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No way out. 1950.
Origine : Etats-Unis
Genre : Drame
Réalisation : Joseph L. Mankiewicz
Avec : Richard Widmark, Sidney Poitier, Linda Darnell, Stephan McNally...




Blessés par la police au cours d’un cambriolage, deux frères –Ray et Johnny Biddle (Richard Widmark et Dick Paxton)– sont transférés à l’hôpital pour être soignés. Sur place, ils sont pris en charge par le docteur Luther Brooks (Sidney Poitier), médecin compétent et très bien noté mais qui pour Ray présente l’inconvénient d’être noir. Ayant décelé une tumeur cérébrale chez Johnny, le plus mal en point des deux, le docteur Brooks procède à une ponction lombaire à laquelle son patient ne résiste pas. Profondément raciste, Ray remet en doute les compétences du docteur et l’accuse d’avoir assassiné son frère. Pour prouver sa bonne foi, Luther demande une autopsie à laquelle Ray s’oppose avec le soutien de Edie Johnson (Linda Darnell), l’ex femme de son frère qu’il a su rallier à sa cause. Ne pouvant vivre avec ce sentiment de suspicion qui l’entoure, Luther Brooks va tout tenter pour laver son honneur.



A l’aube des années 50, il ne fait pas bon vivre aux États-Unis. L’euphorie de la victoire a laissé place à une profonde paranoïa engendrée par La Guerre Froide, encore amplifiée par le maccarthysme, cette chasse aux sorcières aussi abjecte qu’injuste. Toutefois, cette chasse aux communistes n’est pas la seule responsable du climat délétère qui règne aux États-Unis en ce début de décennie. A cela s’ajoute la ségrégation raciale, qui reste très présente dans les États de l’Union et plus particulièrement dans les états du sud. Dès 1949, et avec pas moins de trois films (Pinky d’Elia Kazan, Home of the brave de Mark Robson et L’Intrus de Clarence Brown), le cinéma commence à se faire l’écho de cette ségrégation. La Porte s’ouvre participe de ce mouvement, constituant en outre une date importante puisque le film offre son premier rôle au cinéma à un jeune comédien issu du théâtre : Sidney Poitier. Pendant des années, et à son corps défendant, le comédien sera l’arbre qui cache la forêt, caution bien pratique d’un tout Hollywood qui avait trouvé là "son" noir à mettre en exergue pour balayer d’un revers de main toute idée de racisme en son sein. De fait, les films dans lesquels Sidney Poitier apparaît prennent souvent valeur de démonstration visant à montrer la communauté afro-américaine sur un même pied d’égalité que la communauté blanche. Il n’en va pas autrement dans La Porte s’ouvre.
Dans la blouse blanche du Docteur Luther Brooks, Sidney Poitier illustre la possibilité pour les afro-américains de briguer eux aussi des postes à hautes responsabilités. Le dialogue se charge alors de préciser que pour l’obtention de son diplôme, il a disposé d’un traitement d’égal à égal avec ses pairs blancs. Il incarne un personnage éminemment positif et sans aspérité. C’est un modèle de professionnalisme et d’abnégation unanimement apprécié. Il en résulte un environnement idéalisé et aseptisé qui conduit le film à un schématisme maladroit. Dans cet univers hospitalier à dominante blanche, il n’y a nulle place pour une quelconque animosité à l’encontre du docteur Brooks. De même, aucune voix discordante ne vient remettre en cause son diagnostic à l’issue du décès de son patient. Tout le personnel hospitalier se rallie derrière lui comme un seul homme, à la tête duquel trône l’éminent docteur Dan Wharton qui l’a pris sous son aile, prêt à le défendre contre vents et marées. De fait, la question de son éventuelle déchéance n’est jamais abordée, le racisme n’ayant ici pour seule vocation que de le renvoyer à ses propres démons. Au même titre que son interprète dans le milieu du cinéma, Luther Brooks représente la vitrine de la communauté afro-américaine. En ce sens, il s’astreint à une exemplarité de tous les instants et ne peut souffrir qu’on remette en cause son travail. En lavant son honneur, il éviterait ainsi que l’anathème soit gratuitement jeté sur toute sa communauté. Louable en soi, le sujet du film aurait mérité un traitement moins simpliste. Là où je trouve La Porte s’ouvre maladroit, c’est qu’il laisse entendre que le racisme n’est l’apanage que des petites gens, à l’image de ce rustre de Ray Biddle, par opposition à ce milieu hospitalier tout beau, tout rose où la couleur de peau ne semble pas poser de problème. Les gens de la haute auraient donc l’intelligence d’esprit d’aller au-delà des apparences alors que le bas peuple ne serait sensible qu’aux stéréotypes. Je trouve le raccourci un peu facile, et confortable compte tenu du traitement du personnage de Ray Biddle.
Campé par un Richard Widmark parfait comme à son habitude, quoiqu’une fois de plus emprisonné dans la défroque d’un raté, Ray Biddle nous est décrit comme le parfait sale type. Voleur sans envergure, il n’a en outre aucun scrupule à manipuler les gens à son profit. On peut facilement deviner que si son frère s’est retrouvé embringué dans cette affaire, c’est à cause de l’ascendant qu’il a sur lui. De même, il n’hésite pas une seconde à jouer sur le fort sentiment de culpabilité de son ex belle sœur –ils ont couché ensemble, à l’insu du petit frère– pour la convaincre de s’opposer à l’autopsie de Johnny. C’est un homme à courte vue qui tient absolument à trouver un responsable à la mort de son frère, sans jamais se remettre en question. Preuve que l’essentiel du récit se joue dans la quête d’excellence du docteur Brooks, le personnage de Ray Biddle demeure en retrait une bonne partie du film pour n’intervenir qu’à sa toute fin. La Porte s’ouvre amorce alors un drôle de virage, le rapprochant du polar, avec prise d’otage et menace. Il en va de même pour Ray Biddle qui apparaît soudain sous un jour plus volontiers pathétique, l’homme avouant sa détresse de n’être considéré que comme un moins que rien depuis sa plus tendre enfance. On pourrait voir en cette prise de conscience une forme de réhabilitation sauf que celle-ci contribue avant tout à rendre encore plus appréciable le personnage de Luther qui, faisant fi de tout ressentiment à l’égard de son contempteur, en sort davantage grandi.



A l’époque de sa sortie, La Porte s’ouvre était un film courageux osant aller à l’encontre du code Hays en montrant la société américaine sous un jour moins consensuel. Cela lui a d’ailleurs valu d’être amputé de certaines scènes pour sa diffusion dans les cinémas de plusieurs états du sud. Aujourd’hui, il paraît trop angélique dans sa description du racisme, qui s’avère beaucoup plus insidieux que ce qui nous est montré ici. Joseph L. Mankiewicz n’étant pas le premier venu, le film a néanmoins de la tenue, bénéficiant notamment d’une bonne interprétation. Il est cependant dommage qu’il ne soit pas plus percutant, n’osant pas aller au bout de son sujet.

Bénédict Arellano

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