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Predators. 2010.
Origine : Etats-Unis
Genre : On reprend tout et on recommence
Réalisation : Nimrod Antal
Avec : Adrien Brody, Alice Braga, Topher Grace, Walton Goggins...


Une poignée de soldats et de mercenaires, un détenu, un yakusa et un docteur se retrouvent largués en pleine jungle sans raison apparente. Sans grand enthousiasme, ils décident de faire front commun pour tenter de savoir où ils se trouvent. Leurs pérégrinations les amènent rapidement à s’apercevoir qu’ils ne sont pas sur Terre et que le caillou sur lequel ils se trouvent est le terrain de chasse des Predators. Leur présence ici ne fait alors plus aucun doute : ils leur servent de gibier.

A l’heure où Hollywood remake à tour de bras, reprenant petit à petit toutes les figures emblématiques des années 80 (Jason Voorhees, Freddy Krueger et prochainement Snake Plissken), la sortie annoncée d’un nouveau Predator laissait envisager qu’il allait en être de même avec le monstre créé par les frères Thomas. Or le film de Nimrod Antal se veut davantage un prolongement du film original (les dialogues évoquent les événements du film de McTiernan) mâtiné d’ingrédients propices au lancement d’une nouvelle franchise qu’un simple remake. Au passage, notons le statut de film maudit de Predator 2, pourtant seule véritable suite à Predator, qui se voit systématiquement ignoré par tous ceux qui reprennent la figure du chasseur extraterrestre. Sans doute le film paie-t-il le choix de la production d’avoir déplacé l’intrigue de la jungle à la ville, occultant de fait tout le côté survival de son prédécesseur. Il n’empêche qu’on ne peut reprocher au réalisateur Stephen Hopkins et aux responsables de l’époque d’avoir bêtement cherché à singer leur modèle. On ne peut en dire autant de Predators.
Non content d’évoquer Predator à travers certains dialogues, Nimrod Antal se plaît à le citer par des scènes entières. Par exemple, l’ultime affrontement entre Royce (Adrien Brody) et le Predator apparaît comme un gênant décalque de la fin du premier film. Tout y est : la nuit, les flammes et le héros retrouvant ses instincts primaires, le torse nu et recouvert de boue. Le réalisateur pourra bien arguer de sa volonté de rendre hommage à un film qu’il vénère, il n’en demeure pas moins que de conclure Predators ainsi relève du manque d’imagination caractérisé. En fait, c’est tout le film qui distille une forte sensation de déjà vu, musique incluse, allant même jusqu’à convoquer la figure originale du Predator dont l’utilité, hormis pour le clin d’œil appuyé, reste à prouver. Suis-je bête ! J’avais complètement oublié le précédent Terminator Renaissance, qui consiste à invoquer la figure originale (dans le film de McG, il s’agit du T-800 incarné par Arnold Schwarzenegger) pour générer une scène spectaculaire frappée du sceau de la nostalgie. Ici, la copie carbone du Predator d’origine n’a pour d’autre but que de permettre à Nimrod Antal d’orchestrer un combat entre deux Predators, parenthèse voulue ludique avant le véritable dénouement de l’histoire. Accessoirement, il s’agit sans doute pour le réalisateur d’asseoir un peu plus encore la puissance de son Predator new look. Une précaution bien vaine dans la mesure où par essence, le Predator s’impose comme un prédateur ultime contre lequel l’homme a bien du mal à rivaliser. Il ne se dégage donc rien de cette scène à l’intérêt tout relatif, même pas un plaisir très premier degré d’assister à un combat opposant deux monstres, faute d’une réalisation à la hauteur. Concrètement, ledit combat se résume essentiellement à un échange de coups de poing, digne d’une bagarre entre poivrots, Nimrod Antal échouant à rendre tout cela un minimum iconique. D’ailleurs, nous avons là le grand échec du film. A trop chercher à se confronter au film de John McTiernan, Nimrod Antal se tire une balle dans le pied puisqu’à aucun moment il ne parvient à égaler la mise en scène de son aîné.
