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La taglia è tua... l'uomo l'ammazzo io. 1969.
Origine : Italie / Espagne
Genre : Western
Réalisation : Edoardo Mulargia
Avec : Robert Woods, Ashborn Hamilton Jr., Rosalba Neri, Aldo Berti...


De retour aux Etats-Unis, El Puro (Roberts Woods) n'est plus que l'ombre de lui-même. Cette légende vivante, grande amie des péons mexicains et qui a notoirement participé à la fortune des croque-morts a désormais sombré dans l'alcool, et El Puro ne fait plus peur à grand monde. Surtout pas à Gipsy (Ashborn Hamilton Jr.) et à sa bande, qui se voient déjà gratifiés de 10 000 dollars. Il ne leur reste qu'à débusquer le has been, qui se terre en fait auprès de sa copine Rosie (Rosalba Neri), et le tour sera joué. Sauf si d'ici là El Puro se décide à reboucher sa bouteille et à reprendre les armes, comme l'espèrent les quelques autres amis qui lui restent et qui ont toujours foi en ses talents.



Commençons donc par préciser qu'en raison de la copie assez désastreuse du film, il sera difficile de juger le travail esthétique du réalisateur Edoardo Mulargia, un habitué des westerns très fauchés qui co-signe aussi ici la photographie et le scénario. Entre les couleurs fades jusqu'à parfois ressembler à du noir et blanc et les sautes d'images dignes des VHS usagées, cette édition d'El Puro est typique des produits sortis en catimini pour le marché des bacs à soldes. Enfin... mieux vaut une édition pourrie que pas d'édition du tout. Remercions donc les "éditions du film retrouvé" pour avoir permis au film de sortir des limbes. Et puis de toute façon, il semble douteux que Mulargia ait vraiment travaillé son œuvre, tant l'amateurisme le dispute au manque de budget. A un point tel que parfois l'on en vient à se demander si les grossières transitions entre deux scènes trahissent des scènes coupées ou bien le manque de scrupules du monteur, peu patient envers un film qui n'a pas grand chose à montrer. Le scénario se résume à une simple réhabilitation prévisible dans ses moindres détails, d'ailleurs peu nombreux : une phase de doutes et une phase de redressement, avec au milieu une scène décisive, celle où la bonne amie d'El Puro se fait passer à tabac par l'homme de main de Gipsy. Ou pour présenter les choses différemment, El Puro se scinde en deux parties, la première, pessimiste, s'achevant par ledit passage à tabac, et la seconde, à l'optimisme grandissant, culminant avec l'inévitable duel censé rétablir l'honneur du personnage principal. Quoique pour ce dernier, les choses ne seront pas aussi simples, puisque nous avons là un beau spécimen de climax au rabais... Il y a déjà le fait qu'El Puro soit épaulé par un second couteau, ce qui n'aide pas vraiment à rétablir l'aura de ce pistolero considéré comme légendaire bien que l'on ne sache rien de son passé. Il y a ensuite le comportement grotesque d'au moins un des hommes de Gipsy, qui se met à courir comme un dératé en plein champ de bataille, ce qui avouons-le casse un peu l'ambiance tendue de la confrontation tant attendue. Mais le pire est que El Puro participe à ce duel... assis sur un rocking-chair posé au milieu de la rue. Est-ce pour montrer qu'il est tellement fort qu'il peut la jouer relax, est-ce pour signifier qu'il ne tient pas encore la grande forme ? Difficile à dire. Sa décontraction semble corroborer la première hypothèse, mais le dénouement final (en fait plus un pied-de-nez qu'autre chose) favorise la seconde. Dans un cas comme dans l'autre, le moyen employé est en tout cas à la limite du ridicule, et aboutit à une scène tout sauf spectaculaire. Nous nous retrouvons donc avec un western contenant une scène d'action et demi (allez, deux en comptant quelques escarmouches sans violence), dont le point d'orgue est une fantaisie sans queue ni tête ne résolvant pas la seule interrogation posée par le film. En réalité, la seule chose spectaculaire dans El Puro est encore sa musique, composée par Alessandro Alessandroni, qui est une repompe peu discrète du thème de Le Bon, la brute, le truand. Sans valoir l'originale, elle sonne bien, c'est vrai... Sauf qu'employer une musique aussi théâtrale pour des scènes futiles et pour un film à ce point vide d'action ne rime à rien.



