service. Dan Gillis ne sait plus trop quoi penser, tout s’obscurcit dans son esprit au point de ne même plus avoir confiance en sa propre épouse. Mais que se passe t-il donc à Potters Bluff ?

Voilà une question bien légitime qui, première scène du film à l’appui, en appelle une seconde : Mais à quoi s’amuse donc Gary Sherman ? Lorsque le film débute, on se demande vraiment où nous sommes tombés : Un homme s’arrête au bord de la plage, longe le rivage, tout en prenant quelques photos lorsque apparaît devant son objectif une jeune femme qui entame immédiatement la conversation. Une conversation composée de banalités à rendre jaloux le pire des soap-operas et à faire blêmir le spectateur qui pensait regarder un film fantastique. A cela s’ajoute une photographie grise et sans nuance à faire passer l’image du dvd pour celle d’une vieille vidéocassette usagée. Et au moment où le photographe pense avoir tiré le gros lot, et nous avoir choisi le mauvais film, un groupe d’individus munis d’appareils photos et d’armes blanches en tout genre apparaît et le rudoie avec beaucoup de sadisme. Ouf, voilà qui est rassurant ! Enfin, je me comprends…
A partir de là, notre imagination peut vagabonder bon train. Quel terrible secret cachent les habitants de Potters Bluff pour tuer avec autant d’acharnement les gens de passage ? Tout le monde serait-il de mèche ? Tout Réincarnations repose sur le mystère né de cette scène d’ouverture. Malheureusement, en débutant son film ainsi, Gary Sherman se prive d’un temps d’exposition qui aurait été bien pratique pour dépeindre la cité dans toute sa tranquillité avant d’en orchestrer méticuleusement sa folie. Le mystère entourant Potters Bluff aurait gagné à se faire plus diffus plutôt que de nous éclater à la figure dés les premières images. Et comme si cela ne suffisait pas, le réalisateur utilise la partition musicale pour surligner ce qui cloche comme cette aimable serveuse d’une cafétéria dont l’apparition est ponctuée d’une note stridente, nous signifiant que nous l’avons déjà vu quelque part mais dépourvue de cet avenant sourire. Dés lors, il ne nous reste plus qu’à suivre l’enquête du shérif sur lequel nous avons toujours un coup d’avance à l’exception du dénouement, si tant est que nous ne nous soyons pas faits violence au cours du film pour en percer le mystère avant terme.



A ce propos, le choix du titre français, plus encore que l’original -Dead and buried-, nous aiguille sur le fond de l’affaire. Si le titre original laisse à penser que nous nous trouvons en présence d’un énième film de morts-vivants, le titre français place davantage le film de Gary Sherman dans la lignée de L’Invasion des profanateurs de sépultures, ce classique de la science-fiction réalisé dans les années 50 par Don Siegel. C’est encore plus prégnant lorsque réapparaît le photographe du début alors que quelques minutes auparavant, nous venions d’assister à son décès. A l’aune de cette « résurrection », on en vient à soupçonner la majorité des habitants de Potters Bluff de n’être que des duplicatas. Et le fait que l’histoire s’ancre dans une localité isolée et que le héros paraisse bien esseulé dans sa quête de la vérité entérinent un peu plus encore cette filiation. Or, au fur et à mesure de son déroulement, Réincarnations trahit d’autres influences. Il y a encore et toujours un peu du baron de Frankenstein dans cet entrepreneur des pompes funèbres de la ville -Dobbs- qui se fend de rendre les cadavres qui passent entre ses mains plus beaux qu’ils ne l’étaient de leur vivant. Il a son travail en très haute estime, se décrivant comme un artiste dont l’œuvre permet aux membres de la famille du défunt d’en conserver une belle image. Pour lui, plus un visage est défiguré mieux c’est car son travail n’en sera que plus difficile et le résultat final plus à même de susciter l’admiration, bien que ses auto-congratulations lui suffisent amplement. Un décalage se créé alors entre Dobbs qui se complaît avec les morts et le shérif qui s’échine à éviter qu’il y en est davantage, un décalage qui est source de frictions multiples entre deux hommes aux conceptions diamétralement opposées. Et puis, dans l’évocation du vaudou et la révélation finale, il y a un peu de L’Invasion des morts-vivants dans Réincarnations, où l’on retrouve cette même idée de l’homme exploité par l’homme au-delà de la mort.
Engoncé dans toutes ces influences, le film de Gary Sherman peine à se forger sa propre identité. De plus, le réalisateur ne fait pas montre d’une grande maîtrise stylistique et, hormis l’attaque du photographe d’une grande brutalité, échoue à donner une dimension aussi terrifiante qu’inéluctable aux assauts des villageois. A son crédit néanmoins, une petite touche d’humour noir (la mention « A new way of life » figure en dessous du nom de la ville sur le panneau indicateur) qui, lorsqu’on connaît le pot aux roses, prend tout son sel. Il y avait peut-être là une piste à creuser car en l’état, Réincarnations est un film aussi morne que les personnages qui le peuplent. Et la conclusion donne l’impression que Gary Sherman hésitait quant à la direction à donner à son film tant et si bien que nous sommes en présence d’une fin à tiroir. Si en un sens, le dernier plan du film donne une logique à tout ce qui précède, notamment dans la froideur des rapports humains et y compris au sein du couple Gillis, celui-ci rend caduque la tentative de Gary Sherman effectuée en amont pour distiller une once d’émotion et de vitalité à son histoire. Alors qu’il aurait pu conclure son film sur une belle note de poésie macabre, il a fait le choix d’un ultime retournement de situation qui enterre définitivement tout espoir d’apprécier son film.



Coauteurs du scénario de Réincarnations, les joyeux duettistes Ronald Shussett et Dan O’Bannon n’ont pas su cette fois-ci retrouver l’efficacité de leur coup de maître précédent, Alien. Il faut dire aussi que Gary Sherman est loin d’avoir la maestria d’un Ridley Scott et qu’il ne peut guère compter sur la présence d’un personnage et de péripéties suffisamment forts pour capter notre attention. Finalement, le seul à véritablement tirer son épingle de ce jeu bien faible reste Stan Winston, le responsable des effets spéciaux, qui peut ici s’en donner à cœur joie dans les diverses lacérations, brûlures et autres têtes écrasées ainsi que la reconstitution complète d’un visage humain étape par étape. Loin d’en être à son coup d’essai, le bonhomme exerce depuis le début des années 70, il ne possède pas encore ce statut de star dans son domaine que lui octroiera son travail pour Terminator en 1984 mais celui d’un artisan solide à même d’apporter une plus-value aux films les plus médiocres. Catégorie à laquelle Réincarnations fait malheureusement partie.

Bénédict Arellano

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