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Post-coïtum animal triste. 1997.
Origine : France
Genre : Drame passionnel
Réalisation : Brigitte Roüan
Avec : Brigitte Roüan, Patrick Chesnais, Boris Terral, Nils Tavernier...


La quarantaine lumineuse, Diane a tout pour être heureuse : un mari aimant, deux enfants charmants, et un travail –directrice d’édition– qui la passionne. Or sans crier gare, alors qu’elle couve de sa bienveillance François Narou, jeune auteur prometteur qui peine à accoucher de son second livre, le souffle d’une vive passion l’étreint en la personne de Emilio, le jeune colocataire de l’écrivain. Tout à son amour naissant, Diane en vient à délaisser sa famille et son travail. Le choc de la rupture avec son amant n’en est que plus grand.

Le film démarre sur le chagrin d’amour de Diane, consécutif au départ de Emilio. Le récit se déploie donc sous la forme de longs flash-backs, remontant le fil de cette passion de ses prémisses jusqu’à son terme. Les continuels retours sur une Diane suffocante de douleur dans sa chambre à coucher sonnent comme autant de rappels d’une histoire qu’on sait vouée à l’échec tout en relançant la mécanique du souvenir. C’est sur ce dernier point que réside sans doute cette impression de douce félicité qui accompagne les deux amants. Entre Diane et Emilio, tout se déroule comme dans un rêve. D’ailleurs, Diane marche littéralement sur un nuage ! Ils se voient sans contraintes, comme si leur vie personnelle n’avait aucune emprise sur leur relation, Diane parvenant à jongler aisément avec sa vie de famille. De même, son travail ne représente nullement un frein à sa passion puisque même lorsqu’elle est amenée à partir à l’étranger, son amant se trouve miraculeusement sur le quai de gare, prêt à l’accompagner en toute discrétion. Ne cherchant guère à se cacher –ils se promènent souvent dans des lieux publics et en pleine journée–, leur relation n’en demeure pas moins secrète, comme coupée du monde. Diane revit un véritable amour d’adolescents, s’enthousiasmant d’une paire de boucles d’oreilles en toc offertes par son amant, ou arborant fièrement un suçon dans le cou. Avec tout ce bonheur affiché, la première partie du film prend des allures de roman à l’eau de rose qui aurait tout pour être insupportable à l’image d’Emilio, l’irritant bellâtre. Or Post-coïtum animal triste ne le devient jamais vraiment en raison du traitement de la réalisatrice qui pour son deuxième film réussit à transcender cette énième histoire d’adultère en milieu bourgeois par une approche plus crue et sans faux fuyants, qui ne l’exempte pas d’une certaine ironie.
La première scène annonce tout de suite la couleur, alternant des plans sur une minette en chaleur puis sur Diane, tournant sans fin dans son lit, se lamentant sur son sort tout en se prodiguant quelques caresses intimes. Brigitte Roüan, qui interprète également le rôle principal, prend le parti de ne rien cacher des tourments de son personnage. Au contraire, elle n’hésite pas à faire passer Diane d’un extrême à l’autre, aussi rayonnante en amoureuse transie que pathétique en femme blessée. Délaissée par son amant, elle éprouve un sentiment de manque digne d’un toxicomane. Elle souffre le martyr mais un martyr égoïste dont elle exclut toutes considérations pour son mari et ses deux fils, pourtant toujours là pour l’épauler. Toutefois, au-delà du simple égoïsme, l’attitude de Diane prend valeur d’acte militant pour la cause féminine. Généralement dans ces histoires d’adultère, c’est le point de vue de l’homme qui est le plus souvent exposé, qu’il soit le cocu ou le volage. La femme se retrouve alors cantonnée au statut de vile séductrice ou à celui de pâle épouse bafouée attendant bien gentiment que son mari daigne lui revenir. Réalisé par une femme, Post-coïtum animal triste inverse bien évidemment les rôles, sans pour autant se conformer à l’hypocrisie généralement de mise. Ainsi, Diane n’exprimera aucun regret quant à ses écarts conjugaux, les assumant pleinement dans un élan autodestructeur. C’est une femme entière qui se donne sans demi mesure lorsqu’elle est mue par la passion. Cela peut-être de manière purement professionnelle comme avec François, ce jeune auteur qu’elle estime perclus de talent et auquel elle consacre beaucoup de son temps, ou alors de manière charnelle comme avec Emilio. Dans les deux cas, il s’agit de deux fortes passions qui l’éloignent du cocon familial au sein duquel ne l’attendent que routine et amour délavé. Et le personnage du mari, en dépit de quelques attentions téléguidées, ne saurait masquer plus longtemps une égale lassitude par la manière outrancièrement zen avec laquelle il affronte l’adultère de son épouse.

Dépourvu du sérieux plombant de la plupart des productions de ce genre au profit d’une liberté de ton qui fait plaisir à voir, Post-coïtum animal triste donne une vision décomplexée de l’adultère qui change du discours habituel. Voilà un film qui assume pleinement ses partis pris, véritable mise à nue de son auteur-interprète dans ce qui s’apparente davantage à une description sans concession des ravages de la passion qu’à un décryptage des mécanismes du couple.

Bénédict Arellano

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