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Public Enemies. 2009.
Origine : Etats-Unis
Genre : Biopic policier
Réalisation : Michael Mann
Avec : Johnny Depp, Marion Cotillard, Christian Bale, Stephen Dorff...


Durant la Grande Dépression, dans les années 1930, les Etats-Unis doivent faire face à quelques bandits dangereux traqués par le FBI. Parmi eux, John Dillinger, jeune braqueur de banque, connaît un succès étrange auprès du grand public qui voit en lui un Robin des Bois moderne. Le FBI en fait l’ennemi public numéro un et ne cessera de le traquer.

Réalisé par Michael Mann, Public Enemies est donc un film retraçant la vie de John Dillinger. Présenté comme un biopic (film biographique), le réalisateur se penche seulement sur quelques années de la vie du gangster le plus célèbre des Etats-Unis. Le film débute en 1933 et finit en 1934. On suit alors les pérégrinations d’un homme qui vit en braquant des banques. Aidé de complices, il vit au jour le jour, aimant la vie de fugitif, aimant sa liberté. Il rencontre Billie Frechette dont il tombe amoureux.

Onzième film de Michael Mann, Public Enemies met en scène Johnny Depp dans le rôle de John Dillinger, considéré par John Edgar Hoover comme l’ennemi public numéro un. A tel point qu’à sa création, le FBI utilise des silhouettes du braqueur lors des séances d’entraînement au tir.
Michael Mann est un réalisateur qui a le souci du détail. Chaque approche de ses travaux se fait avec la volonté de créer un univers très proche de la réalité. Il veut nous plonger au cœur de ses films, pour être non pas simple spectateur mais témoin de chaque scène qui se joue devant nous.
Ainsi, le réalisateur d’Ali a fait appel encore une fois à de nouvelles technologies pour arriver à ses fins. Éternel essayiste, il n’a jamais hésité à faire avancer son art en essayant de nouvelles choses. Pour ce film, il s’est essayé à de nouvelles caméras HD pour être au plus proche des visages des acteurs. Avec ces outils, il a pu ainsi plonger le spectateur au cœur des personnages, en offrant un confort visuel optimal. Sa volonté de réalisme ne se traduit pas seulement dans sa recherche du plus près. Évidemment, toute la reconstitution est poussée à son paroxysme. A partir du moment où le film commence, nous ne sommes plus au 21ème siècle, mais dans les années 30 du 20ème siècle. De ce fait, comme pour Ali, il tourne certaines scènes sur les lieux réels de l’action. Je pense plus particulièrement au Little Bohemian Lodge, hôtel où s’étaient réfugiés la bande à Dillinger et Bobby Face Nelson qui avaient réalisé un coup ensemble.
Essayiste, Michael Mann, continue à faire son cinéma. Il le veut expérimental, mais pas révolutionnaire. Novateur, mais pas déroutant. Ainsi, comme pour Miami Vice, certaines scènes, tournées à l’épaule, nous font quitter le film de fiction pour le documentaire. L’immersion est alors totale. Nous sommes le caméraman, nous sommes au plus près de l’action.
Mais pourtant, et c’est là où Michael Mann réussit son coup, c’est que bien qu’il cherche à faire de nous des témoins privilégiés des dernières années de la vie de Dillinger, il ne cherche à aucun moment à en faire une icône. Le piège était là, et Mann a su l’éviter. Pourtant, ce n’était pas gagné. Avec sa volonté de toujours vouloir nous mettre au plus près du déroulement des évènements, il aurait pu rapidement faire de Dillinger un homme dont le spectateur se sent proche. Il réussit alors malgré tout à tenir ses distances. Pour Michael Mann, Dillinger est avant tout un gangster. On n’est pas insensible à son sort, mais le traitement psychologique est très différent du rôle de De Niro dans Heat par exemple, où il devenait le personnage le plus attachant alors qu’il avait le rôle du hors la loi. Ici, le hors la loi qu’est Dillinger, interprété par Johnny Depp, reste un homme froid, difficile d’accès, avec ses défauts, ses qualités. Ses qualités sont par exemple de ne jamais laisser tomber ses camarades, jusqu’à aller participer à l’évasion d’amis détenus. C’est aussi quelqu’un de très franc, et qui sait ce qu’il fait et où il va. Pour ses défauts, outre le fait qu’il est hors la loi, Michael Mann le dépeint comme un enfant gâté. Il prend ce qu’il veut. Cette facette là se retrouve dans ses rapports avec Billie Frechette (jouée par Marion Cotillard) qu’il désire plus que tout et qu’il sort de façon assez violente de son quotidien. Malgré cela, Billie a un rôle fondamental dans la vie de Dillinger. Elle est sa voie de sortie. Elle est la partie éclairée de sa vie, lui qui est recherché par toutes les forces de police des Etats-Unis, mort ou mort, comme l’intitule un journal. Ainsi, Depp nous campe un homme qui n’en est pas encore un. Sorte d’adolescent qui ne connaît pas encore les limites ou qui prend tellement plaisir à les dépasser qu’il ne se rend même plus compte des dégâts et des conséquences de ses actes. L’amour qu’il partage avec Billie est symptomatique de ces couples d’adolescents qui se pensent invulnérables. John Dillinger, c’est un peu cet adolescent qui refuse de grandir, et qui y arrive. Mais pour y arriver, il y a des sacrifices à faire.
Alors la scène de fin débute. On sait bien évidemment comment cela va se terminer. Mais le plus important, c’est de voir comment le réalisateur nous présente la chose. Et, toujours soucieux d’être au plus proche de la réalité, il plante son personnage dans une salle de cinéma, regardant à l’écran Clarke Gable jouant son propre rôle. Et Michael Mann, grâce à ses talents de metteur en scène, va, grâce à un montage subtil, créer un dialogue entre Gable qui joue L’ennemi public n°1, rôle inspiré de John Dillinger, et John lui-même. Et c’est seulement à partir de ce moment là que Mann nous laisse un peu plus pénétrer le personnage joué tout en élégance par Johnny Depp, ce dernier acceptant finalement ce qui devra un jour ou l’autre arriver.

