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Red Eye. 2005.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller
Réalisation : Wes Craven
Avec : Rachel McAdams, Cillian Murphy, Brian Cox, Jayma Mays...




Après sa difficile expérience sur Cursed, Wes Craven décompresse en quittant le genre horrifique pour aller faire ce petit thriller clairement ciblé post-11 septembre, avec un terroriste dans un avion et avec un immeuble à exploser. Mais point d'islamistes ni de crash, ici : le film s'interesse à Jackson Rippner (Cillian Murphy), un jeune terroriste qui après avoir flirté avec Lisa, sa voisine de siège dans l'avion, l'informe qu'elle doit absolument appeler l'hôtel côtier où elle travaille pour qu'un homme politique devant dormir là le soir même, soit déplacé dans une autre chambre, censée être réduite en cendres à coup de bazooka depuis un bateau de pêche. Si elle refuse, son père, actuellement surveillé par un émissaire de Jackson, mourra...



Dieu que c'est con ! Oui, le but de toute l'intrigue se résume en fait à passer un coup de téléphone. Pourtant, Craven entame bien son film : passé le générique, il prend l'apparence d'une comédie romantique avec deux acteurs jeunes et propres sur eux (Craven ayant choisi d'éjecter Sean Penn et sa femme Robin Wright-Penn, initialement prévus). Puis vient la scène où Jackson en vient aux menaces, assez subtilement, et c'est à peu près le seul moment dans lequel Cillian Murphy ne s'en sort pas trop mal, parvenant à surprendre avec le décalage entre son physique de jeune premier et la nature de son personnage. Un point positif rendu ceci dit obsolète par la connaissance préalable de l'intrigue de la part du spectateur, et qui en plus ne se prolonge pas, le film plongeant ensuite corps et âme dans la banalité et dans des éléments scénaristiques douteux faisant irrémédiablement de Red Eye un thriller tout juste digne des DVD bas de gamme disponibles dans les bacs à soldes. Craven va nous sortir tout un tas de rebondissements foireux du style "panne de téléphone", ou "infructueuse tentative de prévenir discrètement les hôtesses ou les autres passagers" pour pimenter son intrigue et surtout entretenir son suspense. Mais bien entendu, tout ça est tellement gros et tellement téléphoné que rien ne marche. Même si la mise en scène se révèle efficace (Craven jouant la carte de la claustrophobie dans l'espace réduit que constitue deux sièges d'avion côte à côte), elle ne sert à rien, puisqu'il n'y a strictement aucun intérêt au spectacle proposé. On ne sait même pas qui est l'homme politique dont la vie est en jeu, on sait juste que la maison du paternel de l'héroïne est surveillée et que sans le coup de fil à l'hôtel, il sera assassiné. Bien sûr, de nombreuses fois dans le film on se demandera pourquoi l'héroïne fait telle ou telle chose et pourquoi elle ne fait pas telle autre, mais Craven ne semble pas se soucier du réalisme, croyant à tort livrer un suspense prenant. En réalité, le constat est tragique : on s'emmerde. Ce qui est quand même bien triste pour un film d'à peine une heure vingt (et encore, en incluant le générique de fin : c'est dire si l'intrigue n'avait rien à proposer) qui une fois sorti de l'avion dans la dernière partie verse dans le n'importe quoi. Sans trop en dire, disons que Craven se parodie lui-même en évoquant Scream ou même Les Griffes de la Nuit : l'héroïne est poursuivie dans sa maison par le terroriste, devenu à ce stade un tueur à gages classique. Une poursuite de slasher incluant une partie de cache-cache, des meubles lancés à la gueule du méchant et même une héroïne devenue combattive après avoir été pleurnicheuse pendant une bonne partie du film. Et puis tout se termine consensuellement avec une touche comique d'une platitude trop commune.



Craven livre là un film inspide, sitôt vu sitôt oublié, avec des acteurs peu inspirés, avec un pitch prometteur gâché par un scénario sans idées et par des incohérences grossières. Ce n'est pas avec ça qu'il redorera son blason, terni par une dizaine d'années de films qui au mieux sont de qualités moyennes, mais qui plus souvent sont tout simplement mauvais. Comme Red Eye.

Loïc Blavier

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