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Mindhunters. 2004.
Origine : Etats-Unis
Genre : Jeu de dupes
Réalisation : Renny Harlin
Avec : Kathryn Morris, LL Cool J, Jonny Lee Miller, Eion Bailey...




Spécialiste es explosions et de films à la logistique lourde depuis 58 minutes pour vivre, Renny Harlin revient à une production plus modeste après avoir enchaîné les contres performances au box office (Au revoir à jamais, Driven), lorsque cela n’a pas carrément tourné au bide monumental (L’Ile aux pirates). Avec cette île coupée du monde, son nombre restreint de personnages et la présence d’un tueur aussi machiavélique qu’insaisissable, on navigue dans un savant mélange des Dix petits nègres d’Agatha Christie, la bande dessinée Le Maître du jeu de Eric Corbeyran et Gregory Charley, et l’incontournable The Thing de John Carpenter pour la dimension paranoïaque. A priori, sur la base d’un tel script censé laisser la part belle aux interactions entre personnages et à leur paranoïa galopante, Renny Harlin disposait de peu de latitudes pour s’adonner à ses penchants bourrins. C’est mal connaître le bonhomme qui a visiblement exclu le mot finesse de son vocabulaire.

Fin de parcours pour sept aspirants profilers. Pour achever leur formation et décider qui sera apte ou non à exercer cette profession, Jake Harris (Val Kilmer) convie ses élèves sur l’île de Oneiga Island où se trouve une base d’entraînement pour les Navy Seals. En l’espace d’un week-end, ils devront y élucider une sombre affaire tout en faisant montre de leurs capacités à travailler en équipe. Sauf qu’au matin du premier jour, la mort de l’un d’entre eux change rapidement la donne. Il n’est alors plus question de jouer mais de sauver sa peau tout en démasquant le vrai serial killer qui se trouve parmi eux...



Sur le papier, Profession profiler se présente sous la forme d’un thriller malin qui n’aurait d’égal que la somme des capacités déductives des protagonistes. Autrement dit, le film miserait davantage sur la réflexion que sur l’action. Or dès le premier meurtre et la psychose qui s’en suit, Renny Harlin ne fait pas mystère de ses réelles intentions : pondre un thriller énergique et roublard aussi bien dans sa forme que dans son fond. Et le bougre n’a peur de rien, pas même du ridicule ! A ce niveau, la première mise à mort est gratinée. Consécutive à une structure en "dominos express", celle-ci consiste en une bombonne d’azote liquide qui expulse son contenu à hauteur des chevilles de l’un de nos pauvres apprentis profilers, les rendant cassantes comme du verre. Totalement improbable –alors que l’azote ne touche que les chevilles du bonhomme, c’est tout son corps qui se retrouve congelé–, cette mort démontre le flagrant manque de sang froid de toute la clique puisque pas un d’entre eux n’aura la présence d’esprit de donner un grand coup de pied dans ladite bombonne afin de stopper l’exposition de leur partenaire au produit. En une scène particulièrement grotesque, Renny Harlin a déjà réussi à ruiner une grande partie de son crédit, ce que la suite ne fera qu’entériner. Plutôt que de faire marcher leurs matières grises, les survivants brassent du vent à l’instar du réalisateur qui multiplie les effets tape-à-l’œil pour au final n’aboutir à rien de pertinent. Si on n’occulte pas le fait qu’ils étaient tous là pour espérer briguer un poste de profiler au FBI, force nous est de reconnaître qu’aucun n’a le niveau requis. Ils sont trop influençables et trop fragiles psychologiquement. Le seul vrai dur du lot –Gabe Jensen– est aussi le seul personnage étranger au groupe, ne l’intégrant qu’à la dernière minute. Vous vous en doutez, cela en fait le candidat idéal à une fausse piste que Renny Harlin, avec la complicité de son interprète le rappeur rouleur de mécaniques L.L Cool J, entretient à loisir. Et vas-y que sans raison apparente je pointe un pistolet avec l’air très remonté sur l’un de mes compagnons d’infortune après que celui-ci ait consenti à me prêter son arme ; ou que je me mette à rosser durement les survivants en m’exprimant de manière équivoque. C’en est tellement artificiel que cela en devient lassant, tout comme cette propension à maintenir coûte que coûte le récit dans les coursives du Q.G des Navy Seals en délaissant Crimetown, la ville fictive peuplée de mannequins qui l’entoure. Hormis quelques scènes éparses, essentiellement concentrées au début du film, cet intriguant décor de ville fantôme n’est jamais exploité à sa juste valeur. L’éventuel jeu du chat et de la souris qui aurait pu en découler tourne court au profit de machinations meurtrières à la logistique digne d’un Destination finale. Sur ce point, Renny Harlin renoue avec ses débuts dans le cinéma horrifique (Prison, Le Cauchemar de Freddy), gratifiant la plupart des morts d’un brin de perversité doublé d’une ironie mordante à portée moralisatrice (la fumeuse repentie qui meurt pour avoir replongé dans les affres de la nicotine). Étant donné que Profession profiler ne distille aucune tension, qu’on se fiche éperdument des personnages et de connaître l’identité du tueur, les meurtres et leur côté grotesque constituent le principal attrait d’un récit qui par ailleurs aligne les invraisemblances avec une belle régularité.
A ce propos, il est amusant d’écouter les commentaires de Renny Harlin. Celui-ci se félicite notamment du réalisme qu’il a insufflé à son film pour tout ce qui a trait aux attitudes des personnages dans l’exercice de leur métier (maniement des armes, manière d’entrer dans une pièce, de la sécuriser...). Pour se faire, tous les comédiens ont été invités à suivre une semaine d’entraînement intensif et à rencontrer de vrais profilers du FBI. Louable effort bien qu’il suffise aux acteurs d’apparaître crédibles à l’écran sans forcément coller à la vérité tant c’est le genre de détail qui passe au dessus de la majorité des spectateurs. Par contre, c’est sur le scénario qu’il aurait dû se pencher plus avant. En l’état, on tente de nous faire croire que nos apprentis agents sont coupés du monde alors qu’ils logent dans un camp de Navy Seals disposant de tout le matériel nécessaire (armes en tout genre, ordinateurs, matériels d’analyse sanguine...). Dans ces conditions, il nous est difficile de croire qu’ils se trouvent dans l’incapacité d’alerter l’extérieur. Et puis il y a tout ce qui a trait au tueur et aux multiples pièges mortels qu’il concocte. Étant donné qu’il est acquis d’avance que le tueur se trouve parmi les aspirants et qu’il n’a pu organiser ses pièges avant de mettre les pieds sur l’île, ses aptitudes laissent rêveur. Habile et incroyablement véloce (c’est fou tout ce qu’il peut faire en l’espace d’une nuit ou de quelques heures), il postule sans problème au rang du serial killer le plus retors et machiavélique. Néanmoins, en portant son degré d’excellence à un tel niveau, sa fin, forcément misérable, a de quoi décevoir le spectateur le plus conciliant. Quant au spectateur déjà blasé par la mécanique de cette machination hautement improbable, il aura lâché prise depuis longtemps.



Profession profiler s’inscrit dans la continuité d’une filmographie qui va en périclitant. L’aspect amusant des premiers efforts de Renny Harlin a progressivement disparu au profit de logistiques trop lourdes et contraignantes. Et si son côté bourrin décomplexé pouvait encore plaire durant les années 90, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Incapable de gérer convenablement son huis clos et ses personnages, il réalise un film bancal, parfois déviant dans ses effets mais pour finir terriblement convenu et redondant.

Bénédict Arellano

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