critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Présumé dangereux. 1990.
Origine : France
Genre : Croûte de maître
Réalisation : Georges Lautner
Avec : Michael Brandon, Sophie Duez, Francis Perrin, Marc de Jonge...




Réalisateur et producteur de faible envergure, Sergio Gobbi a nourri l’ambition à la fin des années 80 de lancer une franchise au héros récurrent nommé Tom Lepski. Pour se faire, il n’a pas eu à trop se creuser les méninges. Son héros, il est allé le dénicher au sein de la conséquente bibliographie de l’écrivain anglais James Hadley Chase. Mais du personnage littéraire, il n’en a conservé que le nom puisque tout de sa profession (le policier intègre devient ici un enquêteur pour une compagnie d’assurances) en passant par son domaine d’action (la Côte d’Azur remplace la ville fictive de Floride) a été modifié. Pour l’incarner, Sergio Gobbi s’est tourné vers Michael Brandon, un acteur américain expatrié de longue date (il a tenu le rôle principal de Quatre mouches de velours gris de Dario Argento en 1971) et célébré en France pour son personnage du Lieutenant Jim Dempsey dans la série britannique Mission casse-cou (1985-1986). Ce rôle aurait pu être l’occasion pour lui de s’installer durablement au cinéma, or les quatre adaptations ont connu des fortunes diverses, deux d’entre elles ayant même été carrément réalisées pour la télévision. Ce qui n’a pas été le cas de Présumé dangereux, sorte de baroud d’honneur de Sergio Gobbi qui pour achever en apothéose sa confidentielle saga a fait appel au réalisateur Georges Lautner, régulièrement roi du box-office depuis Les Tontons flingueurs, et a obtenu le concours d’un monstre sacré du cinéma américain, Robert Mitchum en personne.

Le professeur Forrester (Robert Mitchum) détient la formule d’une nouvelle arme extraordinaire qui serait soi-disant « l’avenir du monde libre ». Une telle arme ne peut manquer d’attirer les convoitises. Radniz (Mario Adorf), un riche homme d’affaires, a d’ailleurs déjà trouvé un acheteur alors qu’il ne s’est pas encore emparé de la précieuse valise contenant ladite formule. C’est dire à quel point il est assuré de la réussite du plan qu’il a échafaudé. En revanche, il n’avait pas prévu que le décryptage de la formule nécessiterait l’utilisation d’un code d’accès que seul le professeur Forrester connaît. Et comme ce dernier souffre d’amnésie depuis qu’il a assassiné l’homme dans les bras duquel il a surpris son épouse, l’opération s’avère compliquée. Mais il en faut plus pour décourager Radniz, qui n’hésite pas à kidnapper le professeur. Heureusement pour le savant, son invention est assurée chez la International Fidelity, qui pour l’occasion a dépêché son meilleur homme, Tom Lepski (Michael Brandon). Aidé de Antonella (Sophie Duez), l’assistante du professeur, il va faire tout son possible pour le tirer de ce guêpier.