A défaut de présenter son lot d'artifices, El Puro cherche donc pendant une bonne partie à se montrer profond en tentant de développer la psychologie de ses personnages. Une initiative qui aurait pu sauver les meubles, si Mulargia s'y était pris autrement. Car le moins qu'on puisse dire, c'est que le réalisateur n'y va pas avec le dos de la cuillère pour illustrer la déchéance d'El Puro. Dès sa première apparition, celui-ci exprime son profond malaise à coup d'envolées philosophiques de comptoir, le tout avec des trémolos dans la voix : sa peur de mourir, son ras-le-bol d'avoir à donner la mort, son dégoût face à ceux qui sont capables "de tuer un fils devant sa propre mère" etc etc... le tout pendant que sa copine Rosie, probablement lassée d'entendre ces lamentations d'ivrogne, se pomponne devant son miroir. Une fois passées ces explications aussi moralistes que grandiloquentes, le déprimant Puro se contente de tituber un peu partout, passant bien le tiers du film une bouteille à la main -un autre tiers à la bouche, et le dernier pour combattre mollement son addiction- et se ramassant quelque fois lamentablement par terre, quand il n'est pas jeté manu militari dans la boue sous les sarcasmes d'un shérif n'ayant probablement pas conscience que cet ivrogne vaut 10 000 dollars. On croirait voir Alice Cooper dans un concert de la fin des années 70. Mais Mulargia ne s'en contente pas, et il se sent également obligé de nous montrer les visions floues et / ou kaléidoscopiques de sa loque humaine à un rythme soutenu. Tel un gamin avec son nouveau jouet, il en abuse, ce qui à un certain point devient fort agaçant car n'oublions pas qu'à côté de cela nous devons également supporter les errements du monteur et quelques mouvements de caméras inappropriés (par exemple une scène où Mulargia zoome et dézoome comme un Jess Franco sous ecstasy pour nous présenter des personnages). En somme, non content de nous montrer qu'El Puro est mal dans sa peau, le réalisateur cherche à faire partager ses sensations. Merci bien.
De leurs côtés, les méchants n'ont pas de profil psychologique. Les hommes de mains ne sont que des hommes de mains, qui appliquent et ne disent rien, tandis que leur chef est également à placer au rayon des absurdités employées par Mulargia. Gipsy est tout simplement fou. Mais par intermittence. C'est à dire qu'il est capable de se montrer étrangement passif, et soudain de devenir un véritable cinglé. On le verra ainsi se promener en pleine nuit en criant "bang bang bang" le pistolet à la main, ou, au terme de l'interrogatoire musclé de Rosie, se jeter subitement sur un de ses hommes pour lui rouler un patin. Il y a peu à dire sur Gipsy... Il laisse sans voix.
Pour finir avec ce tour d'horizon des personnages, un mot sur Rosalba Neri. Elle qui sera l'une des actrices les plus perverses du giallo (à voir dans Les Insatisfaites poupées érotiques et Amuck, notamment) joue ici aux jeunes femmes courageuses (il en faut pour supporter El Puro) mais faibles, dont la seule utilité est en fait d'encaisser les coups des hommes de Gipsy tout en se rebellant avec des paroles dénonçant la lâcheté de ses assaillants. Ce qui est un peu fort de café puisqu'elle subit cela en lieu et place de son homme, qui refuse de se montrer. Vraiment triste pour une actrice qui ne mérite pas d'avoir un rôle à ce point stérile, dont le seul trait de caractère amène une bêtise de plus dans un film qui les aligne. Le pire dans tout cela est encore qu'avec la torpeur qui caractérise El Puro, le film aussi bien que le personnage, on ne trouve même pas matière à s'en amuser. Il faut subir deux longues parties léthargiques au point de noyer leur potentiel comique involontaire, qui si ça se trouve est en fait le résidu de véritables tentatives d'originalité, allez savoir. On finit par ne plus trop comprendre ce que voulait faire Mulargia. Toujours est il que c'est n'importe quoi.



Loïc Blavier

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