J’ai omis volontairement de parler de Melvin Purvis, l’agent de FBI chargé de traquer John Dillinger par Hoover lui-même. Christian Bale, dont la carrière est en plein boom (les Batman de Nolan, Terminator Renaissance), joue ici un super flic qui obtient, grâce au zèle de son directeur (Hoover donc), de nombreux pouvoirs, dont celui par exemple d’user de méthodes violentes lors des interrogatoires. Mann montre alors les enjeux politiques qu’il y avait derrière John Dillinger. Connu partout aux Etats-Unis, le capturer et réussir à le garder sous les verrous, aurait prouvé que le FBI était une police nécessaire, là où le débat sur l’utilité d’une telle police est encore d’actualité à l’époque (une police qui peut enquêter sur l’ensemble du territoire fédéral). Dillinger est la cible à attraper ou à abattre pour prouver aux derniers détracteurs que le FBI a sa place dans le paysage états-unien. Bale n’a pas là le rôle le plus simple. Son personnage est un homme tiraillé qui est obsédé par la recherche de Dillinger, mais qui ne supporte pas les méthodes d’Hoover. Personnage torturé, il n’est pas le représentant de la loi classique comme les films américains aiment à nous le montrer. Pas sûr de lui, ne prenant pas toujours les bonnes décisions, dépassé par les évènements, il finira par se suicider (comme le stipule Michael Mann à la fin du film via quelques phrases faisant le point sur la suite des évènements), ne supportant pas les choix qu’il a dû faire.

Avec Public Enemies, Michael Mann nous livre un film finalement assez personnel. Sa vision de Dillinger l’empêche d’en faire un héros, voire même un anti-héros ce qui, d’après ce que j’ai pu entendre en sortant du cinéma, a gêné plus d’une personne. Personnellement, c’est exactement ce qui m’a convaincu. Ça aurait été dommage de se contenter de suivre la légende contemporaine et de faire de Dillinger une sorte de Robin de Bois, gentil, généreux, tout ce que vous voulez. Dillinger était un homme violent qui tuait pour de l’argent. La vision de Michael Mann, c’est qu’il n’y a pas de quoi en faire un héros de l’Amérique. Malgré cela, le réalisateur n’oublie pas de montrer combien il était populaire. Mais c’est peut-être tout simplement parce qu’il représentait le fantasme ultime d’une époque en crise où de nombreuses valeurs étaient en mutation, et Monsieur Dillinger, c’était celui qui s’opposait à ce système dans se soucier des conséquences. Un homme libre à outrance.

Alors on me demandera si c’est un grand film de Mann que nous avons là. Je répondrai qu’après un Miami Vice un peu en deçà de ce qu’on peut attendre d’un tel réalisateur, Public Enemies est une réussite totale. Autant dans la mise en scène que dans les choix scénaristiques. Il n’en reste pas moins que d’un point de vue plus personnel, ce onzième film n’est pas mon préféré, simplement parce que l’histoire, à la base, m’intéressait moins. Il reste néanmoins un très bon cru de Mann qui, comme à son habitude, maîtrise son sujet.
Un dernier mot sur Marion Cotillard, actrice que je n’ai jamais beaucoup aimée, et qui pour le coup a su m’intéresser. Une belle prestation d’une femme vulnérable, et pourtant très forte.

Jérémie Conde

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