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Bad man's river. 1971.
Origine : Espagne / Italie / France
Genre : Western
Réalisation : Eugenio Martín
Avec : Lee Van Cleef, Gina Lollobrigida, James Mason, Gianni Garko...




Avec ses trois comparses, Roy King (Lee Van Cleef) vient de réaliser un casse de grande envergure. Largement de quoi leur garantir un avenir serein. Les membres du gang se séparent donc en bons termes et chacun s'en va pour fonder une famille. Pour sa part, Roy fait par hasard la connaissance d'Alicia (Gina Lollobrigida), une belle veuve arrivée par mégarde dans son wagon personnel. Il finit par l'épouser. Mais en se laissant passer la corde au cou, il se fait passer aussi la camisole de force : la veuve le fait passer pour fou et le fait enfermer. Quelques mois plus tard, Roy parvient à s'évader de l'asile et reforme son gang avec les trois mêmes acolytes, qui ne supportaient plus la quiétude de leurs vies. Pour leur retour au banditisme, ils se font mercenaires et se voient chargés de faire exploser l'église d'une mission évangéliste servant d'arsenal à l'armée officielle mexicaine. 10 000 dollars sont à la clef. Leur employeur est un certain Montero, un révolutionnaire infiltré dans l'administration mexicaine. Et la femme de Montero est Alicia, l'ex de Roy... La mission est effectuée, mais les Montero tentent de les doubler en les laissant à quai là où son bateau était censé venir les chercher. Pas né de la dernière pluie, Roy avait prévu le coup en soudoyant un membre d'équipage. A bord, Alicia lui propose un nouveau coup, cette fois avec un million de dollars. Pour obtenir le magot, Roy, ses hommes et les Montero devront marcher sur des œufs entre les révolutionnaires et l'armée officielle.