Dans Predator, la jungle jouait un rôle primordial, pouvant même être considéré comme un personnage à part entière puisque pour les mercenaires, le Predator et elle ne faisaient qu’un. Plus de 20 ans après, la saga y revient mais cantonne la jungle à n’être plus qu’un simple décor. Elle en perd alors tout son côté oppressant au profit de plans larges visant à nous montrer la joliesse du cadre. Et puis les décors naturels sont très mal exploités. A un moment donné, Royce, qui s’est intronisé lui-même leader du groupe, annonce qu’ils vont se terrer dans la jungle pour attirer les Predators dans un piège. Passage prometteur qui laisse envisager que les personnages vont faire corps avec leur environnement, en exploiter la typographie pour tenter de prendre le dessus sur un adversaire surpuissant. Que nenni ! Leur plan se limite à une embuscade mal pensée (tous les personnages pointent leurs armes dans un seul et même sens, sans songer à protéger leurs arrières) reposant tout entier sur le vieux stratagème de l’appât. Mais le ridicule de ce plan n’est rien comparé à ce qui suit, une tentative maladroite de présenter les nouvelles règles de la franchise en introduisant un personnage incarné par une guest star en roue libre. Sans être transcendant et déjà bourré de détails gênants (la planète extraterrestre dispose d’une flore identique à la nôtre, les Predators larguent leur gibier en parachutes), le film se suivait malgré tout sans trop d’ennui grâce à son côté Chasse du comte Zaroff dont le point d’orgue est atteint avec l’attaque des chiens extraterrestres. Par la suite, les péripéties s’enchaînent, fleurant bon le remplissage. A ce titre, le pompon est largement remporté par le twist entourant la personnalité du personnage interprété par Topher Grace. Totalement inutile au récit et d’une bêtise crasse, ce retournement de situation confirme l’indigence d’un scénario qui se résume à une intrigue tournant en rond, les personnages revenant inlassablement au camp des Predators. Et c’est peut-être parce qu’il en a conscience que Nimrod Antal nous gratifie d’un duel à l’arme blanche entre l’un des Predators et le yakusa. Duel qui ne fait aucun doute dès l’instant où –quelle aubaine !– notre mutique yakusa dégote un katana flambant neuf. Beaucoup voient en ce duel un pendant à la mort de Billy dans le premier Predator qui, bien que hors champ, est souvent considérée comme la résultante d’un combat âpre et violent. Pour ma part, j’ai toujours vu dans cet acte solitaire de Billy le sacrifice d’un homme qui sait son adversaire plus fort que lui et qui rend les armes. Quoi qu’il en soit, Nimrod Antal, lui, n’use pas du hors champ. Son combat, il le pense comme l’un des morceaux de bravoure de son film, invoquant le clair de lune, le vent soufflant dans les herbes hautes et des plans filmés à la louma pour magnifier les deux belligérants. Peine perdue. Le duel tourne court, ne provoquant aucun émoi quel qu’il soit. La vaillance du yakusa s’en serait peut-être trouvée renforcée si le personnage avait été un minimum approfondi, et pas seulement voué à jouer les victimes de service. Et puis compte tenu de la technologie déployée par les Predators, il est difficile d’imaginer qu’un frêle katana puisse soutenir la comparaison avec leur lourde épée, sans risquer de se rompre au moindre impact.

Finalement, si je devais retenir un point positif de ce film, c’est du côté de l’interprétation de Adrien Brody que je me tournerais. Lui qu’on a davantage l’habitude de voir jouer des personnages plus sensibles, peu sûrs d’eux voire un peu adolescents, se révèle convaincant en mercenaire (presque) sans foi ni loi, faisant croire sans peine à son autorité naturelle. Pour ceux qui ont vu Splice, sorti au début de l’été, le changement est radical. Maintenant, Royce ne fera pas oublier Dutch, tout comme Predators ne supplantera pas Predator dans l’esprit collectif. Cependant, pour peu que les chiffres au box office soient favorables, cela n’empêchera nullement les producteurs de remettre le couvert à l’aune d’une fin ouverte savamment étudiée. Les Predators n’ont donc certainement pas fini de hanter les écrans, tout comme Hollywood n’aura de cesse d’exhumer la moindre figure emblématique de ces années 80 à la fois si décriées et si créatives.

Bénédict Arellano

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