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Frankenstein all'italiana. 1975.
Origine : Italie
Genre : Comédie
Réalisation : Armando Crispino
Avec : Gianrico Tedeschi, Aldo Maccione, Jenny Tamburi, Ninetto Davoli...


Frankie Frankenstein (Gianrico Tedeschi) est ravi : il revient au pays de ses ancêtres, dans son bon vieux château, où il va retrouver son domestique Igor (Ninetto Davoli), ses assistantes Alice (Lorenza Guerrieri) et Maud (Anna Mazzamauro), ses chauves-souris envahissantes (au point de leur attribuer des prénoms) ainsi que son bon "petit", la créature qu'il a lui-même conçu en vrai représentant de la lignée des Frankenstein. Le bonheur est d'autant plus grand que Frankie est accompagné de Janet (Jenny Tamburi), sa fiancée qui est en passe de devenir son épouse. Hélas, pendant le mariage, la créature débarque dans la chapelle, faisant s'évanouir toute l'assistance, la mariée et le prêtre inclus. Ce qui n'est pas peu dire quant à sa laideur, puisqu'après tout le prêtre, étant incarné par l'indispensable Alvaro Vitali, en connaît un rayon niveau mocheté. De dépit d'être ainsi déconsidérée, la créature se décompose fissa. Mais il ne sera pas dit que Frankie Frankenstein restera sans "enfant" : Igor se voit chargé d'aller voler des organes dans le voisinage, tandis que le mariage est remis dans les plus brefs délais. Lui aussi très porté sur les traditions, Igor commet la même erreur que ses prédécesseurs et ne revient pas avec le cerveau d'un "futur ministre de la culture" comme l'aurait aimé son maître. Ayant fait tombé l'armoire sur laquelle étaient disposées les matières grises, il a en fait ramassé en vrac les cervelles éclatées, ce qui donnera à la nouvelle créature (Aldo Maccione) une bien étrange personnalité dont le trait le plus marqué est l'obsession sexuelle. Tous les autres habitants du château ayant pour ainsi dire le feu au cul (y compris Frankenstein, qui doit faire ceinture en attendant le mariage), ça va dérailler menu dans l'antique demeure des Frankenstein.



Comme tout mythe, celui de Mary Shelley entraîna pléthore de variations s'amusant à extrapoler avec un sens aigü de l'irrespect sur un sujet unaniment connu et reconnu. Les années 70 tapèrent très fort sur la pauvre créature de Frankenstein, qui dès 1971, et en Italie, allait se voir réduite à l'état d'outil servant les jeux sexuels de Lady Frankenstein. Deux ans plus tard, le principe libidineux était repris par l'anglais Paul Morrissey (avec la complicité d'Andy Warhol) dans son Chair pour Frankenstein. Moins licencieux, Frankenstein Junior (1973) de Mel Brooks allait développer le côté comique de l'histoire de Mary Shelley, et plus particulièrement de ses adaptations avec Boris Karloff. Toujours très au fait des réussites commerciales, les italiens s'engouffrèrent dans la brèche avec la délicatesse d'une invasion en Irak, apportant avec eux toute la légendaire subtilité des comédies sexy à base de gros seins et de mâles en rut. La présence d'Alvaro Vitali, même dans un petit rôle, est déjà en soit un signe de grande finesse : l'acteur surjoue comme à son habitude, cette fois dans la défroque d'un prêtre bigleux, ou bourré au vin de messe, ou les deux. Mais la part du lion est donnée en pâture à un Aldo Maccione qui, dans sa quarantième année, fit sa bégueule sur On a retrouvé la Septième Compagnie (les producteurs ne le payant pas assez à son goût) pour s'en aller jouer les créatures de Frankenstein obsédées mais néanmoins infantiles, s'endormant dans son berceau en fer sur fond de berceuses insipides. "Aldo la classe" mérite bien son surnom, et atteint même ici la très grande classe. Le premier signe de vie donné par la nouvelle créature n'est autre qu'un long pet. C'est dire si Aldo se rapproche de Cary Grant. Son interprétation pour le moins rigide de la créature fait date dans l'histoire du cinéma, tout comme son maquillage blanc et son accent italien qui sied fort bien à un personnage de cet accabit. Le choix de créer des liens père-fils entre Frankie Frankenstein et son monstre est également une belle innovation dans un mythe un peu trop balisé. Cela permet au spectateur d'assister, ému, aux "cuillérées pour papa" prodiguées par Igor à une créature portant bavoir et s'amusant à rejeter sa potée au visage de sa nounou bossue. Armando Crispino, dont il s'agit du dernier film, s'applique consciencieusement à ne jamais élever les débats. Le scénario lui-même évite autant que faire se peut de raconter une histoire et se limite à une recherche permanente du gag le plus affligeant. Ne subsiste qu'un très vague complot qui ne servira qu'à amener le dénouement (l'une des assistante veut que Frankenstein trouve sa créature dans les bras de sa fiancée, ce qui le pousserait à revenir au célibat, puis à se marier à elle, l'assistante). Un tel film, à l'instar des sexy comédies, se veut lourd, bête et graveleux. Pourtant, Crispino reste assez prude en termes d'érotisme, du moins sur un plan physique. Certes les hors-champs ne laissent aucune place aux ambiguités, certes les dialogues ne font pas dans la dentelle, mais les actrices ne sont pas déshabillées pour autant. Quitte à inventer une scène de tango dans laquelle la créature pelote outrageusement la future femme de son créateur, le réalisateur ne veut pas céder à la facilité. Ah non, alors ! Mieux vaut montrer les amantes hébétées en train de s'exclamer "hallelujah" après une nuit d'amour avec le monstre plutôt que de s'abaisser au niveau du cinéma d'exploitation ! Voilà un défaut certain qui aurait pourtant été évitable, tant l'érotisme de ce genre de film, très puéril, contribue à l'amusement de l'assemblée.

Hormis ce défaut notable, contrebalancé de toute façon par une reconstitution en plastique de l'attirail gothique habituel, Plus moche que Frankenstein tu meurs est comme beaucoup de ses congénères comiques italiens de la même époque : plutôt sympathique au début, puis assez bourratif sur la fin. Comme le dit si bien Frankenstein à Igor au moment de redonner vie à la créature (une scène d'ailleurs surréaliste, avec une assistante annoncant l'éclatement des testicules de remplaçement, avec un vélo dynamo et avec des ballons de baudruches) : "Mais t'es vraiment de plus en plus con !". Voilà qui résume bien le film.



Loïc Blavier

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