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Quantum of solace. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action
Réalisation : Marc Forster
Avec : Daniel Craig, Olga Kurylenko, Mathieu Amalric, Judi Dench...


Suite directe de Casino Royale, Quantum of Solace commence non seulement là où le premier film se terminait, mais il s'inscrit également dans la même optique de création d'un « nouveau James Bond ». Casino Royale avait en effet posé timidement les bases d'un renouveau du héros, n'osant cependant pas encore totalement s'affranchir de la recette qui avait fait le succès de la série. En effet, malgré un habillage réaliste les principaux ingrédients propres aux James Bond restaient relativement présents et le film correspondait bien a ce cocktail d'action, d'exotisme, d'aventure et d'humour, même si l'accent semblait être mis cette fois sur l'action aux dépends de l'humour. Rien de bien nouveau dans le procédé cependant, puisqu'on avait déjà pu assister à la tentative de création d'un James Bond plus humain et plus réaliste sous les traits de Timothy Dalton. Et finalement la seule véritable innovation de Casino Royale restait encore le présence d'une mise en scène très dynamique lors des scènes d'actions n'étant pas sans évoquer celles de la trilogie Jason Bourne.
Quantum of Solace poursuit donc cette optique en multipliant les scènes d'actions et en adoptant un ton plus sérieux encore au point que l'humour y est totalement absent.

Ce nouveau film lance James Bond à la poursuite des assassins de sa belle qu'il est déterminé à venger. Mais sa traque le mettra sur la piste d'une organisation criminelle mystérieuse et tentaculaire...
L'intrigue, relativement linéaire, démarre cependant sur les chapeaux de roue et regorge de scènes d'action nombreuses et mouvementées qui s'enchaînent sans temps morts. Dès lors, il y a finalement peu de place pour développer les personnages qui sont d'ailleurs identiques à ce qu'ils pouvaient être dans Casino Royale dans le cas de M, James Bond et Matisse et quasi-inexistants pour les nouveaux, que ce soit les James Bond girls ou le méchant. On retrouve aussi ce héros froid et vindicatif qui se met à dos ses supérieurs pour mener à bien sa quête vengeresse qui était déjà présent dans Permis de Tuer avec Timothy Dalton. De fait le « nouveau James Bond » s'incarne moins dans le traitement du personnage que dans l'acteur Daniel Craig, dont le physique athlétique et le visage taillé à la serpe participent à donner aux scènes d'actions ce caractère brut de décoffrage souhaité. De loin l'élément le plus convaincant du film, Daniel Craig confirme ici qu'il était un choix judicieux pour incarner James Bond. Il est parfaitement à l'aise dans le costume du héros quelles que soit les circonstances et son visage expressif apporte une évidente épaisseur à un personnage qui en avait bien besoin, surtout après avoir été incarné par le très fade Pierce Brosnan.
Hélas, à coté de Craig les autres acteurs ne sont pas particulièrement brillants. Judi Dench qui incarnait pourtant une M tout à fait honorable dans la période Brosnan voit sa crédibilité diminuer alors même que sa présence à l'écran augmente, et son rôle de supérieure / mère qui gronde James comme un enfant trop turbulent risque de devenir très vite insupportable pour le spectateur. Et que dire de Mathieu Amalric déjà pas favorisé par le rôle d'un méchant « réaliste » (comprendre par là qu'en lieu et place d'un savoureux mégalomane qui menace le monde on a droit à un type banal dont le plan machiavélique consiste à acheter un truc pour le revendre plus cher...) qui est quasiment transparent à l'écran ? Finalement celle qui s'en sort le mieux dans le casting c'est encore Olga Kurylenko qui arrive à ne pas être trop insupportable (et même jolie !) malgré son rôle stéréotypé.
Évidemment, face à de tels personnages les acteurs ne pouvaient jamais réellement sortir leur épingle du jeu, et sans doute faut-il bien plus jeter la pierre au réalisateur Marc Forster qui semble être un bien piètre directeur d'acteurs.
D'autant que du coté de la mise en scène ce n'est pas brillant non plus. C'est même plutôt catastrophique en fait et je me demande vraiment ce qui a bien pu lui passer par la tête au vu de quelques scènes qui brillent par leur inutilité abyssale. Comme par exemple cette course-poursuite dans les rues de Sienne qui nous montre en montage alterné James Bond poursuivant un assassin et... une course de chevaux n'ayant évidement aucun rapport avec l'intrigue. En fait j'ai l'impression que Forster utilise ces procédés de mise en scène pour tenter de dynamiser de manière complètement artificielle (et vaine puisque cela ne fonctionne pas du tout) ces scènes d'actions. Et tout semble porter à croire qu'il fait partie de cette bande de metteurs en scènes qui n'ont rien compris à ce que doit être une scène d'action et qui pensent qu'il suffit d'enchaîner très rapidement les plans dans un montage épileptique pour les rendre dynamiques. Heureusement que l'échelle de plans varie un peu, rompant parfois la monotonie de la mise en scène. Mais ce n'est pas pour autant que Marc Forster parvient à créer quelque chose de personnel de son film. En fait c'est là le défaut principal d'un film qui aurait pu être très bon au vu de ses intentions (faire quelque chose de rythmé et réaliste à la fois) et de ses idées (rendre les personnages plus humains, utiliser l'actualité géopolitique dans l'intrigue...) qui se voient gâchées par un traitement parfois désastreux. En effet, cette mise en scène fade et cette absence de soin portée aux personnages annihilent toute tension dramatique. Jamais les personnages n'ont l'air en danger, et le film est vide d'enjeux. Du coup les tentatives de communiquer des émotions aux spectateur tombent la plus part du temps à plat.

Au final, anonyme et manquant d'ambition, Quantum of Solace apparaît comme un simple blockbuster d'action de plus. Le réalisateur n'a d'autre but que de divertir le spectateur le temps de son film. Ce qui n'est cependant pas condamnable non plus, l'abondance de scènes d'actions et le charisme de Daniel Craig rendent quand même le film tout à fait divertissant et regardable. Mais si cela permet à ce nouveau James Bond de se placer au dessus des soporifiques Dangereusement vôtre et autres Meurs un autre jour, on est quand même très loin de la qualité des James Bond des années 60.

Arnaud Schilling

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