Si l'on s'attarde sur son financement, ce petit western d'Eugenio Martín est davantage paella que spaghetti. Ceci dit, à force d'accueillir et d'aider les italiens à produire leurs films, les espagnols se sont imprégnés de leur style, et il assez ardu de trouver une quelconque différence entre les wespern spaghetti et les western paella. Les Quatre mercenaires d'El Paso s'inscrit dans la première vague des westerns comiques popularisée par On l'appelle Trinita, pas encore assez lourde pour être indigeste et suffisamment facétieuse pour ne pas avoir la même solennité qu'un Leone. Ayant l'avantage de s'adapter à tous les rôles, Lee Van Cleef et Gianni Garko se trouvent donc logiquement en haut de l'affiche, même si le second est séparé du premier par deux autres acteurs relativement plus novices dans le western mais dont les noms sont plus aptes à se vendre à l'internationale : l'italienne Gina Lollobrigida (dont la carrière commence à décliner après quelques films cotés) et l'anglais James Mason (même chose avec un passif encore plus glorieux). Qu'on ne s'y trompe pas non plus : malgré la présence de révolutionnaires mexicains au sein de son intrigue, le film est à mille lieu des westerns politiques revendicatifs façon Corbucci, Sollima ou Solinas. Si côté politique il y a, celui ci se limite à une satire pas follement drôle des deux camps antagonistes, avec d'un côté des révolutionnaires débiles (leur chef ne parvient pas à lire un plan) et de l'autre des militaires guindés incompétents (obligés d'avoir recours aux services de bandidos crasseux). Il n'y a du reste aucune analyse de la société mexicaine, pas plus qu'il n'y a de projets politiques chez les révolutionnaires. C'est que Eugenio Martín adopte intégralement le point de vue de ceux qui se trouvent au milieu de cette lutte et dont la perspective est purement opportuniste. Cela couvre le gang formé par Roy King et ses trois amis, qui aurait aussi bien pu être réduit de deux membres, ceux que le réalisateur et scénariste réduit au rang de bras armés quasi-muets. Garko a droit un un peu plus d'égards et se pose en lieutenant d'un Van Cleef qui comme souvent joue les blasés cyniques. Cette attitude ne permet pas vraiment à l'acteur de s'illustrer, mais elle est en tout cas adaptée au personnage, entraîné comme un novice pendant tout le film dans les plans foireux d'une Gina Lollobrigida manipulatrice dont le rôle d'Alicia est en fait le moteur du film, que ce soit au niveau de l'action ou de l'humour. La gueule enfarinée, pleine d'une fausse candeur qui ne trompe personne, Alicia mène son monde à la baguette, que ce soit Roy ou son mari Francisco Montero (James Mason). Tout le monde sait très bien qu'elle est attirée par l'argent et seulement l'argent, mais pourtant, les deux hommes restent en sa compagnie, autant attirés par les charmes de la femme que par la perspective de l'argent qu'elle leur promet. Ils ne valent pas mieux qu'Alicia, mais ils sont plus bêtes... aux deux sens du terme. Maline, Alicia sait que son rendre-dedans ne laissera pas les hommes insensibles, et elle en abuse pour les plier à sa volonté et pour se sortir de mauvaises passes, quitte à passer pour une traîtresse. Elle ne se soucie d'ailleurs pas de ce que les hommes peuvent penser d'elle. Pour elle, la gent masculine est en fait une réserve de serviteurs potentiels. Ainsi s'affiche-t-elle ouvertement comme polygame... Du moment où un homme lui est utile, il peut rester à ses côtés. Et Roy et Montero de rester sagement dans son sillage, un peu honteux, risquant leur vie pour cette femme fatale du far west et ayant conscience de leur erreur. L'autre femme du film, une servante elle aussi entre deux eaux, agit selon le même procédé, se livrant brièvement à une lutte d'influence avec Alicia. Martín démythifie les figures imposées du western avec humour, ce qui est assurément le point fort des Quatre mercenaires d'El Paso. Il n'est pas ici question de prendre partie dans une guerre des sexes : le réalisateur ne fait que ressortir les défauts de chacun sans chercher à rendre qui que soit antipathique ou sympathique. La légèreté de sa démarche est assurée par une habile gestion des scènes d'action, encore plus porteuses de sens que les rares scènes de dialogues dans lesquelles Alicia cherche avant tout à se faire passer pour une dame tandis que les hommes tentent de dissimuler leur aveuglement. Ainsi les manœuvres d'Alicia et la soumission des hommes se font elles criantes aux moments les plus tendus du film, par exemple lorsque Roy et Montero sont arrêtés par les révolutionnaires, ou encore lorsque le moment est venu de récupérer le million de dollars. Chaque rebondissement dans l'intrigue est agrémenté d'un retournement de veste chez Alicia, ce qui permet d'éviter de lourdes scènes de dialogues inappropriées entre deux scènes d'action. Martín ne réalise pas un film de dialoguiste, c'est à la fois ce qui le rend agréable et qui le limite à ne jamais s'élever au niveau des meilleurs westerns comiques (les dialogues comiques étant généralement une arme à double tranchant). Et du coup, il peut en profiter pour truffer son film de scènes d'action jusqu'à saturation, filmées sans relief particulier mais reposant sur l'humour. A force d'illustrer la situation délicate de ses personnages principaux, le réalisateur finit tout de même par devenir confus au niveau de la cohérence générale de son scénario. Ce qui est également illustré par une bande originale à laquelle contribuèrent pas moins de quatre compositeurs, avec pour résultat un manque tangible d'homogénéité. On y retrouve ainsi des chansons pop rock autant que des musiques dignes des westerns américains à l'ancienne ou même de certains cartoons. Ces défauts ne sauraient remettre en cause le bilan globalement positif des Quatre mercenaires d'El Paso, film dont la modestie contribue à faire oublier les défauts (à l'inverse par exemple de bien des "spaghetti soja" produits un peu plus tard, d'une lourdeur invraisemblable).



Loïc Blavier

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