Le polar a longtemps été une constante du cinéma français dans la lignée des Jean-Pierre Melville et autres Alain Corneau. Georges Lautner a lui-même contribué au genre, mais de manière plus discrète. Le réalisateur s’est souvent effacé devant le charisme de ses acteurs (Jean Gabin, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo) et/ou de la faconde de son dialoguiste (Michel Audiard), se contentant de leur seul apport pour colorer ses films. Présumé dangereux ne disposant ni de l’un, ni de l’autre, on a vite fait de se retrouver face à un film anémique. Loin de moi l’idée de considérer Robert Mitchum comme un acteur de piètre envergure qui ne soutiendrait pas la comparaison avec les trois autres précités. Il n’en reste pas moins qu’à l’époque l’acteur en fin de carrière multipliait les panouilles, se contentant le plus souvent de rôles riquiqui ou peu enthousiasmants, comme ici. Il a beau être le « présumé dangereux » du titre, il ne porte pas le film sur ses épaules. Lui n’est là que pour apporter un surcroît de standing au film, rien de plus. Il est d’ailleurs regrettable de le voir passer la moitié du film comme un légume, son personnage entrant dans une profonde léthargie suite à son coup de sang. Prisonnier de ses sentiments pour une femme qui ne lui en témoigne plus, il devient en sus le jouet d’intérêts politiques et économiques. Et le film de louvoyer entre les combines de la DST pour s’assurer de son silence et celles de Radniz qui, pour empocher l’argent de la formule, diligente deux tueurs et un docteur, les premiers pour le kidnapper et le second pour lui raviver la mémoire.
Au milieu de cet imbroglio, Tom Lepski n’a pas vraiment vocation à intervenir. D’ailleurs on peut légitimement se demander en quoi consiste réellement son travail. Apparemment, il doit s’assurer que la valise contenant la formule soit en lieu sûr. Il est donc prévu qu’il accompagne le professeur Forrester à la conférence de l’OTAN qui se tient à San Francisco. Tom Lepski serait donc le garant de la sécurité de la valise plus que de celle du professeur, ce qui explique son indifférence face aux déboires conjugaux de celui-ci. Cependant, lorsque la formule est dérobée, on ne peut pas dire qu’il s’alarme outre mesure de la situation. En fait, nous sommes en présence d’un drôle de zozo. Dans cette histoire, Tom Lepski ne brille pas par son professionnalisme. Le bougre se concentre davantage sur les courbes de Antonella que sur la disparition de la formule révolutionnaire, sans que cela n’inquiète son employeur, aux abonnés absents. Et si il consent à s’activer un peu pour remettre la main sur le professeur et la formule, c’est seulement pour les beaux yeux de Antonella qui ne supporte pas que la réputation de Forrester soit ainsi ternie. Incroyablement dévouée et entêtée, elle sert d’aiguillon à un Lepski plutôt porté sur la passivité. Dès lors, l’histoire d’amour minute, sorte de passage obligé au cinéma, revêt ici une importance capitale puisque sans elle, Lepski ne pourrait briguer son statut de héros. Et encore, le terme est trop fort pour un personnage dont chacune des tentatives se soldent par un échec. La poursuite du tueur borgne se clôt par son évanouissement dans les bras d’un pompier. L’accueil musclé qu’il réserve à l’autre tueur se retourne contre lui, Lepski encaissant moult coups dont un coup de pied bien senti dans les valseuses. Quant à son "plan" censé permettre à son ami le commissaire Durieux d’arrêter les auteurs du kidnapping du professeur Forrester, il échoue lamentablement, mettant en danger la vie des otages. Georges Lautner met à mal l’image de ce bon vieux cow-boy américain qui fonce tête baissée dans la bagarre. Cependant, il le fait sans aucune malice, ne cherchant visiblement pas à le faire passer pour un demeuré. Il n’est pas dans la même démarche qu’un John Carpenter dans Big trouble in little China, par exemple. C’est juste que le rôle est super mal écrit et pas très bien servi par un Michael Brandon qui à force de se la jouer cool fait sombrer son personnage dans l’archétype. Américain vivant en France, il ne saurait par exemple se passer de ketchup -même avec les huîtres !- et préfère un Coca au Champagne. A côté de ça, le bonhomme roule en Peugeot 205 et arbore dès qu’il le peut un polo Lacoste. Il faut bien qu’il fasse allégeance à son pays d’accueil.



Nanti d’une distribution des plus hétéroclites (Robert Mitchum côtoyant Francis Perrin, les globe-trotters Mario Adorf et Marc de Jonge), d’un héros bourrin et incapable, ainsi que d’un réalisateur en perte de vitesse, Présumé dangereux possédait tous les éléments pour être au pire un nanard flamboyant. Mais même ça, il échoue à l’être. Jamais drôle (j’admets néanmoins avoir souri lors de la fuite du tueur borgne au volant d’une Golf coincée par deux automobiles garées beaucoup trop près), doté de scènes d’action poussives (Lepski se sert d’un chasse-neige et d’une tronçonneuse pour libérer sa belle, youpi !) et reposant sur des personnages insignifiants, Présumé dangereux est juste un très mauvais film.

Bénédict Arellano

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.